Ms' PisciGKLLI, PalcoQ. arlist., p. t"j
pu fournir des matières colorantes, comme le carmin velouté, tirant sur le violet, qui, dans les plus belles enluminures de la fin du xi" siècle, supplante le vermillon tirant sur le jaune. L'influence directe des mosaïques exécutées sur le Mont-Cassin par les artistes grecs est manifeste dans une série de monogrammes qui décorent le manuscrit du Vatican, Ces monogrammes d'or, enchâssés dans un véritable cadre d'or, diffèrent de tous les modèles d'initiales connus au Mont-Cassin avant Desiderins; ils n'ont qu'un rapport lointain avec les rectangles fleuris comme des lapis d'Orient qui marquent, dans certains manuscrits grecs, les tètes de chapitre. Mais les fleurons et les rinceaux dont le cadre est comme guilloché sont exactement pareils aux gravures, remplies de mastic noirâtre, qui courent, sur des bandeaux de marbre, aux murs de l'église de Daphni. De loin en loin, le peintre a imité, au milieu de l'or, des plaques de marbre moucheté et des disques de vert antique ou de porphyre rouge, semblables aux tranches de colonnes romaines qui furent employées dans le pavement de la basilique bâtie par Desiderius (fig. 85).
Les artistes qui avaient su combiner si librement les traditions qui remontaient aux vieilles officines carolingiennes et les modèles brillants de nouveauté que leur apportaient les maîtres et les ouvrages d'art byzantins ne pouvaient montrer autant d'indépendance vis-à-vis des modèles grecs, quand ils abordèrent la ligure humaine. Placés entre les essais incohérents de leurs prédécesseurs et un art maître de son iconographie, de ses formules de dessin et rie sa technique, les peintres bénédictins s'appliquent à imiter aussi fidèlement que possible les chefs-d'œuvre nouveaux qui s'offrent à eux. A quel point, sous Desiderius, la miniature bénédictine fut byzantine, on s'en rendra compte en feuilletant les trois manuscrits déjà cités. Tous trois permettent de juger, comme dessinateur et comme peintre, un artiste du Mont-Cassin, qui nous a lui-même transmis son nom.
A la première page du recueil d'homélies marqué HH 00, le moine Léon s'est représenté à genoux devant saint Benoît, dont il s'apprête à baiser le pied gauche, comme le peintre de la chapelle du Volturne prosterné devant la Vierge. L'abbé Jean, qui a commandé le livre, s'avance, tenant le présent qu'il destine au saint, et précédé par Desiderius1. Au-dessus du groupe le personnage prosterné s'est nommé dans cette prière :
Hujtts seriptorem libri pie, Chris te, Leonem, In Ubro vite dignanler, supplico, scrioe.
Le dessin à la plume, qui n'a pas été recouvert de couleur-, est du style byzantin le plus pur, et d'une extraordinaire liberté de main, tant pour l'indication des visages
1. Reproduit dans Montfaucon, hiarium ltaliam, p. 322 (tris inexactement) ; — Mauillo.v, Annales Ord.S. lien., 1703, 1, p. 120 ; — Bibl. Cas., 11, 397; — les Miniatures du Mont-Cassin, pl. IX.
2. Une main très maladroite a commencé à filer sur deux des personnages quelques traits de bleu et de carmin.
que pour le jet des draperies. En l'an 1072, où il signait le frontispice Léon s'était assimilé toute la science de dessinateur que possédaient les maîtres grecs venus en 1066.
Au feuillet suivant le même artiste a dessiné l'Annonciation et l'Ange qui apparaît à saint Joseph2. Les visages de l'Ange et de la Vierge sont gracieux: et juvéniles; leurs attitudes et leurs draperies sont toutes byzantines, el l'on croirait voir l'œuvre d'un Grec, sans Pédicule qui forme le décor de la scène de l'Annonciation et dont les deux arcatures sont exactement décorées, comme les grandes initiales des feuillets suivants, avec des entrelacs
Fig. 89. — Saint benoît guérit ln possédé (Val. lui. 1202, f° 48 v.).
et des quadrupèdes à corps de chiens (fig. 87). Au folio 154, une main plus molle a dessiné, toujours suivant l'iconographie byzantine, une Adoration des Mages : les trois rois portent la mitre et les saraballes des Persans3.
On reconnaîtra la main de Léon dans un grand dessin qui tient tout un feuillet du recueil d'homélies H H 98. C'est une Dormition de la Vierge (f° 63), qui pourrait passer pour une copie de la mosaïque de même sujet et probablement de même date qui surmonte l'entrée de l'église de Daphni. Les tètes sont rondes et les corps souples, sans rien de cette maigreur el de cette raideur dont on a l'ait, par uni' si étrange erreur, la caractéristique de l'ancien art byzantin (fig. 86). Deux autres dessins, dans le même manuscrit', offrent
1. Anno dominice incarnationis millesimo septuagesimo secundo, indictione décima (fu i verso).