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Les Miniature* du Mont-Cussin, pl. X

3. Les Miniatures du Mont-Cussin, pl. XII ; groupe inférieur d'une Ascension inachevée, pl. XI.

i. Présentation (le la Vierge au Temple (f° 3 v°) ; apparition île l'Ange il Joachim et .Nativité de la Vierge ; en bas,

des draperies trop sommaires et des figures trop allongées pour qu'on puisse les attribuer aumaitre qui a dessiné l'Annonciation et la Dormition de la Vierge.

Il reste à savoir comment les artistes bénédictins ont colorié et modelé ces silhouettes harmonieuses dont ils avaient si rapidement appris à tracer les contours. Tout l'art des miniaturistes du Mont-Cassin, au temps de Desiderius, tient dans le magnifique manuscrit du Vatican consacré aux Légendes de suin! Benoit et de muni Maur . En comptant le frontispice où Desiderius s'est fait représenter devant saint Benoit, ce manuscrit ne renferme pas moins de 98 petites scènes, réparties sur -il pages. Chaque scène est accompagnée d'un vers léonin qui lui serl de légende'3. C'est une illustration complète des miracles de saint Benoît et de son premier disciple. Dans l'ensemble des miniatures on reconnaît sans peine deux mains différentes, dont l'une a exécuté toute la vie de saint Benoit, l'autre toute la vie de saint Maur. Dans celte dernière série, les nez sont plus longs et plus pointus, l'indication des plis plus confuse, et la couleur aqueuse laisse transparaître le trait de plume. Quant aux scènes de la vie de saint Benoit, elles sont incontestablement l'œuvre du moine Léon.

La gouache voile entièrement le dessin de ses tons vifs et nourris; les plis des vêtements sont repris en blanc, les lumières marquées par des hachures parallèles; les visages, d'un ton de chair très lin, sont ombrés en terre verte; les traits et la lâche légère des pommettes sont accentués en rose. L'artiste sail marquer avec tant de finesse l'âge de ses figurines que, d'une page à l'autre, on voit vieillir saint Benoit : il se montre d'abord adolescent imberbe, puis jeune homme à barbe légère, et ainsi de suite, jusqu'au jour où le patriarche à barbe blanche esl mis au tombeau (Pl. VIII. 2). 11 n'y a pus trop de maladresse, même dans le groupe des femmes, que saint Benoit scandalisé voit danser toutes nues (Pl. VIII, l):i.

l'enfant lavée par deux sages-femmes. On remarquera, à gaucho de la Nativité, trois femmes qui apportent dos corbeilles et des plais à l'accouchée : c'est une composition de Daphni (Cf. Millkt, le Monastère de Daphnij p. 153, n. i, pl. XVIII).

t. Léon d'Ostie écrit à propos de Desiderius : « Codicem quoque de vita sancti Benédicti, el Sancti Mauri et Sanctœ Scolasticie describi studiosissime fecil. » (Mione, p. SOO.) Je ne sais si le passage peut s'appliquer au manuscrit du Vatican, qui ne renferme pas une légende détaillée de sainte Scolastique.

2. Voici les légendes écrites sous les scènes représentées dans les ligures ci-joinles :

F° 48 v. Demone quetn vacuat jubet ultra ne sacra tangat (fig. 88). F' 30. Pane latet virus : pater accipit el vidit iiiLus.

Sume, procul jacies ; trépidât, capit, obicit aies.

Quoil nude ludant pater aspicit et toca mutât.

Tecta ruunt, obit hic.

Ilic nunciat, iste gemiscit (pl. VIII. 1). F" 1±. Bespicit et celsum deicit solvitque renexum.

liedde inichi natum. Pater orat, vivificatur (/?»■ 88). F" 80. Scribit quid spemant; quid ament, ut ad ethera tendant.

Ulnas expandit, sinit ulnas, astraque scandit.

Terre terra datur. Chorus orat et illacrimatnr.

Sic pater astra petit; lu spectant; angélus edit.

Hec subit hue excors ; inanet, hic frenesisqne lit exors.

Sit Benedictus erat; sino plurima ; lingua quiescat (pl. VIII, 2). F' [32 v". Hic mit ; est fractus. Venit almus, et intégral artus (fig. 90).

3. Deux autres pages de ce manuscrit, sur lesquelles sont représentées des scènes de la vie de saint Benoît, ont été reproduites en phototypie dans l'ouvrage du P. Beissel : Valicanische Minialuren, Fribourg-en-Brisgau, 18118, pl. VIII.

des draperies trop sommaires el des ligures trop allongées pour qu'on puisse les attribuer B U maître (pli a dessiné l'Annonciation et la Dormilion de la Vierge.

Il reste à savoir comment les artistes bénédictins oui colorié el modelé ces silhouettes harmonieuses dont ils avaient si rapidement appris à tracer les eontours. Tout l'arl des miniaturistes du Monl-Cassin, au temps de Desiderius, lient dans le magnifique manuscrit du Vatican consacré aux Légendes de saint Benoit el de saint Maar1. En comptant le Frontispice OÙ Desiderius s'est fait représenter devant saint Benoit, ce manuscrit ne l'enferme pas moins de. 98 petites scènes, réparties sur il pages. Chaque scène est accompagnée d'un vers léonin qui lui sert de légende '. C'est une illustration complète des miracles de saint Benoit et de son premier disciple. Dans l'ensemble des miniatures on reconnaît sans peine deux mains différentes', dont l'une a exécuté toute la vie de saint Benoit, l'autre toute la vie de saint Maur. Dans celle dernière série, les nez sont plus longs el plus pointus, l'indication des plis plus confuse, et la couleur- aqueuse laisse transparaître le trait de plume. Quant aux scènes de la vie de saint Benoît, elles sont incontestablement l'œuvre du moine Léon.

La gouache voile entièrement le dessin de ses Ions vifs et nourris: 1rs plis des vêtements sont repris en blanc, les lumières marquées par des hachures parallèles; les visages, d'un ton de chair très fin, sont ombrés en terre verte ; les traits et la tache légère dits pommettes sont accentués en rose. L'artiste- sait marquer avec tant de finesse l'âge de ses figurines «pie, d'une page à l'autre, on voit vieillir saint Benoit : il se raostre d'abord adolescent imberbe, puis jeune homme à barbe légère, et ainsi de suite, jusqu'au jour où le patriarche à barbe blanche est mis au tombeau (Pl. Vill, 8). Il n'y a pas trop de maladresse, même dans le groupe des femmes, que saint Benoit scandalisé voit danser toutes nues [Pl. VIII, l)3.

reniant lavée par deux sa'ges-femmes. On remarquera, à gauche de la Nativité, trois Femmes qui apportent tirs corbeilles el des plais à l'accouchée : c'est une composition de Dapnni (Cf. Mii.i.ki, le Monastère de Daplmi, p. 153, n. 4, pj. XVIII).

1. Léon d'Ostie écrit à propos de Desiderius : >■ Codicem quoque de vita sancli BenèdicU, et Saucti Mauri et Sonctie Scolasticaj descrihi sludiosissime fecit. » i'Mionk, p. 80(1.) Je ne sais si le passage peu I s'appliquer au manuscrit du Vatican, qui ne renferme pas une légende détaillée de sainte Scolaslique:

2. Voici les légendes écrites sous les scènes représentées dans les figures 1 i-joinles :

F" IH V. Demone quem vacuat jubel ultra ne suera tangal (/î.y. 89). F" 'J(i. l'ane latet virus : pateraceipil et vidit intiis.

Suinr, procul jacies ; trépidât, capit. abirit aies.

Quod nlilde hulaiit paler aspicit et tafia imitât.

Tecta ruant, obit hic.

Hic nuiM iat. Me gemiscit i'pl. VIII, I). F" 72. Itespicit et cetsemi deicil solvUqae reitevuui.

ItciMe iniéni nation. Pater oral, viviOcatur (fi;/. S8). F' 80. Sr ribit ipiid spernaot; qqid ament, ut ad ethera tendant.

Ulnas expaadit, sinlt ulnas, utraque BCàudit.

Terre terra dater. Chorus oral el illarriuiatur.

Sic paler nstra petit; bi spectant; angélus edit.

Hec subit liuc excurs ; tunnel, hic frenesisiiiie lit exnrs.

SU Benedictus erat; imo plurJma : Lingug quiescat (pl. VIII, '2J. F* t:i2 V. Hic ruit ;.cst fraetus, Venit almus, et intégral artus [fig. 90).

3. Deux autres pages de ce inanuscril, sur lesquelles sont représentées des scènes de la vie de saint Benoit, oui été reproduites en photnlypie dans l'ouvrage du I'. IIeissm. : Vniiomischc Mmialurén, Fribourg-eu-llrisgau, 1898, pl. VIII.

Les attitudes qui, comme dans l'arl antique et dans l'art byzantin, reparaissent identiques dans les scènes les plus variées, sont nobles et expressives. Partout, dans les types, dans les gestes, dans le travail du pinceau, on retrouve les modèles grecs.

Le style purement oriental de ces miniatures bénédictines doit étonner d'abord, si l'on réfléchit aux sujets qu'elles représentent. Les scènes qui animent le manuscrit du Vatican ne sont pas empruntées à l'iconographie des psautiers ou des évangéliaires : elles racontent la vie d'un saint latin. Le moine Léon et ses compagnons ont-ils été en peu de temps assez rompus aux formules byzantines pour les appliquer à une longue improvisation? Une si brusque émancipation serait un miracle, au sein d'une école monastique du xi" siècle. D'ailleurs Léon d'Ostie a laissé une indication qui explique l'énigme proposée par le manuscrit du Vatican. Desiderius avait fait exécuter à Constantinople un devant d'autel, sui' lequel les miracles de saint Benoit étaient représentés en miniatures d'émail cloisonné : c'est dans la basilique même du Mont- Cassin que les peintres bénédictins ont pu s'inspirer d'une œuvre d'art byzantin, consacrée à la légende de leur sainl patron, et placée devant son tombeau. Ainsi la vue des émaux cloisonnés exécutés à Constantinople pour le Mont- Cassin a contribué à enseigner aux artistes formés dans le monastère l'art de dessiner des scènes, comme celui de colorer des fleurons.

Cependant il est certains détails que le peintre bénédictin a dû modifier, sinon inventer. On n'a pas retrouvé, dans les mosaïques ou les manuscrits byzantins du xi° siècle, une figure aussi énergique que celle du paysan, vêtu de la blouse et des braies du barbare antique, et comme lui chevelu et barbu, qui montre à saint Benoit le corps inanimé de son enfant (fig. 88) 1 ; des contorsions aussi violentes que celles du possédé qui, un liras crispé, l'autre raidi, tord ses pieds et vomit un diablotin noir [fig. 89)2; des attitudes aussi vraies et aussi éloignées des conventions antiques que celle du prisonnier qui marche à coté d'un cavalier, le regard apeuré, les épaules rondes, comme replié sur soimême [fvj. 88); un mouvement aussi directement et aussi gauchement copié sur nature

I. l'n pauvre hirsute, auquel saint lienoit fait l'aumône, est représenté au folio 63, avec le même costume et le même type. Le saint a trouvé miraculeusement dans sa main la piécette qu'il doit donner au pauvre. C'est ce qu'explique la légende laconique : « Non habet es, spondet, rogat, invenit, huic simili offert. »

■2. Celte représentation d'une i rise épileptique est bien plus saisissante qu'aucune de celles qui ont été représentes dans l'art byzantin, et que M. Jean Heitz, interne des hôpitaux, a étudiées dans un très curieux article : les Démoniaques et les Malades ilans l'art byzantin [Nouvelle Iconographie de la Salpê trière, t. XIV).

que celui du cheval qui tourne la tête de trois quarts vers son maître blessé (fig. 89). Ce dernier exemple se présente dans la Vie de saint Maur, qui n'est pas l'œuvre du peintre Léon. Il prouve que, dans l'École du Mont-Cassin, des enlumineurs, même de second ordre, affranchis par la connaissance d'un art savant et complet, s'étaient essayés parfois à des recherches nouvelles, dont les maîtres étrangers leur avaient donné les moyens, mais non les modèles1.

L'école de miniaturistes formée au temps de Dcsiderius continua de travailler sous l'abbé Oderisius. La Bibliothèque Mazarine possède un élégant bréviaire du Mont-Cassin, décoré en 1098 ou 101)1)-. On y voit une série de dix scènes évangéliques3, composées d'après les règles de l'iconographie byzantine. Le dessin rappelle les collaborateurs du moine Léon, mais l'enluminure est sommairement lavée en teintes malpropres, sans aucun empâtement de gouache [fig. 91). Les initiales riches de pourpre et d'or, les monogrammes ornés de disques imitant le marbre, sont des réductions délicatement ouvragées de la décoration du grand manuscrit de la Vaticane4.

Aucun des manuscrits qui ont été enluminés au Mont-Cassin entre la mort de l'abbé Oderisius et la conquête angevine n'offre une seule figurine peinte. Si l'on recherche les manuscrits ornés, au xu" siècle, dans les autres monastères bénédictins de l'Italie méridionale, on remarquera dans leur décoration d'étranges inégalités. L'enluminure d'initiales et la miniature, qui s'étaient épanouies de concert à la lin du m" siècle, se séparent de nouveau à mesure que l'on avance dans le siècle suivant. Les peintures du Regeslum de Sant' Angelo in Formis (au Mont-Cassin!, qui représentent de monotones scènes de dona-

1. Au milieu des moines anonymes qui ont enluminé les manuscrits contemporains de Desiderius s'est dégagée pour nous lu personnalité du moine Léon, qui sans doute fut le chef de l'École. .Mais la virtuosité, au moins dans la décoration des grandes initiales, dut être répandue dans tout un groupe d'artistes, si l'on en juge par le nombre des manuscrits qui peuvent rivaliser, pour la richesse du décor, avec les trois chefs-d'œuvre que nous avons mis à

part. On doit citer particulière ut, à la Bibliothèque du Mont-Cassin, le Missel dit de Desiderius (M 127 : au f° 100 v°,

lettre T), la Bible dite de Desiderius (B 820), où île grandes lettres ornées commencent chacun des livres, depuis la Genèse .jusqu'à Iîulh, des volumes d'Homélies (GG 108, f" 4 v»; Ci; 110, frontispice; HN 339, f» 67, etc.); à la liibl. nationale de N'aples, deux charmants manuscrits contemporains de Desiderius : un Bréviaire (VII E 43; lettre B au f 81 v») et un Martyrologe (VIII C 4).

2. N° 364. Le registre annuel placé en tête du volume, après la liste des abbés, close par Desiderius, est continué jusqu'à l'année 1138, niais les indications historiques fort curieuses qui se lisent en face de chaque millésime s'arrêtent à l'année 1098. Cf. P. B.uiffol, Sole sur un bréviaire casstnésien du xi" siècle (Mélanges Julien Havet, 1895, p. 208 et 209).

3. La Présentation au Temple (f° 19) ; la Cène (23 v», table carrée) ; le Lavement des pieds et le Baiserde Judas (24) ; la Crucifixion (23) : au pieddela croix, petit personnage en costume barbare et bonnet phrygien ; les trois Saintes Femmes au Tombeau (25 v°) : l'ange assis sur la pierre leur montre le suaire plié et noué; la Descente aux Limbes (Ibid.) : derrière le Christ, David couronné et Moïse; « Noli nie tangere (28 v") : le Christ bénit et tient un volume; l'Ascension (29) ; la Pentecôte (29 v»),

4. Voir la planche jointe à l'article cité de IUtiitûl. Il existe, à la Vaticane même, un célèbre manuscrit de chroniques [Vat. lut. 4928), dont les pages, hautes de 25 centimètres à peine, sont ornées d'initiales toutes pareilles à celles du petit bréviaire de Paris.

lions, ont été exécutées entre 1 137 cl U6G secs de blanc sur un fond de gouache mais les visages sont durs et marqués au personnages, montés sur d'interminables

Le monastère du Volturne n'est représenté dans l'histoire de la miniature que par la Chronique, enluminée en 1108 (Bibl. Barberini, q° 3577)-.

Au folio 13, le copiste s'est représenté à genoux devant le pape Pascal II, à côté d'une grande lettre A, aussi riche d'entrelacs et de monstres que les plus belles initiales du temps de Desiderius. Les premières miniatures du livre racontent la légende des trois frères qui fondèrent le monastère. Après ces peintures, où l'on ne trouve plus trace de la vie que le moine Léon avait prêtée aux scènes de la légende de saint Benoit, c'est une suite interminable d'empereurs, de princes, de ducs, remettant aux mains des moines les concessions de terres, d'églises ou de serfs dont ils les ont enrichis.

Le plus extraordinaire mélange de science byzantine et de barbarie indigène se montre dans le célèbre manuscrit de la chronique de Sainte-Sophie de Bénévent [Vat. lai. 4939), qui a été écrit vers 11203. Quelques peintures sont dessinées et modelées avec toute la finesse du moine Léon : un roi qui donne des ordres à un maçon monté sur un édifice surmonté d'une coupole rose (f

: les couleurs el le travail des draperies, rehausépaisse, n'ont pas changé depuis Desiderius; x joues de taches brutales. Les proportions des jambes, se sont ridiculement allongées [fig. 92)'.

FlG. 91. — Les saintes femmes au tombf.au. La descente aiw limbes. — Bréviaire du MONT-Casstn écbit vers 1099 (paris, bibl. ma7.arinf.).

une échelle et travaillant, la truelle en main, à ' 28 v"j; un roi sur un char à deux chevaux, qui

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