‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 139 sur 433 · Palcoyrafia artUtica; scritture latine, p. S · texte numérisé non relu

Palcoyrafia artUtica; scritture latine, p. S

Fig. 92. — Jordan, prince de capoue, fait une donation a

DESIDERIDS, ADRK Dl" MONT-CASSIN (Reffeal llm DE SAN!'" ANGKLO IN FORMIS, VERS 1150; BIUL. DU MONT-CASSIN') .

soit les essais grossiers de ht première moitié du xi" siècle, soit les chefs-d'œuvre contemporains de Desiderius. A la fin d'un manuscritdela Cava, achevé en 1227, le copiste s'est représenté à genoux devant un évêque, sous la figure bizarre de deux moines superposés, l'un jeune, l'autre tout grisonnant : il voulait exprimer ainsi que son travail de scribe lui avait coûté plusieurs années de sa vie. Les couleurs de ce tableautin soigné sont dures et plates; elles semblent, comme le dessin très accentué, trahir une influence germanique on française3. C'est aussi aux miniatures du Nord que font penser les nombreux dessins qui illustrent le Chronicon Casauriense, copié dans les Abruzzes vers la fin du su' siècle, et conservé à la Bibliothèque Nationale de Paris (Ms. lai. 54 11)3 : l'écri-

nale. jusqu'à la fin du xme siècle ', celte écriture « lombarde » qu'ils n'avaient cessé d'employer et de perfectionner depuis le x* siècle; de même le système d'initiales ornées, qui se trouvait constitué au temps d'Oderisius. se conserva au Mont-Cassin. Les modèles laisses par Léon et ses collaborateurs se modifièrent très lentement. Au début du xu" siècle, on rechercha tout d'abord une richesse excessive: l'or des volutes intérieures déborda sur les jambages des lettres et l'éclat uniforme du métal remplaça la variété magnifique des couleurs-. L'enchevêtrement des rinceaux et des monstres devint inextricable. Au xuie siècle des contours sombres emprisonnèrent chaque détail, et les grandes initiales se couvrirent de sévères entrelacs noir et or. sur lesquels des rondes de monstres firent des taches blafardes3. Ainsi l'ornemenl caractéristiaue de l'École du Mont- Cassin éteignit ses couleurs et durcit ses contours, comme si peu à peu la vieillesse l'avait envahi. Mais, côte à côte avec l'écriture lombarde, il survécut jusqu'à la conquête angevine.

Les initiales enluminées sur le parchemin des beaux manuscrits ont représenté, dans l'art bénédictin de l'Italie méridionale, l'élément le plus fécond, comme le plus vivant et le plus durable. Enrichies par l'imitation des arts qui s'exerçaient sur les matériaux polychromes et les matières précieuses, ces décorations gouachées sur parchemin transmirent à leur tour des motifs aux sculpteurs.

Les ileurons byzantins gravés sur les montants et l'archivolte du portail de San Liberatore au mont Majella ne sont pas [dus une imitation directe de la sculpture byzantine que les entrelacs qui couvraient le portail latéral de l'ancienne basilique du Mont-Cassin4 n'étaient une copie immédiate d'une sculpture « barbare ». Les entrelacs reproduisaient ceux qui, dans les manuscrits, avaient rempli les compartiments des lettres monumentales; de même. les fleurons guillochés sur l'encadrement de marbre du portail de San Liberatore étaient une imitation des ornements qui encadrent les monogrammes d'or peints sur quelques livres du Mont-Cassin par le moine Léon et ses collaborateurs. En veul-on la preuve? A côté du motif oriental apparaît un motif septen-

1. Mabillon, lter ilalicum, 1087, p. 118 ; — Guillaume, Bist. de la Caia, p. 180.

2. Parmi les nombreux manuscrits bénédictins de l'Italie méridionale exécutés dans le cours du xiie siècle, l'un des plus remarquables par ses initiales est un manuscrit de la Règle Vat. lat. 5949), vers la lin duquel le copiste, un moine du nom de Sipontimt*, originaire sans doute de l'Apulie, a peint grossièrement son portrait, à côté d'une curieuse dédicace en vers (Cf. d'AciNcounr, Peinture, pl. LXVIII, 7),

3. Valeog. arti&t.; Umgob. cassinese, pl. XXVI. Au xu" siècle, les enlumineurs prirent L'habitude d'enfermer les petites initiales, composées d'un simple ruban doré, dans un cadre rectangulaire rempli de couleur claire.

4. Gattola, Rist. Abb. Casin., I, pl. I (angle supérieur de gauche).

Fie. 03. — Corniche sculptée de l'éc.lise de SAN pellino {abhuzzes).

trional, qui est l'élément typique entre tous dans le décor des grandes initiales bénédictines : parmi les rinceaux grêles qui couvrent le linteau du portail de San Liberatore s'entrelacent et se tordent des monstres à museau de chien (fig. 73). Les mêmes monstres ont été sculptés, non plus en marbre, mais en pierre, sur la corniche d'une autre église des Abruzzes, San Pellino, l'ancienne cathédrale du diocèse de Val va [fig. 03)'. L'influence de l'enluminure s'est étendue à l'art rustique de la sculpture sur bois. M"' Piscicelli a retrouvé, dans une grange voisine du monastère du Volturne, un panneau de boiserie du xii" siècle, provenant des stalles de l'église bénédictine'-. C'est un énorme monogramme de manuscrit, taillé en plein chêne, avec ses rinceaux et ses monstres [fig. 94).

Les combinaisons décoratives qu'ont imaginées les enlumineurs du Mont-Cassin méritaient, par leur souplesse el leur richesse, d'être réalisées au moyen des techniques les plus variés. Après un long oubli, ces arabesques ingénieuses pourront, lorsqu'elles seront mieux connues, inspirer quelque jour les décorateurs de l'avenir3.

1. Deux fragments de celle corniche représentant, comme ta figure ci-jointe, des animaux fantastiques imités des miniatures bénédictines, sont gravés dans ['Atlas de Scuulz, pl. LVIII, n°" 12 et 13.

2. Ce panneau a été transporté dans la bibliothèque du Mont-Cassin. Il mesure 71 centimètres de haut et 53 de large. Des stalles en bois sculpté et peint furenl disposées, au temps de Desiderius, dans le chœur de la grande basilique du Monl-Cassin (Léon d'Ostie, Migne, col. 7oG).

3. MUI' Piscicelli avait compris, avec son goûl raffiné, le parti que la décoration moderne pourrait tirer des modèles perdus entre les feuillets des manuscrits du Mont-Cassin. En publiai] t la Paleografia artistica di Monte Cassitto, il comptait faire œuvre utile aux industries d'art italiennes. Il alla même plus loin : en 1884, le savant bénédictin envoya à l'exposition de Turin un al h uni qui donnail des exemples d'applications des vieilles enluminures du Mont-Cassin à la décoration des étoiles, aux dessins de broderies et de dentelles, etc. Ce remarquable album, acheté par le Conseil général de la province de Casei la, est resté inédit.

Fig. 94. — Boiserie nu xnc siècle provenant de l'église bénédictine

DE SAINT-VINCENT AU VOLTURNE (BIBLIOTHÈQUE DU MOXÎ-GASSIn).

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