‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 146 sur 433 · DELAnc, les Normands en Italie, p. 432, n · texte numérisé non relu

DELAnc, les Normands en Italie, p. 432, n

5. Identification proposée par H. SchluicBKBGeb (Comptes Rendus de l'Académie des Inscriptions, 1897, p. 99). 0. C'est ce qu'a bien vu M. Xiiti ui VlTO [Cod. diplom. harese, I, p. 215).

g20 L'ÉCOLE BÉNÉDICTINE

Le style des miniatures indique, en effet, une date rapprochée de l'an mil. Le coloris est sobre et léger, étendu par teintes plates; tous les tons sont neutres : vert olive, violet brun, ocre jaune; aucune touche vive, aucun rehaut d'or ne fait dissonance. C'est la gamme assourdie des peintures murales du xi« siècle conservées à Sainte-Sophie de Kiev et des fresques de fiére allure que nous avons retrouvées dans une chapelle souterraine, voisine de Fasano, et qui appartenait au diocèse de Bari'. Le dessin à la plume est large el libre; les proportions des personnages sont un peu courtes, les visages robustes, les joues pleines, le regard franc, les traits d'une noblesse souveraine. Ce sont exactement les proportions et le type des personnages représentés sur les feuillets du célèbre Mènobge écrit à Byzance pour l'un des empereurs qui figurent sur VExnUet de Ban, Basile II.

L'auteur des miniatures de ce rouleau a été certainement un Crée C'est sans doute cet artiste, et mm point un prêtre du clergé latin de Bari. qui a choisi dans le calendrier grec tous les saints qui Bgurenl le long du texte, dans des médaillons semblables aux plaquettes émaillées qui décoraient les icônes d'argent doré. C'est aussi ce peintre grec qui a écrit les légendes grecques de la marge. Mais ce n'est point un Grec qui a écrit le texte latin en caractères «lombards», ou qui a composé de toutes pièces les deux grands monogrammes qui forment les deux mots Exultet et Vere. En traçant les initiales géantes, en les couvrant d'entrelacs, en les hérissant de serpents, il imitait un modèle latin et bênêdicUn.

Celte combinaison de la calligraphie bénédictine avec la miniature byzantine s'explique par l'existence de la grande abbaye que l'Ordre de saint Benoit avait fondée à Bari en'.)78-, moins d'un demi-siècle avant l'exécution du rouleau de VExuUet. Bien ne peut montrer d'une manière plus frappante que celte bande de parchemin comment deux langues, deux liturgies et deux traditions artistiques se sont rencontrées dans la ville apulienne, où résidaient côte à cote le Calapan qui relevait de Byzance et l'archevêque soumis à l'autorité de Home.

VExuUet de Bari doit être mis à part comme un monument unique. Les miniatures dont il est orné n'ont élé imitées que dans la ville même de Bari. Sur le rouleau pour la bénédiction des fonts, conservé clans les archives de la cathédrale, avec le précieux rouleau pour la bénédiction du cierge, on retrouve les bandes couvertes de fleurons et décorées de médaillons, encadrant des bustes d'évêques'; le dessin imite, avec plus de sécheresse, le large style des illustrations de VExuUet. Enfin, dans le Bènèdictionnaire, qui pourtant n'était pas destiné à être déployé du haut d'un ambon», l'enlu-

S., Y, p. «8, 13). Des communautés bénédictines s'étaient établies, dès le

vin0 sit'de ù Truni et à Conversant). . , ,

3 V plus haut, p. 210. Les six premiers médaillons, en haut de l'Exulté,, sont des bustes d'évéques, sans légende

dans les marges, exactement comme les médaillons du Bénédiotionnaire.

4. Les formules pour la bénédiction des fonts étaient lues, comme l'attestent lesimages du rouleau de la Bibliothèque

Casanatensc, par l'évêque, et à coté de la cuve baptismale.

mineur et le copiste ont disposé, comme dans I'Exultet, les images en sens inverse du texte (Pl. IX)1.

Dans toute la série des rouleaux d'Exultet on ne retrouve pas une seconde fois la singulière image du Créateur dans la rose des vents, qui, sur le rouleau de Bari, illustre un texte absolument différent de la vulgate. Pourtant le texte de I'Exultet de Bari a été copié, sur un autre rouleau, appartenant à la collégiale de Mirabella Eclano, un bourg qui tient la place de l'antique .Eclanum, sur la via Appia, à quelques milles de Bénévent'. Le rouleau a été coupé après l'éloge des abeilles, et complété, dès le xu" siècle, par un autre rouleau, tout différent par le style des dessins, par les caractères de l'écriture et par le texte même, qui est la vulgate de la prose Èxultet. Sur l'ancien rouleau de Mirabella Eclano l'illustration est réduite au minimum ilcon. comp., n"2). Une image représentant le diacre debout sur l'ambon et un prêtre qui allume le cierge correspond à l'invocation préliminaire : Lumen Christi. Deux grandes lettres ornées marquent le début des deux parties de la prière : c'est Ï'E du mot Exultet et le monogramme du Vere dignum. Au groupe d'anges qui figure au commencement du rouleau, fait pendant, après l'éloge des abeilles, le groupe des hommes qui récoltent la cire. Le dessin est fin et souple, sans aucun reliant de couleur. Le costume des anges est celui des empereurs ou des patriciens de Byzance; la silhouette du Christ debout est digne d'un excellent artiste grec. Peut-être ce rouleau, sur lequel est écrit le texte de ['Exultet de Bari, a-t-il été illustré par un artiste formé à l'école byzantine d'Apulie. En tous cas, cet artiste a subi d'autres influences que le miniaturiste de Bari : le monogramme au milieu duquel ligure le Christ n'est plus un simple V en l'orme d'oméga : c'est un caractère bizarre, formé par l'union des deux lettres V et D, qui commencent les deux mots: Vere dignum.

Le plus ancien Exultet à date certaine, après celui de Bari, est un rouleau de la Bibliothèque Vaticane (Vat. ht. 9820; — Icon. comp., n" 3)'J. A la fin de ce rouleau. Jean, prêtre et chapelain (Johannes presbyter et prepositus), est représenté à genoux devant saint Pierre (san'ctus Petrus), à qui il présente le parchemin de l'Exultet (Pl. XI, 2). Les formules qui suivent montrent que ce prêtre était le desservant d'une célèbre abbaye de femmes fondée

1. On peut voir, dans les archives Je la cathédrale de Bari, un second rouleau i'Exultet dont l'illustration, de dessin très mou et de couleur criarde, trahit encore une imitation du premier Exultet ou plus directement peut-être celle du Benédictionnaire. I.e miniaturiste apulien qui a exécuté cette caricature du style byzantin ne s'est point soucié, d'ailleurs, d'illustrer lidèlement son texte. En dehors du V où est assis le Christ bénissant et de la scène de la Bénédiction du ciereje, il s'est borné à superposer au commencement du rouleau trois miniatures relatives h des fêtes qui n'ont pas de rapport direct avec celle de Piques : le Baptême du Christ, In Transfiguration et la Pentecôte.

2. Ce rouleau a été décrit pour la première fois par Raimondo Guarini, dans la séance de l'Académie Pontanienne de Naples tenue le 5 avril 1829. L'auteur de la communication a publié une lionne description du manuscrit, le texte et des calques dans les Mti delV Accademia Pontaniana (Naples, 1832, p. 75 et suiv., pl. II-VI), Cette publication a échappé aux rares érudits qui, depuis lors, ont consacré quelques lignes aux rouleaux i'Exultet.

3. Avant d'entrer au Vatican, ce rouleau a fait partie de la collection de Seroux d'Agincourt. L'illustre archéologue l'a décrit et a publié des croquis médiocres de toutes les miniatures dans son Histoire île l'Ai t par les Monuments; Peinture, pl. LUI.

à Bénévent par Arechis1. Au commencement du rouleau , après le groupe des archanges et des chérubins, un prince lombard est debout entre deux anges qui tiennent sur sa tète une couronne à grands fleurons; le prince lui-même porte dans chaque main une torche allumée. Sans doute l'intervention du souverain portant les flammes symboliques était-elle indiquée par une liturgie locale vers le commencement de la cérémonie. Au dos de la singulière image on a écrit des prières pour les princes Pandolf et Landolf, pour le connétable Godefroi, pour les consuls et pour toute la milice de Bénévent2. Cette milice parait à la lin du rouleau, après l'image de saint Pierre : les guerriers portent un haubert de mailles, un heaume conique et un bouclier rond. Pandolf V régna dans la principauté de Bénévent, avec son fils Landolf, de l'année 1038 à l'année 1059, où il entra à l'abbaye de Sainte-Sophie \ qui était le grand monastère d'hommes à Bénévent, de même que l'abbaye de Saint-Pierre, pour laquelle fut copié VExultet, était le grand monastère de femmes.

L'initiale E est composée d'entrelacs, comme celle du grand Exultet de Bari, tandis que le \ . identique à celui du Bénèdictionnaire de la <'in-iniiilcn.se, est le monogramme V. D., traversé d'une croix, sur laquelle est debout, dans une auréole, un Christ de Majesté. Les sujets représentés sont plus nombreux que sur les rouleaux de Bari et de Mirabella; sans compter les deux lettres ornées, on arrive à un total de quinze miniatures. La scène de la bénédiction du cierge, au lieu d'être figurée par un groupe unique, se développe en quatre épisodes : on voit successivement l'assemblée des lévites qui s'unissent à l'invocation du diacre'1 ; puis le diacre montre de la main le cierge; plus loin, debout sur l'ambon, il Lient le cierge, qu'un prêtre allume (Pl. XI, 1); enfin le diacre, tenant le rouleau de la main gauche, bénit le cierge avec la droite. La Terre n'est plus, comme sur le rouleau de Bari, une princesse couronnée de feuillages, mais une femme demi-nue, dont un lion et un bœuf sucent les mamelles. Sa tête est entourée d'une sorte de nimbe, dont les rayons sont des flambeaux allumés; elle lève ses deux bras, dont l'un tient une corne d'abondance. Au-dessus de la Terre le Christ apparaît dans une auréole circulaire et fait reculer l'Obscurité (Caligo), représentée par un enfant nu, la tôle appuyée sur la main, dans une

t. On lit au-dessous du groupe : Hoc parvum imams dignanter suscipe, sanclc l'elrc Apostoli, quod dévote tibi àm- [didil] Julumnes prcsbijlcr algue semper precibus luis confidentem. llaudia cum sanctis illi ut concédât [habcrc?\. Amen. Dco grattas. Plus bas encore et sur un autre morceau de parchemin (écriture rondo et large de l'Exultet) : Nec non et famula tua abbatissa nostra illa cum universa congrégations (ici l'écriture ancienne a été grattée et on a écrit sur le grattage, en lombarde menue du xn" au xm! siècle : beatissimi Pétri apostoli sibi commissa ac) temporum vile quiete concessa, gaudtis facias perfrui sempitenUs. Qui vivis, etc. Il est possible que le rouleau, écrit pour le monastère de Saint-Pierre, comme le prouve l'image du saint aux pieds duquel s'incline le donateur, ait passé dans quelque autre monastère, pour revenir ensuite à son lieu d'origine.

2. u Et principibus Paudolfo et Landolfo. Famuli Lui Gofft'idi comestabuli consulumque noslrorum et totius militie beneventane. a

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