Pplong-Haituss, lût ttaUcum, p
4. Quapropter adslutuibus vobk, fratres camsimi, etr. Par une convention singulière, la taille des personnages grandit à mesure que ceux-ci s'éloignent du premier plan. Celte gradation de taille traduit, au prix d'une audacieuse inversion de la perspective, la progression de la hiérarchie ecclésiastique : les acolytes sont en bas et les prèlres en haut.
LES MINIATURES DES ROULEAUX LITURGIQUES 223 attitude de douleur ou de honte. Tout ce petit drame est la mise en scène d'un passage de la prière1. Une autre miniature exprime, par une allégorie non moins compliquée, l'allégresse de l'Église illuminée par celle lumière divine qui a rayonné sur la Terre. L'Église est une femme couronnée, la tête entourée du nimbe carré des vivants; elle est assise sur une basilique, les bras étendus dans l'altitude de Forante; à sa droite et à sa gauche se dressent douze cierges allumés. UnP foule d'hommes, au milieu de laquelle se tient un prince, lève les yeux vers le temple et s'associe au triomphe du Christ et de l'Église2.
Le dessin de ces miniatures, teintées de couleurs plaies cl vives, el rehaussées d'or sur les nimbes et les orfrois, n'a plus l'élégance byzantine des dessins qui ornent le rouleau de Mirabella. Les anges qui accompagnent leprince aux deux [lambeaux portent, non poinl la Ionique impériale ou le manteau des patriciens de Byzance, mais le costume antique, à laticlave rouge, du saint Pierre représenté à la lin du rouleau. Certains détails, tels que les draperies volantes et dentelées de plis nombreux, l'ont penser aux œuvres grecques; mais ces détails se retrouveraient, comme les vêtements à l'antique, dans l'art romano-byzantin du ix" siècle, dans l'art bénédictin du même temps et dans l'art carolingien. Quant au type des visages dessinés sur VExultet ,1e liénévenl. il n'a plus la mâle noblesse des visages de saints représentés sur VExultet de Bari; ces faces rondes, ces nez courts et pinces, ces menions énormes, nous les avons vus dans les miniatures du Bênêdictionnairé de la Bibliothèque Casanatense. S'il est vrai que l'archevêque Landolf, pour lequel a été enluminé ce dernier rouleau, a occupé le siège de Bénévent au cours du x= siècle, le BènédicUmnaire de la Casanatense et VExultet du Vatican seront deux spécimens de l'art monastique de Bénévent. Cet art se présente à nous comme la suite et la décadence de l'art bénédictin antérieur à l'invasion sarrasine.
Les motifs dessinés par l'enlumineur du rouleau de Bénévent ont-ils été créés par lui? Pour répondre à celte question, il faut confronter les dessins et le texte.
Le texte du rouleau de Bénévent est la vulgate3. Or les passages les plus caractéristiques de ce texte, ceux qui ajoutent aux visions évoquées par l'auteur du texte de Bari les souvenirs de l'Ancien Testament, les noms d'Adam et de Moïse, n'ont pas été illustrés par l'enlumineur. Les quinze miniatures du rouleau contemporain de Pandolf et de Landolf pourraient être intercalées sans difficulté dans le texte du rouleau de Bari. C'est, en effet, pour ce dernier texte qu'a été d'abord composée l'illustration reproduite sur le rouleau de Bénévent. L'une des miniatures en donne la preuve matérielle. Le diacre, dans
1. « Gaudeatse tellus tantis irradiata fulgoribus, et altérai régis splendore lustrata, tolius orbis se sentiat amisisse caliginem. »
2. « I-œtetur et mater Ecclesia tanli himinis adornata fulgore, et magnis populorum vocibus hœc aula resuttet. » Plusieurs de ces images se trouvent placées au milieu du texte, assez loin des phrases dont elles sont l'illustration parce que les feuilles de parchemin, se trouvant détachées les unes des autres, auront été mal recousues par quelqu'un de leurs possesseurs. Dans V Iconographie comparée des routeur (i'Exultet (n° 3) j'ai reconstitué l'ordre primitif des miniatures.
3. Seul le verset consacré à l'éloge des abeilles est écourté et réduit à une simple phrase.
o2i L'ÉCOLE BÉNÉDICTINE
la scène rie la bénédiction du cierge, tient un rouleau sur lequel est écrite, en lettres capitales, la formule suivante : Ut superne benedictimis murm accommodes. Cette formule ne se lit pas dans l'oraison que la miniature est censée illustrer; elle se retrouve, mot pour mot, dans le texte « de Bari ».
Pourtant les dessins composés avant 1050, qui figurent sur le rouleau de Bénévent, différent entièrement des dessins tracés vers l'an 1000 sur le rouleau de la cathédrale de Bari et destines à illustrer le même lexte. Ils offrent quelques ressemblances avec l'iconographie, beaucoup plus sommaire, du rouleau de Mirabella : l'une -les scènes figurées sur ce dernier rouleau est reproduite exactement sur le rouleau de Bénévent a une autre place : c'est le prêtre allumant le cierge (Pl. XI. 1). La parenté incertaine des deux rouleaux de Mirabella el de Bénévent peut s'expliquer par le voisinage des deux villes. Les deux systèmes d'illustration auxquels le texte , de Bari » a donné naissance semblent s'être formés ou conservés, l'un en Apulie, l'autre à Bénévent.
Tous les autres rouleaux à'Eœultet portent le texte de la vulgate, accompagné de miniatures qui illuslrent directement des passages de ce texte. Dans le rouleau conservé à la cathédrale de Capoue (n° 4), la Visite des Saintes Femmes au Tombeau fait suite à la Descente aux Limbes; l'image des abeilles, qui symbolisent la conception de la Vierge-Mère, est remplacée par la scène de l'Annonciation*. La bordure de ce rouleau, faite d'un ruban natté, est pareille à celle de VExultei bénéventin de 1050. Le coloris clair et plat, où dominent le violet et le vert, est du même ton que les ornements des manuscrits bénédictins de Capoue antérieurs à Besiderius.
Trois rouleaux A'Exultet ont été retrouvés tout récemment à la cathédrale de Gaëte. Deux d'entre eux, qui sont enluminés de couleurs vives, peuvent compter parmi les plus bizarres monuments du moyen âge. Le plus grand (n° 5, est couvert de files de personnages disséminés presque au hasard, sans qu'aucune composition ail un centre. La scène de l"Av<W« a pour fond une église peinte en damier de bleu et de rouge. Le Christ y paraît trois fois : d'abord, il renverse la porte des Limbes; puis il tient le démon suspendu comme une peau vide et noire, et lève le pied pour le poser sur la tète du vaincu; enfin, il appelle à lui les élus qui sortent de. l'église : trois prêtres assistent à toute cette diablerie (5Mr. L'or est répandu abondamment sur les nimbes et les vêtements; mais les couleurs sont mal broyées et mal étalées. Le type des visages est une exagération monstrueuse du type à nez court et à menton énorme.
Le rouleau pins petit i n" 6) est plus étrange encore, quoique le dessin soil moins gauche et le coloris plus franc. Sur des fonds d'architectures impossibles se pressent des personnages
, „ Sicut sancta concepil Virgo Mafia : virgo peperit et virgo permansit. » L'enlumineur s est souvenu du texte évaneélique : « Ecce Angélus Domini nuntiavit Maria-, et concepit de Spiritu Sancto. »
•> Ces trois Exulte! de Gaête, ainsi que celui de Fondi, ont été pour la première fois décrite et reproduits par mon savant ami Dom Aucun™ Lai.l, dans son ouvrage en cours de publication depuis 1890 : les Miniatures des rouleaux d Exultet, Mont-Cassin, in-f» ; avec de très précises chromolithographies de M. Ferloni.
couverts de bijoux énormes, coiffés de tiares monstrueuses. L'Hypatos et sa cour sont rangés derrière de véritables murailles, hérissées de créneaux, et, en leur présence, le diacre déroule son parchemin du haut d'un édicule qui a l'air d'une tour.
On est presque étonné de reconnaître, à côté de ces compositions inouïes, des scènes semblables à celles qui figurent dans VExultet de Bénévent : le Christ vainqueur de la Mort (immédiatement avant l''Avàor;««;) et la Descente aux Limbes. L'Église est représentée par une reine debout, que bénit le Christ imberbe. A droite du groupe un prêtre et un diacre reçoivent des mains des laïcs, qui s'avancent en foule, les pains, en forme de couronnes, et les lioles de vin iamube, parmi lesquels seront choisis les espèces de la consécration : c'est l'Offertoire de la messe1. Un passage que l'enlumineur de Bénévent avait négligé est illustré par une composition symbolique : deux princes, coiffés de couronnes bizarres, qui s'inclinent devant l'apparition d'un médaillon du Christ, figurent la puissance humaine courbée devant le Dieu ressuscité : curvat importa n" 0, P'i. Trois motifs nouveaux mit été pris à l'iconographie biblique et évangélique. pour compléter l'illustration de la prose tout entière : le Passage île la mer Rouge*, le Crucifix, dans la lettre initiale du Vere dignum*; la scène de la Nativité, avec l'adoration des bergers, après l'image des abeilles ''.
Le troisième Exultet de Gaëte (n° 7) n'est, d'un bout à l'autre, qu'une copie du second, esquissée d'un trail de plume mal assuré et toute hachée de vermillon. Il est curieux de trouver, au xi" siècle, dans le duché grec de Gaëte, des miniaturistes bien plus barbares (pie ceux qui travaillaient alors dans les deux principautés lombardes de Bénévent et de Capoue. La tradition artistique de Byzance parait s'égarer et. les imaginations indigènes s'épanouir de plus en plus monstrueusement, à mesure que l'on s'avance du littoral apulien jusqu'à la mer Tyrrhénienne.
Tout le développement complexe et bizarre que l'illustration des rouleaux A'Exultet a pris au xr siècle, dans une série de villes grecques ou lombardes de l'Italie méridionale, semble s'être accompli en dehors du Mont-Cassin. Cependant, lorsque l'abbé Desiderius eut (ait du grand monastère de la montagne le foyer d'art le plus rayonnant de toute l'Italie, les miniaturistes savants formés à l'école des maîtres grecs devaient être appelés, comme les misérables scribes de Gaëte, à décorer des rouleaux pour la cérémonie du Samedi-Saint. La Bibliothèque du Vatican possède un fragment A'Exultet (Vat. lui. 4784)5 écrit au Mont-
1. Sur la liturgie do l'offrande dans la messe romaine, cf. M»'' Ducuesne, Origines du Culte chrétien, p. ICI.
2. » In qua primum patres noslros lilios Israhel educens de Egypte rubrum mare sicco vestigio transire fecisli
.1. •< Vere quia dignum et justum esl invisibilem lleum omnipotentem, Patrem Filiumque ejus unigenitum, Dominum nostrum Jesum Christian... personare.., »
i. Dom Util a publié un fragment A'Exultet figurant, en une seule miniature, les Abeilles et la scène de la Nativité. Ce fragment, qui remonte au xi" siècle, a été donné à Me' Piscicelli-Taeggi par un grand collectionneur de parchemins, Matleo Caméra, l'historien d'Amalfî : c'est l'unique reste d'un Exultet campanien, analogue au grand Exvltct de Gaëte. Je ne sais par quelle confusion M. Ventiui, en reproduisant la lithographie publiée par Dom Latil, a pu donner pour provenance à ce fragment un village des Marches, San Lorénzo nel Piceno [la Madonnit, 1899, p. 223).
5. Ce parchemin est conservé dans une boîte de cuir gaufré aux armes du pape Grégoire XVI (1831-1846) et du cardinal Athani.
Cassin vers la fin du xi" siècle, et qui contient la première partie de la prose, jusqu'à l'initiale du Vere dignum (n° S). Ce rouleau est décoré de cinq dessins et de deux monogrammes qui ont la finesse et l'élégance accomplies des miniatures et des grandes initiales dessinées, au temps de Desiderius, par le moine Léon. Les couleurs pâles des draperies sont presque entièrement effacées; il reste une teinte rose sur les visages et quelques paillettes d'or sur les nimbes et les orfrois. Les deux initiales E et V, de silhouette élancée, sont ornées d'entrelacs d'or, sur fond pourpre, et de monstres gouachés en blanc et bordés de vert. Parmi les sujets représentés, le plus curieux est la figurine d'un homme nu, qui se montre dans une auréole elliptique, au-dessous d'un admirable médaillon du Christ. Ce personnage, de galbe presque antique, dont le iront est surmonté du croissant lunaire et dont le nimbe lance des rayons, est une allégorie de la lumière céleste qui, après la Résurrection, brille à nouveau sur la face de la terre [Pl. XII, 2): Quant à la Terre ellemême, elle n'est pas représentée.
La Bibliothèque du Mont-Cassin possédait encore, au début de ce siècle, un rouleau d'Exultet complet, qui a été acquis par le British Muséum (Add. Ms. 30337; — Icou. comp., n" 9). Les grandes initiales E et V, avec leurs tètes de grillons, leurs monstres tordus, leurs rosaces d'entrelacs et leurs amples volutes d'or, qui se déploient sur un fond de pourpre violacée, sont parfaitement identiques aux initiales peintes sur le grand manuscrit de la Vaticane (Yat. ht. 1202) qui a pour frontispice le portrait de l'abbé Desiderius. Les dessins à la plume, par la délicatesse du trait, la noblesse des attitudes et la grâce des visages de femmes ou d'anges, peuvent être mis en parallèle avec les miniatures de YExultei du Vatican et les chefs-d'œuvre signés par le moine Léon. Les sujets représentés sont au nombre de treize. Il semble que le miniaturiste du Mont- Cassin ait eu connaissance des décorations si différentes et si inégales que les rouleaux A'Exultet avaient reçues au xi" siècle, depuis Bari jusqu'à Gaëte. L'image du Christ Pantocrator, trônant entre deux anges inclinés, ligure au commencement du rouleau pour illustrer les mots : Lumen Chrisli, qui précèdent la prose Exultet {Pl. XII, 1). C'est une variante de la figure dessinée à la même place sur le rouleau de Bari. La représentation allégorique de la Terre n'est pas la princesse au chapeau de feuillage qui ligure sur le rouleau de Bari, mais bien la femme demi-nue qui, sur le rouleau de Bénévent, abandonne ses fortes mamelles à un bœuf et à un lion. D'ailleurs la miniature contemporaine de Desiderius n'est point une copie de la miniature bénévenline : le lion est remplace par un serpent; la femme aux cheveux épars, aux bras nus levés vers le ciel, lient au sol, où son corps est plongé jusqu'à la ceinture, comme par des racines vivantes; son buste, qui émerge d'un tertre couvert de feuillages, entre deux arbustes, donne luimême naissance à des éventails de feuilles, plantés au creux des bras ployés et au sommet du front. D'autres images sont empruntées au cycle évangélique et biblique, qui avait été abondamment développé par les enlumineurs grossiers de Gaëte. A côté du Crucifix qui fait suite au monogramme Vere, le passage de la mer Bouge et la mort des
Cassin vers la fin du xi' siècle, et qui contient la première partie de la prose, jusqu'à l'initiale du Vere diffmm (n° 8). Ce rouleau est décoré de cinq dessins et de deux monogrammes qui ont la ('messe et l'élégance accomplies des miniatures et des grandes initiales dessinées, au temps de Desiderius, par le moine Léon. Les couleurs pâles des draperies sont presque entièrement effacées; il reste une teinte rose sur les visages et quelques paillettes d'or sur les nimbes el les orfrois. Les deux initiales E et V. de silhouette élancée, sont ornées d'entrelacs d'or, sur fond pourpre, el de monstres' gouachés en blanc el bordés de vert. Parmi les sujels représentés, le plus curieux est la figurine d'un homme nu, qui se montre dans une auréole elliptique, au-dessous d'un admirable médaillon du Christ. Ce personnage, de galbe presque antique, dont le front est surmonté du croissant lunaire et dont le nimbe lance «les rayons, esl une allégorie de la lumière céleste qui, après la Résurrection, brille à nouveau sur la face de la terre [Pl. XII. 2i. Muant à la Terre ellemême, elle n'est pas représentée.
La Bibliothèque du Mont-Cassin possédait encore, au débat de ce siècle, un rouleau à'BeeuHet complet, qui a été acquis par le British Miuem [Add, Ut. 88837s — hou. comp., n"9).. Les grandes initiales E et V, avec leurs tètes de grillons, leurs monstres tordus, leurs rosaces d'entrelacs et leurs amples volutes d'or, (fui se déploient sur un fond de pourpre violacée, sont parfaitement identiques aux initiales peintes sur Le grand manuscrit de la Vaticane (Va t. hit. 1202) qui a pour frontispice le portrait de l'abbé Desiderius. Les dessins à la plume, par la délicatesse du trait, la noblesse des altitudes et la grâce des visages de femmes ou d'anges, peuvent être mis en parallèle avec les miniatures de VExultet du Vatican et les chefs-d'œuvre signés par le nioine Léon. Les sujets représentés sont au nombre de treize. Il semble que le miniaturiste du Mont- Cassin ait eu connaissance des décorations si différentes et si inégales que les rouleaux A'Èœuttel avaient reçues au xi" siècle, depuis Bari jusqu'à Gaëte. L'image du Christ Pantocralor, trônant entre deux anges inclinés, ligure au commencement du rouleau pour illustrer les mots : Litmm Chrisli, qui précèdent la prose EsmUoi {Pl. XII, 1). C'est une variante de la figure dessinée à la même place sur le rouleau de Bari. La repré-, sentation allégorique de la Terre n'est pas la princesse au chapeau de feuillage qui figure sur le rouleau de Bari, mais bien la femme demi-nue qui, sur le rouleau de Bénévént, abandonne ses fortes mamelles à un bmuf et à un lion. D'ailleurs la miniature contemporaine de Desiderius n'est point une copie de la miniature bénéventine : le lion est remplacé par un serpent; la femme aux cheveux épais, aux bras nus levés vers le ciel, tient au sol, OÙ son corps est plongé jusqu'à la ceinture, comme par des racines vivantes; son buste, qui émerge d'un tertre couvert de feuillages, entre deux arbustes, donne luimême naissance à des éventails de feuilles, plantés au creux des bras plovés et au sommet du front. D'autres images sont empruntées au cycle évangélique et- biblique, qui avait été abondamment développé par les enlumineurs grossiers de (iaéte. A côlé du Crucifix qui fait Suite au monogramme Vere, le passage de la mer Bouge et la mort des
cavaliers égyptiens sont représentés en un seul tableau par deux groupes serrés de figurines. L'image de la Vierge glorieuse explique le symbolisme de la ruche entourée d'abeilles, comme sur le grand Exultet de Gaëte; mais la Mère de Dieu n'a plus la couronne d'une reine : elle se présente assise et de face, voilée du maphorion des vierges byzantines, dans la même altitude que le Christ Pantocrator ', au commencement du rouleau.
Tous ces motifs, dont les prototypes se retrouvent sur des rouleaux d'Exultet antérieurs au temps de Desiderius, semblent avoir été soudés ensemble, dans l'atelier du Mont-Cassin, par une sorte de «contamination". Deux motifs seuls apparaissent pour la première fois sur le rouleau du Britisb Muséum : le Noli me tangere-, qui met en scène l'une des apparitions qui onl suivi la Résurrection du Christ; Adam et Ève, les pécheurs auxquels le monde a dû son Rédempteur. Ces deux figures nues onl, une rondeur de contour el une élégance de gestes qui tiendraienl du prodige, dans un dessin du xi' siècle, si l'on ne savait quelle virtuosité les miniaturistes bénédictins ont acquise à l'école des maîtres grecs.
L'Exultet enluminé au Mont-Cassin par un artiste contemporain de Desiderius a servi de modèle à un autre miniaturiste. La Bibliothèque Barberini, à Rome, possède un rouleau d'Exultet, découpé en feuilles, qui provient des collections réunies, au xvm" siècle, dans l'Italie méridionale, par le cardinal Santorio (nn 10). Sur les dix miniatures qui décorent ce rouleau, sept sont la copie exacte des miniatures correspondantes de ['Exultet conservé au British Muséum. Trois images seulement s'ajoutent à la série de ces copies. L'une représente l'Église, figurée par une princesse dans l'attitude de l'orante : c'est un motif qui a déjà trouvé place dans l'illustration du rouleau de Bénévent. Deux autres miniatures, les dernières de ï'Exultet Barberini, accompagnent la prière finale pour les représentants de l'autorité spirituelle et temporelle. Le pape est coiffé d'une tiare conique foule quadrillée ; à côté de lui, un évêque porte la mitre à deux cornes qui était en usage pendant le xue siècle. L'empereur (Imperator) est nssis au milieu d'une foule de dignitaires; à sa gauche siège un comte [Cornes), coi lté d'une sorte de bonnet de doge et tenant un faucon sur le poing. Cet empereur, figuré au xne siècle sur un manuscrit de l'Italie méridionale, peut être Henri VI, élevé au trône en 11903.
L'Exultet Barberini n'est pas complet: il manque au rouleau les premières lignes de la prière el. l'initiale ornée du début. Par un singulier hasard, le commencement du rouleau conservé dans une bibliothèque de Rome se retrouve dans un monastère allemand.
Martin Gerhert a fait graver, en 1775, dans son grand ouvrage sur l'ancienne musique liturgique* un fragment A'Exultet, conservé de son temps dans l'abbaye de Sanef-Blasien
1. La Vierge était assistée de deux anges en adoration, de môme que le Christ : ces deux figures d'anges ont été découpées dans le parchemin et ont disparu.