PateograftaU Society, Londres, 1873-1893, 111, pl. CXLVI
3. S. Pikralesi, il Prcconio Vasquale, conforme ail' insigne frammento dcl Cotlicc Barbcriniano, Rome. 1883, in-f° ; avec des calques complets des miniatures et du texte.
4. Mabtixts Gkrbkrt, De Cantu et Stusica sacra, Sanct-Blasien, 177S, in-i"; II, p. 534 el pl. XIII. Je n'ai pu savoir ce qu'est devenu ce précieux fragment, après l'abandon de la grande abbaye de la Forêt Noire par les Bénédictins.
(Forêt Noire'i.etqui contient précisément les lignes qui manquent sur le rouleau de la Bibliothèque Barberini. Le texte est précédé de la grande initiale K et de deux miniatures, qui illustrent les mots : Lumen Christi. L'une des images représente le diacre sur l'ambon et un acolyte allumant le cierge; au-dessus de ce groupe, qui rappelle le premier dessin de l'Exultet de Mirabclla, le Christ est assis entre deux anges. Ces trois dernières figures sont la copie littérale de la première miniature de l'Exultet du Mont-Cassin, conservé au British Muséum. Les miniatures du fragment de Sanct-Blasien et du fragment de la Bibliothèque Barberini sont les unes et les autres des reproductions d'un même original. Ces deux fragments ont la même largeur, et le parchemin se raccorde aussi bien que le texte. Ils ont formé un seul et même rouleau : un détail le prouve de la façon la plus péremptoire. Sur l'Exultet Barberini, le texte latin en caractères lombards est accompagné d'un commentaire théologique écrit en caractères carrés beaucoup plus petits, dans un italien encore à demi latin et ressemblant à la langue populaire que saint-François employa pour composer le « Cantique du Soleil ». Or une rubrique du même genre est écrite avec les mêmes caractères et dans le môme langage, à côté' de l'image du Christ, sur le parchemin mutilé de Sanct-Blasien '.
L'initiale E du fragment de Sanct-Blasien est beaucoup plus chargée de décoration (pie celle du manuscrit du British Muséum, dont elle reproduit la silhouette aux courbes gracieuses. La lettre tout entière est remplie par des volutes au milieu desquelles se jouent des monstres à silhouette de chien. Ce décor est celui des initiales peintes au Mont-Cassin, vers la lin du xu" siècle; d'autre part, l'image du Christ entre les deux anges et sept des miniatures du rouleau Barberini reproduisent les compositions de l'Exultet du British Muséum avec une parfaite fidélité. Ces miniatures n'ont pu être dessinées que par un artiste qui avait sous les yeux le rouleau enluminé au temps de Desiderius. D'après tous ces indices on doit admettre que l'Exultet, aujourd'hui reconstitué avec les deux fragments de Sanct-Blasien et de Borne, a été écrit et enluminé au Mont-Cassin.
Le rouleau du xi" siècle, dont les miniatures servirent encore de modèles dans les dernières années du xn" siècle, avait été imité très librement une première fois, vers 11 15. C'est à cette date que se place, d'après les noms cités clans la prière finale", un très important fragment d'Exultet, enluminé pour le monastère bénédictin de San Pietro, à Fondi, près Gaëte,et récemmenlacquis par la Bibliothèque Nationale de Paris (vY"™ Acq. lut. 710;
1. Voici ce texte, que les historiens de la littérature italienne devront joindre au texle de VExullet Barberini : « Hic figuratur in Salvatore per representationem de lo son gloriosu triumphu fattu nella soa resurrectione. Lu quale accompangiatu daii angeli illumina et benedice tutti li soi fideli, ci dyaconu che canta lal misterio inchoando : Exultct... » (D'après le fac-simite publié par Gerbert).
2. <■ Prëcamur ergo te, Domine, ut nos, famulos tuos, omnem clerum ac devotissimum populum, una cum beatissimo papa nostro N... et antistite nostro Benedieto, cum omni congregatione bealissimi Pétri Apostolorum principis, presenlis vite quiete concessa gaudiis facias perfrui sempiternis. Mémento etiam, Domine, famuli lui Imperatoris nostri N..., Dec non et famuli tui consulis nostri Leonis. » Cette invocation a été reproduite en fac-similé, avec la plupart des miniatures du rouleau de Fondi, par Dom Latil (les Miniatures des rouleaux d'Exultet, 1899). Sur l'évèque Benoit, cf. Pieiire Diacre, Citron. Casin., IV, 53; Mignb, t. CLXXIII, col. 877 ; — Ughelli, Italia sacra, I, p. 723. Le consul Léon est nommé dans un document de 1117.
— îcon. comp., n" 11). Sur ce parchemin l'initiale ornée du mol Vere, la scène de la Crucifixion, le tableau qui représente les Hébreux sauvés et les Égyptiens noyés au passage de la mer Rouge, la Descente du Christ aux Limbes, le groupe d'Adam et. Eve reproduisent, avec de légères variantes, le décor et les compositions du rouleau conservé au British .Muséum. Un sujet qui ne figure pas sur ce dernier rouleau est une imitation des images monstrueuses que le miniaturiste de Fondi avait vues sur les Eayultet de (iaéte : c'est le Christ assis sur un trône, cuire deux souverains inclinés. Enfin, des motifs nouveaux apparaissent pour la première fois. Le plus remarquable est le Baiser de Judas (11, N), une scène animée qui illustre ce passage de la prose : Utsermm redimeres, filium Iradidixii.
Pour le style et la technique, le rouleau de Fondi doit être rapproché du bréviaire de la Bibliothèque Mazarine, qui remonte également aux premières années du xu" siècle. Dans ces deux manuscrits, les couleurs sont vives et plates, sans rehauts de gouache; le dessin est lâché, ef les proportions des ligures s'allongent. Le miniaturiste de Fondi, tout en faisant œuvre originale, suif l'évolution de l'atelier du Mont-Cassin. Peutêtre s'était-il formé lui-même dans le monastère de la montagne; en tous cas, cet artiste était sûrement un Bénédictin. En représentant la suite de l'évêque de Fondi. qui s'appelait Benoit et qui avait élé moine au Mont-Cassin, sous le gouvernement d'Oderisius, il a donné toute la place à l'abbé du monastère de San Pietro et au groupe serré de ses religieux.
L'Exaltrl de Fondi tient étroitement au groupe formé par les trois rouleaux du Mont- Cassin, aujourd'hui dispersés entre le Vatican, la Bibliothèque Barberini et le British .Muséum. D'autres rouleaux d'Exultet, enluminés dans le cours du xu' siècle, diffèrent entièrement, pour le style comme pour l'iconographie, des chefs-d'œuvre de miniature laissés par les artistes de Desiderius et plus ou moins fidèlement imités par leurs successeurs. La Bibliothèque du Mont-Cassin possède encore un Exultet, enluminé, qui est contemporain du rouleau de Fondi. Cet Exultet a été copié dans le monastère bénédictin de Sorrente, au temps du pape Pascal II et de l'archevêque Barbato, vers 11 lu (n° 13) 1 . Le donateur, ou le peintre, est un sous-diacre nommé Boniface [Bonifacius suidiaconus), qui est représenté, à la fin de la prière, offrant au Christ le parchemin roulé. Les miniatures sont nombreuses : on en compte dix-neuf, dont beaucoup de représentations successives de la cérémonie. Les compositions sont, pour la plupart, simplifiées et rapetissées. L'Église, logée dans un édicule à trois arcades, trop bas pour qu'elle s'y tienne debout, est réduite à un buste, qui apparaît derrière un autel, parmi des personnages minuscules. Dans l'allégorie de la Terre, la figure féminine a disparu, avec les personnifications viriles de la lumière ou des ténèbres : les animaux restent seuls en présence du Christ. Le dessin et la couleur sont aussi pauvres que les compositions. Un des sujets
1. Cahavita, i Codici e le Arti a Monte Cassino, I, p. 303-308.
représentés, les Saintes Femmes au Tombeau, rappelle VExultet archaïque de Capoue. La lettre V, qui sert de cadre circulaire à un Christ hébété, n'est pas une de ces amples initiales, remplies de souples volutes, que dessinaient magistralement les artistes du Mont- Cassin : c'est une sorte d'oméga, orné de médaillons, et de même forme que les monogrammes dessinés, vers le milieu du xi° siècle, sur les Exultet de Bénévent et de Gaëte.
La Bibliothèque Nationale de Naples possède des calques d'un Exultet, dont la trace est perdue et l'origine inconnue (n° 13)'. D'après le costume d'un évêque qui porte la mitre à deux cornes, comme Benoît, évoque de Fondi, en 1115, ce manuscrit appartenait au xir5 siècle. 11 esL remarquable surtout par l'abondance des images liturgiques et par la singularité énigmatique de certaines traductions du texte par l'image. La lumière de Dieu, rayonnant sur le monde, est devenue un ange porte-flambeau devant lequel tombe à la renverse une figurine toute une, qui personnifie les ténèbres. Une procession de petits personnages, groupés ileux à deux dans des attitudes peu expressives, est censée rendre mol à mot le passage qui décrit les effets de celte nuit de la Résurrection, nuit de gloire et de paix, qui arrête les discordes et courbe le front des puissants. Toute cette iconographie est aussi désordonnée que l'avait été, au siècle précédent, la composition des images qui défdent sur les parchemins de Gaëte comme des cauchemars de sauvages. Il est manifeste que l'enlumineur de VExultet connu par les calques de Naples, comme l'enlumineur du rouleau de Sorrente, ignorait complètement les progrès techniques et les combinaisons iconographiques réalisés, vers la fin du xf siècle, par les miniaturistes du Mont-Cassin.
La série chronologique des Exultet provenant de l'Italie méridionale se termine avec deux rouleaux, qu'on serait d'abord tenté d'attribuer au même atelier, tant est frappante leur ressemblance. L'un de ces rouleaux a été coupé en feuilles qui ont été reliées avec le Pontifical et le Bênédictionnaire de la Bibliothèque Casanatcnse (Icon. çomp. n° 14) -; l'autre, dont le texte a été découpé et supprimé, mais qui a gardé toutes ses miniatures, cousues bout à bout, gît encore au milieu des parchemins entassés qui forment les archives de la cathédrale de Salerne (n* 15). Dans ces deux manuscrits les miniatures sont au nombre de quinze, en laissant de côté les lettres ornées. Les sujets et les compositions indiffèrent que par de légères variantes. Le travail du pinceau est le même : une gouache épaisse de couleurs vives, rehaussée de lumières blanches. Il n'est pas jusqu'à la bordure, composée de cercles multicolores, qui ne soit identique dans les deux rouleaux.
1. Les calques de cet Exultet perdu sont réunis avec des calques fort soignés de quelques miniatures des Exultet de Bari et de Salerne, dans un recueil factice qui porte, au département des Manuscrits, la cote I B 49. Ce recueil contient encore sept calques d'après les miniatures d'un aulre Exultet perdu, sur lequel étaient représentés deux princes lombards, comme ceux qui ont régné conjointement au xi« siècle à Capoue ou à Bénévent. Le volume provient de la Bibliothèque de San Domenico. Les quelques annotations manuscrites qui accompagnent les calques paraissent remonter au commencement du xix» siècle. Ce recueil a pu être formé par Iî. Guarini, le premier édilour de VExultet de Mirabella- Eclano (V. plus haut, p. 221, n. 2).
2. VExultet de la Bibliothèque Casanatense a été décrit en détail, avec quelques erreurs, et en partie reproduit par M. Ch. Langlois [Mélanges de l'École de Rome, VI, 1876, p. 473-482, pl. VII et VIII).
L'influence de l'École du Mont-Cassin est sensible dans quelques détails de la décoration de ces deux manuscrits. Les deux grandes initiales intercalées parmi les miniatures de V Exultet-Casanatense rappellent encore, avec leurs volutes d'or, les lettres ornées des deux Exultet du Mont-Cassin (Londres) et de Fondi (Paris). Trois scènes, — la Crucifixion, le Passage de la mer Rouge, la Vierge assise entre deux anges, — sont composées, sur les deux rouleaux de la Bibliothèque Casanatense et de la cathédrale de Salerne, à peu près comme sur ï'Exullet, contemporain de Desiderius, qui a passé au British Muséum. Cependant les deux rouleaux qui forment un groupe fraternel ne se rattachent que par un lien fort lâche à la famille artistique du Mont-Cassin : le prototype de leur illustration est ailleurs. Des images aussi caractéristiques que la Terre demi-nue, allaitant le lion el le cerf, el que l'Agneau de Dieu entre les animaux évangéliques sont évidemment imitées de VExultet enluminé à Bénévent vers 1050. L'imitation n'est point allée sans transpositions, ni sans variantes. C'est ainsi que l'Agneau, qui, sur le rouleau de Bénévent, figurait le Christ el accompagnait le nom du Sauveur (2 J) dans la seconde partie de la prose, est devenu, au commencement des deux rouleaux de la Bibliothèque Casanatense el de Salerne, le symbole des divins Mystères, qui, d'après le texte, participent ii l'allégresse des anges (14-15 C). L'image féminine de l'Eglise assise sur une basilique est remplacée, dans Y Exultet-Casanatense, par un homme tête nue et debout, et, dans VExultet de Salerne, par un pape coiffé d'une tiare hémisphérique.
Des différences de ce genre prouvent que, malgré leur étroite parenté, VExullet- Casanatense et VExultet de Salerne n'ont pas été directement copiés l'un sur l'autre. Ils ont eu seulement un prototype commun, qui combinait quelques motifs de l'iconographie du Mont-Cassin avec toute une série de motifs archaïques, tirés de VExultet de Bénévent.
A quelle époque le rouleau décoré avant la prise de la capitale lombarde par les Normands a-t-il été l'objet d'une imitation aussi fidèle? On ne peut dater, à cinquante ans près, le rouleau de la Bibliothèque Casanatense; l'invocation finale mentionne seulement un pape, un évêque et un abbé (preposita)., sans citer de noms; le style des lettres indique le xn" siècle. Le rouleau de Salerne n'est plus accompagné d'un contexte; mais les miniatures offrent l'image d'un évêque qui porte la mitre triangulaire de la première moitié du xiue siècle et l'effigie d'un roi ou d'un empereur imberbe, dont les longs cheveux sont roulés sur les oreilles. Ce souverain n'est autre que Frédéric H. La miniature terminale de VExultet de Salerne reproduit avec une étonnante exactitude le portrait du grand empereur, tel qu'il est représenté, assis el couronné, au frontispice du traité de fauconnerie rédigépar lui-même, et dont la Bibliothèque du Vatican possède un exemplaire abondamment ill usiré i Val, pal. h »T 1 ) 1 .
Après te sur siècle on cessa de décorer des rouleaux de ce genre; mais les anciens parchemins enlumines restèrent en usage. Une miniature d'un missel de Molfetta (Terre de