F.-X. Kraus, Gesch. der Christl. Kunst, II, p. 67 et
nienne reste, dans les écrits contradictoires de ces deux maîtres, un monument isolé, soit de l'Orient, soit de l'Occident, par une vaste étendue de « terres inconnues ».
Pour reprendre la discussion, il faut avoir comblé les lacunes. On connaît désormais, entre le Mont-Cassin et la Rome du ix* siècle, entre le Mont-Cassin et la Byzance du xi", des séries entières d'œuvres d'art, dont la seule indication jette sur le problème de Sant'Angelo in Formis une lumière nouvelle.
La première école du Mont-Cassin, dont Kraus avait en comme la divination, pouvait passer pour un mythe : elle a pris corps dans les peintures découvertes aux sources du Volturne. Celle école s'est rattachée à l'école mi-latine, mi-byzantine, qui tlorissait à Rome au vin" et au ix" siècle.
Entre les peintres contemporains des abbés Josué et Épiphane et les artistes formés sous le regard de Desiderius, les miniatures des manuscrits et des rouleaux d' Exulte t ont fait la chaîne; lettres enluminées et figurines peintes sont venues attester que, dans les ateliers bénédictins, la tradition romano-byzantine du ixp siècle survécut aux ruines accumulées par l'invasion sarrasine, et s'enrichit d'éléments directement empruntés au décor « septentrional » et à l'iconographie carolingienne.
11 serait possible, à la rigueur, d'appliquer directement les conclusions tirées de la connaissance des miniatures à l'élude des fresques contemporaines de Desiderius. Mais, avant de prendre ce parti, il faut étendre les recherches aux peintures murales que les Bénédictins ont pu exécuter avant le temps du célèbre abbé.
De telles peintures existent encore. Si elles ont échappé à Kraus, elles se trouvaient pourtant décrites en partie dans les ouvrages de Schulz et de Salazaro. Une étude nouvelle de ces peintures achèvera de faire connaître l'état de la tradition bénédictine, au moment où fut commencée la décoration de Sant'Angelo in Formis.
Les fresques bénédictines de l'Italie méridionale se trouvent, de même que la plupart des peintures basiliennes, dans des grottes abandonnées. La région campanienne avait eu, dès le \ie siècle, des ermites latins, saint Mennas, saint Renatus, qui s'étaient retirés, comme les caloyers, au milieu des rochers : in preerupta rupe, écrit Léon d'Ostie, en parlant d'un solitaire établi dans les environs de Naples. Au pied même du Vésuve, l'église d'une abbaye qui possédait des biens considérables portait le nom d'une grotte consacrée, Sancta Maria de spelea ou de Ma spelunca '. On n'a aucune raison de supposer que les premiers habitants de ce monastère fussent des Grecs -. L'une des grottes érémitiques creusées dans les ravins
1. « Ecclesia sub vocabulo Dei geaitricis et vtrginis .Marie que sita est in Monte Besubei, ubi nunc modo dominus Sparano sacer et humilis abbas regimen tenet » (Acte de 976; hetjii Neap. Archiva Montai!., I, n, p. 244, n° CLXIV; cf. p. 103, n" CLXXX; Capasso, Mon. Neap. Ducatus, II, n, p. 180).
-2. 1. Valise du Vésuve l'ut donnée à l'abbaye bénédictine de San Lorenzo d'Aversa en 1079 (Di Mko. Annali crit. diplom., sub anno).
voisins du mont Taburno. près des Fourches Caudines, \&grotta di San Mauro, porte encore le nom du disciple de saint Benoît1. En établissant leur demeure et leur oratoire dans quelque cavité naturelle, les bénédictins de l'Italie méridionale n'imitaient pas les basiliens : ils ne faisaient que se conformer à l'exemple qu'avait donné le patriarche des moines latins, en sanctifiant par sa pénitence la caverne de Subiaco, le sqçro Speco, qui fut, dans la suite, décoré de peintures comme la chapelle d'une laure apulienne.
Quatre des grottes campaniennes qui ont été consacrées au culte ont gardé des restes notables de peintures antérieures au xn' siècle.
Deux de ces grottes se trouvent non loin de Capoue, dans un ravin profond, près d'une cathédrale abandonnée, seul reste de la ville épiscopale qui s'éleva sur les ruines de l'antique Calés. Le souvenir même de cette ville déchue avait achevé de s'effacer, depuis qu'en 1818 levèché avait été transféré à Teano : il fallut ranimer, de nos jours, une tradition éteinte, pour rendre aux masures groupées près de l'église ancienne le nom savant de Cala risorla-3.
La Grotla dei San//', la plus voisine îles habitations de Calvi, a été retaillée au pie dans le tuf calcaire. Au fond d'une sorte de nef large et haute, un bloc réservé dans le rocher forme un sanctuaire surélevé, au-dessus duquel l'abside est creusée. Des peintures votives se sont conservées sur toutes les parois de la grotte. Les noms latins des saints sont écrits à côté des visages en grandes lettres carrées de couleur blanche; sous les personnages on déchiffre quelques noms de donateurs, pour la plupart des noms lombards. La formule dédicatoire n'esl plus la prière monotone, écrite en grec ou en latin dans les grottes de la Terre d'Otrante : « MyiiaOrrri, Ki5pte,toû SoûXou o-ou 'ASpiavoû... »:t ; « Mémento, Domine, famuli lui Saruli sacerdotis»K C'est une véritable signature de donateur, analogue à celle que les témoins apposaient au bas d'un parchemin : «Ego Fhrisantio cum uxor mea Gaita pùuere feci... »
Les peintures de la Grotla dei Sanii forment quatre séries bien distinctes. La première comprend une vingtaine d'images votives de saints et de saintes, rangées le long de la nef, une Crucifixion, le Martyre de saint Laurent, et une scène de la Légende de saint Sylvestre : le saint pape chassant un dragon à queue de serpent, tandis que saint Pierre et saint Paul lui apparaissent dans le ciel '.
D'après les costumes, il esl clair que ces peintures sont antérieures au xue siècle. Les évèques n'ont pas la mitre, ni les papes la tiare : tous les dignitaires ecclésiastiques sont
1. Les grottes du mont Taburno ont été décorées de peintures : celles qu'on y voit aujourd'hui sont pour la plupart modernes et l'une d'elles porte la date de 1601. Pourtant la vntl« di San Simeone, à 3 kilomètres d'Airola, renferme encore une lête de Christ peinte au m' siècle. Cf. F. Colossa di Stigliano, le Grotte dei Monte Taburno, Naples, 1889, p. 20 et 30.