lbid., p
5. Voici la suite des peintures de la nef, à partir de rentrée, avec les rectifications qu'il faut apporter aux lectures de Schuk • à droite S. CLEMENS. S. SILVESTER, S. MAXIMVS, S. PETRVS, S. STËPHANVS, le Crucifiement, [S. JOANNES (saint Jean l'Évangélistc), une sainte orante, S. JOANE (saint Jean-Baptiste), S. COSMAS, SA BARBARA, S. SIMON; à gauche, un saint évêque, SCA LVCIA, un Ange, tenant dans une balance une ame, sous ligure d'enfant (sans doute l'âme de saint Laurent) ; le Martyre de saint Laurent, un saint dont le nom est illisible, saint Michel, S. GASTRENSIVS [fie- 95), S. MAVRICIVS, S. BONIFAC1VS; la Légende de saint Sylvestre.
représentés tète nue. La robe de princesse que porte sainte Barbe est, comme la robe royale
des deux Vierges delà chapelle du Volturne, ornée de grands cercles, autour desquels de
larges touches de blanc piquent d'énormes gemmes ; la couronne de la sainte est une tiare
basse à trois fleurons, identique à celle qui coiffe l'une des femmes représentées, au x« siècle,
sur le Bènèdictionnaire de la Bibliothèque Casanatense, Dans la scène du Martyre de saint
Laurent, le corps du saint étendu sur le gril, l'attitude de l'un des bourreaux qui maintient
le martyr avec une fourche, le gesle de l'empereur qui assiste au supplice sont autant de
souvenirs directs de la fresque du Volturne1. Le coloris seul est aussi différent que possible
du coloris doux et blond des peintures murales contemporaines de l'abbé Épiphane. Sur
les visages jaunâtres et ridés les
traits sont marqués en noir et les
joues sont marbrées de larges
plaques rouges. Dans la draperie,
les couleurs dominantes sont un
rouge violacé et un bleu noirâtre,
encore durcis par des stries très
rapprochées d'un blanc sec. Ce
coloris acerbe est exactement
celui qu'emploie le miniaturiste
bénédictin qui, dans les premières
années du x" siècle, a représenté au frontispice du manuscrit de la Règle le portrait de Jean, premier abbé du monastère
de Capoue, dont Calvi était séparée par moins de deux heures de marche. La Grotta dei
Sanli a conservé, dans cette série de peintures offensantes pour l'œil, une œuvre précieuse
de l'école capouane du x" siècle.
Une seconde série commence avec les peintures de la paroi qui forme iconostase : six
bustes de saints en vêtements blancs dans des médaillons à fond jaune ; au-dessus, quatre
ligures en pied : une sainte Marguerite tenant une couronne, comme les saintes des fresques
du Volturne, et, entre deux prêtres vêtus de la chasuble, la Vierge assise, portant sur ses
genoux l'Enfant, qui tient dans la main gauche un volvmen. Les couleurs, plus crues que
dans la série précédente, sont posées comme au hasard, avec une inexpérience qui l'appelle
les miniatures capouanes du début du xie siècle : la sainte Marguerite a la chevelure bleue, de
même que les figurines du manuscrit des Lois lombardes avaient les cheveux violets.
A ce groupe se rattache une ligure dorante, la tète couverte du voile brun des vierges
byzantines, qui se trouve isolée sur la paroi de droite, parmi les ligures violacées du x" siècle.
A côté île l'orante, un saint Jean-Bapliste. vu de l'ace, commence une troisième série de
peintures, qui se continue sur la paroi de gauche, au-dessus du Miracle de saint Sylvestre.
1. Le peintre a seulement ajouté certains détails barbares, comme les mouchetures lie Je vin qui couvrent le corps du martyr, et les deux personnages qui se penebent pour recueillir la graisse Tondue.
On voit de ce côté une file de cinq personnages : le dernier est saint Sylvestre lui-même, à côté duquel le dragon est représenté sortant d'un édicule. Les deux séries de peintures étagées l'une au-dessus de l'autre doivent être attribuées à deux mains et, sans doute, à deux dates différentes. Dans la file supérieure, les traits sont lins cl réguliers ; le teint des visages est d'un jaune pâle, cerné de noir et de rouge, et marqué aux pommettes de taches orangées ; dans les vêtements, les teintes vineuses ont fait place à des tons frais : orangé, vert clair, rouge cerise. Prés du saint Sylvestre, debout et tête nue, sont rangés un saint évêque coiffé d'une sorte de turban gris et tenant une crosse blanche, un saint avec une cnlamyde de patricien byzantin, agrafée sur l'épaule droite, et un saint diacre qui tient une couronne.
La décoration «le l'abside, (pic Schulz a reportée au xiv" siècle, peut être datée plus exactement, par comparaison avec les miniatures bénédictines. Au fond de la large niche le Christ est debout entre deux anges; à droite et à gauche sont deboul, en pendant les uns aux autres, sain! Paul el saint Pierre, deux apôtres et deux évêques. A droite, la file de personnages est continuée sur la paroi par les images d'un saint diacre et de saint Nicolas. Les visages ronds, cernés de noir, rappellentde lu manière la plus frappante, avec leurs gros yeux, leur nez court et leur large menton, les figurines de l'Exultetàe Bénévent. Ces fresques, qui sont coloriées par taches plates et vives, appartiennent au xi" siècle.
En quittant la Grolla dei Santi et en suivant le ravin pendant un kilomètre environ, après avoir passé sous le viaduc de la grand'route, on trouve une seconde grotte, dite Grotta délie Fornelle, que Schulz n'a pas visitée et que Salazaro a fait connaître1. C'est une vaste excavation naturelle, régularisée à coups de pic Les peintures qui décoraient cette grotte, jusqu'à une hauteur de 5 ou 0 mètres, sont en partie conservées; sous plusieurs des fiLes de personnages on distingue les restes peu intelligibles de larges inscriptions, rongées par le salpêtre3. Les peintures de la Grotta délie Fornelle remontent, comme celles de la Grotta dei Santi, au xf et au xic siècle. Les parois de droite et de gauche étaient couvertes de saints aux costumes ornés de cercles et de gemmes : le coloris, où domine l'ocre jaune, rappelle encore les fresques du Volturne. Sur la paroi du fond sont rangés en file des personnages identiques, pour la finesse des types et la vivacité des couleurs, aux figures dont nous avons formé, dans le cycle de la Grotta dei Santi, la troisième série de fresques. Au milieu, la Vierge en orante, entre deux anges en costume d'empereur byzantin ; à droite et à gauche huit saints. Parmi ceux-ci figurent un évêque, représenté tète nue, et quatre hommes, qui portent la barbe en pointe des Lombards et sont vêtus comme les princes
i. Salazaro, I, p. b8.
•2. Dans la paroi du fond est ouverte une petite baie qui donne accès à une grotte plus basse et dépourvue de décoration.
3. Dans une sorte de niche, à droite de l'entrée, au-dessous d'une nie de saints tenant des couronnes et des restes informes d'une Nativité (au milieu de la composition, un personnage assis est désigné par l'inscription JOSEP"), on peut lire les mots suivants : 1° lettres noires : KAl.ENDAS NOVBMB . U . PRI . T . DEP . . AZIO ISSTIVS ALTARli in 0.X0HE BI ET SHE MARIE VIRGINIS ET SCI MICHAEUS ET SCI PETRI APLI ET SCI N'ICOLAI ET....; 2° lettres blanches: . . ICMVNDI ET JÏÏHS FILI0 MEO ET MARIA ET LANDELGRIMI (qui) OFERVNT ALTARE DXtX..
et les seigneurs dont les rouleaux d'Exultei de Bénévent et de Capoue ont conservé l'image '.
La grotte de San Biagio, près de Castellamare, est une ancienne nécropole chrétienne-. La chambre funéraire qui a été décorée de peintures forme une large et étroite galerie, dont les parois sont creusées de niches, en forme A'arcosolium, et qui aboutit à une sorte d'abside. Le long du corridor les images peintes sont disposées, pour la plupart, au fond des arcosolia et sur l'intrados des archivoltes; quelques-unes sont rangées entre les niches; l'arc triomphal de la petite abside est surmonté de cinq médaillons. Dans ces peintures, de même que dans celles de Calvi, les groupes diffèrent les uns des autres par la technique et le style. Une première série comprend d'abord les cinq médaillons à fond rouge de l'abside; ces médaillons encadrent des bustes vêtus de tuniques blanches, unies ou rayées de laticlaves rouges : an centre, le Christ, avec le nimbe crucigère, entre l'A et l'Q; les cheveux et la barbe sont noirs; le type est régulier, l'expression très calme; à droite et à gauche, d'abord deux bustes d'archanges (MICAEL, GABRIHEL), puis deux apôtres, à figure maigre et à longue barbe grise. Tous ces personnages ont le nez court et le menton énorme dont les plus anciennes peintures bénédictines offrent des exemples. 11 faut joindre aux cinq médaillons de l'abside cinq autres médaillons de même style, à fond noir, qui sont peints dans le premier arcosotium après l'entrée : le Christ, tête fine et douce, avec des yeux et arrondis; à droite, deux bustes d'hommes, méconnaissables; à gauche, les deux archanges MICAEL et RAFAËL. Ces dix médaillons rappellent encore directement les meilleures mosaïques romano-hyzantines du ixe siècle, et, par exemple, celles de la chapelle de Saint-Zénon, à Sainte-Praxède.
Au fond de l'arcosolium dont l'archivolte est ornée des médaillons du Christ et des
1. On lit encore aux pieds de ces personnages quelques lettres d'une inscription dédicatoire copiée par Zona {Calvi anticae Maderna, p. 109) et rapportée par Salazabo (I, p. 58) : Oc opus okod aspicitis eoo Pandulfus Comes cl:m Gualferada cometixa uxobe mea. Un Pandulf, de la branche des comtes de Cajazzo, qui était unie à la famille des princes lombards de Capoue et de Bénévent, portait en 1023 le titre de comte de Calvi. Un autre Pandulf fut comte de Carinola en 1070. Cf. Gattola, Hfct. Abb. Cnsin. ; Aecessiones, p. 129 et 168 ; — Pflung-Habtuno, lier italicum, II, p. 716.
2. Scmr.z, H, p. 224-226 ; G. Cosenza, Il Cimitero e la Cappella Slabiana di San Biagio ; Castellamare, 1898. Quelques figures de saints debout, drapés de couleurs claires, et dont les têtes ont été détruites, se voient dans l'abside d'une chapelle ruinée, élevée à l'entrée d'une grotte, non loin de Lettere, au lieu dit le Vene di San Bencdctto. Sous lespiedsdes personnages sont tracéesdes inscriptions de donateurs, analogues à celles que l'on a lues dans les grottes de Calvi : Sbbgius cuti uxob mea pkcihds. Ubsus cuu uxob mea pegihus. Léo cum uxor mea fecimus. Il n'y a aucune raison d'identifier, comme on l'a fait, le Sergius nommé dans cette inscription avec un duc de Sorrente qui vivait en H04 (F. Coloxxa ni Sttgliano, le Grotte del Monte Taburno, p. 61-62). La peinture semble remonter au xi" siècle.
archanges, une seconde couche d'enduit porte l'image d'une sainte, vêtue comme la sainte Barbe de Galvi et tenant une couronne gemmée : près de sa tête, on lit distinctement ce nom bizarre : SCA FINNIABVS. Le visage, pâle et débile, est cerné d'un large trait vert. Trois images du même style décorenl Yarcosolium voisin. Au fond, une Vierge assise, toute semblable à celle de l'iconostase de la Gratta dei Santi; sur le voile clair qui couvre sa tête est posé un diadème bas, analogue aux coiffures des saintes du rxe siècle ; l'Enfant lient à la main un volumen. A gauche, saint Jean-Baptiste, avec un manteau à longs poils sur les épaules, porte un cartel où on lit l'inscription : QUI HABET SPONSAM SPONSUS EST. Adroite, saint Pierre, vêtu à l'antique, serre dans sa main, enveloppée du manteau, deux clefs formant monogramme. Ce dernier détail sutlirait à marquer le caractère « latin » de cette série de peintures. Dans les grottes basiliennes, saint Pierre tient à la main un rouleau de parchemin (fig. 63, p. 150). La clef monogrammatique de Gastellamâre se retrouve seulement dans les peintures romaines ou dans des manuscrits carolingiens, tels que la Bible de Charles le Chauve1. Sur les deux parois de la grotte, en dehors des arcosolia, sont rangées encore cinq images de saints, d'une laideur barbare : à droite, saint Benoît, avec le cuculle à capuchon, et saint. René, l'ermite de Sorrente ; à gauche, saint Jean l'Evangélisfe, sainte Brigitte en oranle et saint Michel. Toutes ces figures ont le feint blafard, avec des ombres d'un jauneverdâtre ; les traits sont indiqués à l'ocre rouge; les nimbes sont d'ocre jaune, les vêtements bruns pour la plupart. Le dessin, très mou, rappelle la décoration de l'abside rie la Grotta deiSanli, à Calvi ; le bariolage de la chevelure de saint Michel [flg. 96), où se mêlent le jaune et le vert, lait penser aux miniatures de Grimoald. Ces peintures, les plus récentes, à ce qu'il semble, parmi les peintures de la Grotta di San Biagio, ne sont pas postérieures au xi" siècle -.
Des peintures votives se sont conservées sur l'autre rivage de la presqu'île sorrentine, au bord du golfe de Salerne. La route en corniche qui se dirige vers Amalfl louche, avant d'atteindre Majori, le promontoire de Montorso, sanctifié par la retraite de l'ermite Pierre, qui vint s'y établir en 1030. L'ermitage grandit après la mort du solitaire et devint le monastère de Sancta Maria de Ohara \ Sur l'emplacement de ce monastère, au lieu que les paysans appellent encore la Badin, on aperçoit une grotte creusée dans un rocher isolé, sur lequel est bâtie une chapelle. Dans la grotte et dans une excavation voisine sont'empilées des tètes de morts, restes des fidèles qui se sont fait enterrer près du
1 Rohault de Flei bï, Ui .%/«»«*• la Messe, I, saint Pierre, p. 57 et pl. CH. La présence d'une clef semblable dans les mains du saint Pierre, représenté sur le ribonum de Sant'Ambrogio de Milan, est un des faits qui peuvent appuyer l'attribution traditionnelle de ce monument à l'époque carolingienne.
2 D'anciennes peintures existaient encore naguère dans une grotte voisine du cimetière actuel de Sorrente et qui, d'après la tradition, avait été habitée, au vi' siècle, par saint René l'ermite, dont l'image ligure à côté de celle de saint Benoit dans la grotte de Castellamare. I, étude des peintures de Sorrente aurait eu d'autant plus d'intérêt que la grotte de saint René devint, à partir du vm« siècle, dépendance d'un grand monastère bénédictin, peuplé par des moines du Mont- Cassin ■ c'est là que fut enluminé, dans un style archaïque et puéril, VExultet sorrentin de 1110 (Voir p. 220). Malheureusement la grotte a été transformée en cave, et la décoration a été recouverte de badigeon en 1809. Je n a. eu connaissance de ces peintures que dans l'année qui a suivi leur disparition.