Tunique rouge à manches vertes
5. Contrairement à la tradition commune, le Christ est debout et dépasse des pieds et de la tête l'auréole qui doit l'entourer. Il est vêtu d'une tunique blanche et d'un manteau jaune. L'auréole est portée par quatre anges, dont deux sont vêtus de jaune et deux de rouge. Sur le ciel bleu verdàtre, les nuages sont ligurés par des losanges de couleur blanche et rose. Une inscription était peinte sous le groupe des apôtres en grandes capilales blanches. On ne lit plus que les mots suivants : potens conihtou orbis . . . scanoere cehnint.
Les peintures de l'église ruinée, voisine du Mont-Cassin. et celles des grottes campaniennes n'ont aucun lien rie parenté avec les fresques conservées dans les oratoires souterrains de la Basilieate et de l'Apulie. Tandis que les fresques basiliennes forment en Italie une colonie de l'art, byzantin, les fresques bénédictines du x» et du xne siècle ne gardent que des souvenirs indirects et altérés des motifs artistiques apportés jadis à Rome par les artistes orientaux contemporains des iconoclastes. Comme les premières miniatures des manuscrits bénédictins et des rouleaux d'Exultet campaniens, ces peintures sont « latines », quand elles ne sont pas informes et barbares.
Au fond de l'une des grottes de Calvi, le Christ est représenté entre saint Pierre et saint Paul ; dans une absidiole de la grotte de la Badia, il est flanqué des deux saints Jean, le Précurseur et l'Évangéliste. Le premier de ces deux groupes sera reproduit au temps de l'abbé Oderisius, dans la mosaïque absidale de la grande église bénédictine de Capoue 1 ; le second prendra place dans l'abside étincelante de l'église de Saint-Benoît, au sommet du Mont-Cassin 2. Quelques-unes des compositions qui furent traduites en mosaïque, vers la fin du xi" siècle et au commencement du xn", par les Grecs de l'abbé Desiderius et par les Bénédictins, leurs élèves, étaient des imitations directes de mosaïques romaines ou campaniennes du v* et du vi" siècle; d'autres ne tirent que reproduire, dans un style plus riche et plus savant, les fresques obscures peintes, au xi'' siècle, par des moines ignorants des techniques byzantines.
L'iconographie archaïque qui se perpétua, après le xi* siècle, dans les ateliers bénédictins de l'Italie du Sud, s'est-elle imposée aux peintres de Sant'Angelo in hormis, comme aux mosaïstes, leurs contemporains? Par le style, les fresques de Sant'Angelo ressemblentelles aux peintures « latines » des grottes campaniennes, ou aux miniatures toutes byzantines dessinées au Mont-Cassin par le moine Léon et par ses émules ? Les questions se précisent avec assez de rigueur pour que les réponses puissent être décisives.
Dans les fresques de Sant'Angelo on doit distinguer cinq « manières » bien tranchées, qui correspondent exactement à cinq parties de l'édifice : 1° narthex : 2° abside ; 3° absidiole du côté de l'Épitre; 4" nef centrale ; 5° murs intérieurs des bas-côtés et de la façade.
Les écrivains qui ont étudié Sant'Angelo, comme s'ils avaient eu hâte de pénétrer dans l'église, ont tous négligé les fresques du narthex et en ont méconnu l'importance exceptionnelle. Pourtant l'image qui apparaît à mi-corps dans le tympan de la porte était faite pour