‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 156 sur 433 · Voir, plus haut, p · texte numérisé non relu

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2. Voir, plus haut, p. 183. La mosaïque du portail de l'église bénédictine de Saint-Jean à Capoue, exécutée, comme la mosaïque absidale, au temps d'Oderisius, donnait aux deux saints Jean, a droite et à gauche de la Vierge, la place d'honneur que ces deux sainls avaient reçue dans l'abside de la basilique du Mont-Cassin, aux côtés du Christ (Cf. p. 1MJ.

frapper. C'est l'archange Michel en costume impérial, avec le sceptre et le globe. Déjà le même archange s'est montré, revêtu des mômes ornements, dans les grottes de Castellamare et de Calvi : mais quelle différence entre ces fantoches ridés et le demi-dieu payonnanl et jeune qui vrille à l'entrée de l'église à laquelle il a donné son nom ! Encadré entre ses ailes longues et minces, qui s'écartent pour suivre la courbe de l'archivolte, l'archange est vêtu d'une tunique très riche, sur laquelle passe le Xwpo;, constellé de pierreries. Son visage est illuminé d'un regard clair; la prunelle reste indistincte:

l'œil semble ouvert tout entier sur un lointain mystérieux (fig. 97). La couleur, où la note dominante est un jaune orangé, a été modelée par rehauts gouaches, avec la délicatesse des meilleures miniatures byzantines. Dans l'Italie du Sud, les seules peintures murales du xie siècle qui puissent rivaliser de noblesse avec l'archange au-dessous duquel Desiderius a fait graver son nom, sont perdues dans quelque oratoire basilien d'Apulie. Sur le globe que l'archange tient de sa main fine et crispée, quatre caractères forment comme le monogramme d'une signature : ce sont les quatre lettres de cursive gi,ecqv,e H.Tc.S.a.1, écrites sur le globe que lient l'archange de la Masseria Caflaro, près de Brindisi.

Au-dessus de l'archange de Sant'Angelo, la main du mémo

artiste qui a peint le saint Michel a représenté la Vierge reine, en orante, dans un médaillon que soutiennent deux anges volants. L'un des anges a été repeint; l'autre esl une figure élégante et svelte. Sa draperie a les mêmes plis que celle des anges volants au-dessus delà Dormition de la Vierge, copiée au Mont-Cassin par le miniaturiste Léon, d'après un original byzantin [fig. 86). Sur le champ du médaillon porté par les anges, deux mots sont écrits avec des caractères identiques aux initiales peintes sur le globe du saint Michel : X[aîps]6soToxE :

Kir.. 97. — L'archange saint michel et la vierge reine. Fresque de

LA FIN DU XIa SIÈCLE DANS LE NARTHEX DE L'ÉGLISE BÉNÉDICTINE DE SANT'ANGELO IN PORHIS.

i. Mi/ai;>. -qiùto; 0co5 a-fvEÀo; (Kraus, Jahrb. (1er Juin. Preuss. Kunstsamml-, 1803, p. 15).

« Salut, mère de Dieu. » Ce n'es! pas le sigle banal mp5v. dont tant de peintres latins ont copié les capitales épigraphiques ; c'est une invocation en cursive. Une telle inscription n'a pu être tracée au pinceau dans une église voisine de Capoue que par un Grec, Et quel a été ce Grec, sinon l'un des mosaïstes mandés par Desiderius?

Le maître étranger qui a peint au-dessus de la porte d'entrée l'archange Michel et la Mère de Dieu a encore représenté sur la paroi extérieure de la façade quatre scènes de la légende des ermites Antoine et Paul1. Les sujets mêmes de ces quatre compositions, au lieu d'être empruntés à la vie d'un saint Benoit ou d'un saint Maur, sont tirés de la légende des vieux ermites égyptiens qui avaient place dans les églises descaloyers d'Orient.

La série d'oeuvres qu'un Grec savant en son art a laissées au pied du mont Tifata doit être rapprochée d'un groupe de ligures conservé au pied du Mont-Cassin, dans un oratoire attenant à une coupole faite de blocs énormes posés en encorbellement, et qui, après avoir élé sans doute un tombeau iialiote. avait été transforme en église au temps de l'abbé Jean III. vers l'an mil-. C'est une suite de médaillons à fond noir, où sont représentés en buste trois moines, vêtus d'un cuculle bleu sombre, la tôle couverte du capuchon pointu, et une femme voilée d'un manteau violet et tenant dans ses mains une sorte de (leur de lys. On reconnaîtra sans peine sainte Scolastiqué, à côté de saint Benoit, de saint Maur et de saint Placide. Le type des visages, avec le nez très lin el les lèvres bien dessinées, le modelé, délicatement gouaehé sur un « dessous » vert, rappellent de la manière la plus saisissante l'archange de la basilique de Sanl'Angelo. Les peintures du narthex de Sanl'Angelo et l'unique peinture murale du temps de Desiderius qui subsiste encore au pied du Mont-Cassin sont, pour le dessin el le coloris, de pures œuvres grecques. En est-il de même des fresques qui couvrent l'intérieur de l'église bénédictine proche de Capoue?

L'abside de Sant'Angelo a été décorée vers le même temps que le narthex. Au-dessous du buste de l'archange Michel, Desiderius est nommé dans une inscription solennelle; au fond de l'abside, le célèbre abbé apparaît en personne, présentant le modèle de l'église qu'il a fait bâtir : Desiderius porte sur cette peinture, comme sur la miniature de la Vaticane {fig. 66), le nimbe carré des vivants1.

Entre les peintures du narthex et de l'abside, très voisines par la date, sinon contemporaines, le contraste est violent. Sans doute, l'archange debout au milieu de l'abside est exactement costumé comme le saint Michel de l'entrée; sa chevelure est coiffée de même et les mêmes bandelettes voltigent autour de ses boucles; les deux autres archanges

1. L'identité de dessin et de colons entre ces quatre scènes et les figures peintes au-dessus de l'entrée est complète. On rapprochera, en particulier, des deux anges qui soutiennent le médaillon de la Vierge les deux anges qui emportent au ciel l'âme de l'ermite Paul.

2. Basilicam aptavit apud castrum Sancti Pétri quod est positum ad radicem hujusmontis, in crypta antiqua, quas ingentibus saxis pulchro gentilium opère in demonum suorum honore constructa, juxta ecclesiam beati Pétri sita videtur. » (Léon d'Ostie ; Mione, col. 610). Ce bizarre édifice est appelé aujourd'hui Cappella ciel Crocefisso.

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