‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 157 sur 433 · Salazaho, [, pl. IX · texte numérisé non relu

Salazaho, [, pl. IX

portent des chlamydes aussi riches qu'un vêtement impérial. Mais, comparés à la sereine ligure de l'entrée, les visages des trois archanges de l'abside semblent durcis et comme métallisés; la valeur des tons et la technique du coloris se sont entièrement transformés : les clairs ont poussé au blanc vif et les tons soutenus ont pris une acuité brutale. Plus de modelé fondu : sur les vêtements, de longues hachures; sur les joues, des taches violentes; à l'attache du cou, des plis profonds (fig. 98). L'artiste veut, de toute évidence, produire un effet d'intensité : en forçant les ressources de la fresque, il cherche à rivaliser d'énergie et d'éclat avec la mosaïque d'émail et d'or1.

Du côté de l'Évangile, la décoration de l'absidiole est détruite ; dans la conque de l'absidiole du côté de l'Épitre, la Vierge est représentée à mi-corps, en orante ; deux anges s'inclinent devant elle. Le type est moins dur et le coloris moins heurté dans la décoration de celte ahsidiole que dans Celle de l'abside centrale : la fresque semble s'écarter de la mosaïque et se rapprocher de la miniature3.

La nef centrale est consacrée au Nouveau Testament, les nefs latérales à l'Ancien; d'une nef à l'autre et d'un Testament à l'autre, la série des compositions se poursuit dans un même sens. Au-dessus de chacune des colonnes, dans les écoinçons des arcades qui séparent les nefs, un prophète est debout, tenant un phylactère, sous la série des scènes évangéliques : c'est l'Ancien Testament intervenant dans le Nouveau par les prophéties, que le Christ accomplit.

Les fresques de la nef centrale n'ont point l'éclat dur et blafard de la décoration de l'abside; les dessous verts et les lumières gouachées, l'emploi fréquent du bleu vif et du carmin rappellent le coloris magnifique des miniatures de la vie de saint Benoit, dans le grand manuscrit de la Vaticane. Ces fresques permettent de reconstituer par la pensée de grandes décorations disparues, comme les suites de scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament qui furent peintes, avant 1071, dans l'atrium de la basilique du Mont-Cassin et, entre 1087 et 1099, dans l'église cathédrale d'Atina. à quelques heures de marche de la

1 . M. Frey, en étudiant brièvement les fresques de Sant'Angelo, avait noté celte ressemblance des fresques de l'abside avec des mosaïques [Dmstsehes Wochenblatt, 6e année, 1803, p. b02).

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