‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 158 sur 433 · Léon d'Ostie ; Micne, col · texte numérisé non relu

Léon d'Ostie ; Micne, col

Fig. 08. — Un archange. Presque de la fin du xi* siècle

DANS L'ABSIDE DE L'ÉGLISE DE SANt'aNGELO IN PORUXS.

montagne de Saint-Benoit1. 11 y a ton! lieu de croire que les fresques de la nef de Sant' Angelo turent exécutées, elles aussi, peu d'années après l'arrivée des maîtres étrangers.

L'artiste qui a peint dans les deux nefs latérales de Sant' Angelo les scènes de l'Ancien Testament, avait dû, comme celui qui décora la nef centrale, prendre ses modèles au Mont- Cassin. Mais entre la décoration de la nef centrale et celle des nefs latérales les proportions des personnages ont brusquement changé; les corps se sont amaigris et les jambes se sont démesurément allongées. Cette différence de style indique nue différence de date. Tandis que les figures delà nef centrale rappellent les miniatures du moine Léon, celles des nefs latérales ont les défauts qui caractérisent les miniatures du bréviaire de la Bibliothèque Mazarine ou Y Exulte t de Fondi : c'est précisément dans les miniatures dont est décoré le Regestum de Sant' Angelo in Formis que cette tendance à l'allongement des figures achèvera de s'exagérer, vers le milieu du xri" siècle «. Les scènes évangéliques de Sant' Angelo remontent au temps de l'abbé Desiderius; les scènes bibliques sont, au plus tôt, contemporaines d'Oderisius.

La main qui a dessiné les longues figures des scènes bibliques est la même qui a représenté sur la paroi intérieure de la façade le grand Jugement dernier, qui tient toute la largeur et toute la hauteur de la nef principale. Ce Jugement dernier doit être postérieur d'une vingtaine d'années, pour le moins, au saint Michel et à la Vierge reine qui avaient été peints sur la paroi opposée de la même muraille. Les figures du narlhex contrastent fortement avec celles qui couvrent la paroi intérieure de la façade. D'un côté, un maître grec a modelé ses personnages dans un coloris blond qui rappelle les Ions neutres des fresques laissées dans les grottes d'Apulie par les moines basiliens; de l'autre côté, un artiste bénédictin a dessiné des figures aux jambes trop longues et aux visages durs; il a vêtu ses personnages de couleurs violentes et a marqué leurs joues de taches rouges. Cependant le peintre du Jugement dernier, aussi bien (pie les peintres de la nef et de l'abside, imitait de son mieux le style byzantin. Si la différence est vive entre les peintures qui sont conservées à l'extérieur de Sant' Angelo in Formis et celles qui tapissent l'intérieur de l'église, c'est que le maître étranger qui a décoré le narlhex employait la palette des peintres qui ont décoré les grottes apuliennes, tandis que les peintres bénédictins qui ont travaillé dans les absides et dans les nefs essayaient d'imiter, sur le mur enduit de stuc, soit l'émail des mosaïques, soit la gouache des miniatures. Mais que l'on compare les fresques de Sant'Angeloà celles de Calvi et de Castellamare; on verra que, pour le dessin, le modelé et le coloris, la décoration fout entière de l'église du mont Tifata représente un art différent de l'ancienne tradition bénédictine : l'art savant qui avait été révélé à l'atelier monastique du Mont-Cassin par les mosaïstes de Constantinople.

1. Sous le pontificat de l'évèque Jean. Cf. Ugheixi, Italia narra, VI, col. 437

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