Apoc, XXIII
3. Kondakokf, Les Émaux byz. de lu coll. Zwcnigorotlskoï, p. 166, n. I . La fresque de la chapelle basilienne de San Biagio, près Brindisi, qui représente l'Ancien des Jours entre les quatre symboles des Évangélistes, a été exécutée dans les dernières années du mi' siècle (V, plus haut, p. 146.)
Le parallélisme des deux Testaments, qui est exposé le long des nefs de Sant'Angelo, est un théine théologique et artistique que les premiers décorateurs des basiliques chrétiennes peintres et mosaïstes — ont pris à tâche de développer. L'art byzantin abandonna ce thème primitif après le ix° siècle, pour grouper autour d'une coupole centrale des théories de saints personnages et des scènes évangéliques correspondant aux grandes fêtes. L'art latin illustrait les livres saints, fondement du dogme; l'art oriental, le calendrier, guide officiel du culte. Par le programme général de leur décoration, les nefs de Sant'Angelo in Formis relèvent directement de l'art chrétien de Rome : l'architecture latine semble avoir appelé un décor de basilique romaine. Dans la suite même des scènes représentées aux murs de la nef centrale, Kraus en a dénoncé une, qui est étrangère, non seulement a l'iconographie byzantine, mais encore à la Vulgate des Évangiles reconnue par l'Église grecque.' Celle scène est l'histoire de la femme adultère (Jean, VII, 53). Elle se rencontre assez rarement dans le texte des Évangéliaires byzantins; jamais, peut-être, dans les miniatures de ces Évangéliaires1. La Bible monumentale de Sant'Angelo in Formis est, par le choix et le lexte des versets traduits en images, une Bible latine.
La fresque du Jugement dernier, qui occupe la paroi intérieure de la façade, sur toute la largeur de la nef principale, a été peinte après les scènes de l'histoire évangélique; mais une image du Jugement dernier était prévue, dans le plan de la décoration peinte, dès le temps où on! été exécutées les tresques de la nef : la file des prophètes, debout au-dessus des colonnes, se termine., dans l'écoinçon de la demi-arcade appuyée au mur de la façade, du côté de l'Évangile, par la figure de la Sibylle Érylhrée, annonciatrice du Jour où la Terre sera baignée d'une sueur d'épouvante-. Ce n'est point la décoration des églises grecques qui put donner l'idée de couvrir une paroi de Sant'Angelo in Formis avec une image colossale du Jugement dernier. La scène solennelle et terrible, qui ne correspondait à aucune fêle du calendrier, n'a point été admis,, en Orient dans la liste des sujets sacrés qui, à partir du x" siècle, furent distribués sur les parois et sous les voûtes des églises à coupole; cdle n'est pas même entrée dans le cycle immense et complexe des mosaïques siciliennes. Lorsqu'au xve siècle les peintres de fresques empruntèrent aux miniaturistes ce thème ample et monumental, le Jugement dernier n'eut point accès dans les églises: il fut
1 Jahrh <br KM Trtm. KuMsamml., 1803, p. 83. Sur l'omission du passage dans les Évangéliaires grecs, qui, anrès'le vm«' siècle est moins constante que Kraus ne l'a avancé, voir l'étude de Gregory : Prolegomena ad Novum Testa.mentum arxcum dans l'édition Tischendort, 1894, p. 4411. Les images qui ont été données pour des représentations de la femme adultère dans l'art chrétien d'Orient avant le x* siècle (mosaïque de Sant'Apollinare Nuovo, à Ravenne.ct n» t re du Grégoire de Kaziame de Paris : Rmum ni Fu:».v. l'Évangile, pl. LVHI, 2, 7; Dobbebt, Jahrh. der Km. Prems- Kunstsamml XV 1894, p. 144), représentent en réalité VhémorroUse. La scène de la femme adultère est om.se parmi les scènes évangéliqùes étudiées dans l'ouvrage fort complet de Pokbovssy, l'Évangile dans le. Monuments de l Iconographie byzantine et russe; Saint-Pétersbourg, 1802, in-4». I.a plus ancienne représentation connue de ce sujet .. condamne .», dans un pays directement soumis à l'iniluence de l'art byzantin, se trouve dans une mosaïque de la cathédrale de Monreale (inscription latine très claire); Ci. Grav,N1, (/ Duomo di Monreale, pl. 19 D. La présence de la femme adultère dans une mosaïque sicilienne et son introduction dans le Manuel des peintres du Mont-Atbos, rédigé au xv.« ou au xvm« s.ecle, peuvent s'expliquer par une influence de l'art chrétien d'Occident. ,,kl l801 n „«,
2. JadMi signe tellm sudore madescet, lit-on sur le phylactère que tient la Sibylle (Kaws, Jahriueh, 1893, p. 80). Cf. E. Male : Quomodo Sibylla* recentiorcs artifices reprœsentavcrint (thèse latine), Pans, 1899, p. 10.
réservé aux murs des réfectoires monastiques. Toute fresque qui représente ce sujet sur la paroi intérieure d'une façade d'église peut passer pour un souvenir plus ou moins indirect des Jugements derniers carolingiens, comme celui qui décorait l'abside occidentale de l'église de Saint-Gall1.
A l'extérieur môme de l'église, parmi les fresques du narthex, qui ont été peintes par un Grec, on distingue une image qui n'avait pas eu place dans l'art chrétien de l'Orient: c'est la Vierge-reine, qui porte, au lieu du maphorion de couleur sombre, une couronne gemmée5. Bien loin que le maître étranger appelé à travailler dans l'église de Sant'Angelo ait eu une part prépondérante dans le choix des sujets sacrés qui devaient concourir à la décoration peinte, ce maître s'est plié lui-même au programme élaboré par les moines bénédictins : conformément à ce programme, il a peint, à côté des légendes des moines égyptiens et au-dessus de l' Archange-empereur, une icône de la Vierge qu'il n'eût jamais représentée en Grèce ou à Gonstantinople.
Après avoir défini le style des fresques de Sant'Angelo et avoir déterminé le sens des idées théologiques qui ont inspiré le dessein général de la décoration, il reste à étudier dans ces fresques l'iconographie, c'est-à-dire les détails traditionnels de mise en scène, — silhouettes, gestes, attitudes el groupes, — qui sont pour un art religieux les plus sûres marques d'origine. L'iconographie des peintures de Sant'Angelo est-elle byzantine, comme les formules de dessin et la technique du coloris, ou bien latine, comme la suite et le choix des personnages et des scènes?
Le maître grec qui a décoré le narthex s'est souvenu d'images orientales, môme lorsqu'il a été chargé de traduire une conception des théologiens et des artistes occidentaux. Pour composer l'image de la Vierge-reine, dont l'art chrétien d'Orient ne lui donnait pas le modèle, il a copié une image byzantine de la Sainte Sagesse de Dieu, telle qu'un mosaïste sicilien devait la représenter, avec l'attitude de l'orante et la parure d'une basilissa, au sommet de l'arc triomphal de la basilique de Monreale, où l'apparition glorieuse esl nommée en huiles lettres dans une inscription latine : Sapientia L)ei\
Les artistes bénédictins, de leur côté, ont donné à la plupart des figures qui couvrent les parois des absides et des nefs une silhouette et une attitude imitées de l'art byzantin.
1. Voir plus loin, p. 261 et n. 1. I.a présence dans une même église de deux Christ de majesté, se regardant l'un l'autre de la façade à l'abside d'une basilique,— Christ apocalyptique au milieu des saints, dans le Paradis, Christ juge apparaissant au dernier Jour, — peut s'expliquer par les nécessités qu'imposaient aux décorateurs le plan des églises germaniques à deux absides opposées.
i. Sur le motif latin de la Vierge-reine, qui a trouvé place, au rx" siècle, dans la décoration de la chapelle du Volturne, voir plus haut, p. 102, Qg. 34 et pl. 111.