Don Gbavma, // Duomo di Monreale, 185!); pl. 15 A
Le Chrisl entouré des symboles des évangélistes et tenant un livre à inscription latine est un Pantocrator, désigné par le sigle grec IC XC. L'ange qui fait partie des symboles des évangélistes est exactement drapé comme les anges volants qu'un Grec a peints dans le narthex.
Pour les scènes de l'histoire du Christ, le travail d'analyse iconographique a été fait patiemment par Dobbert1. 11 serait facile de compléter les rapprochements indiqués par le savant historien de l'arl byzantin ; on pourrait aussi tenter une contre-épreuve, en montrant, avec M. Frey, qu'entre les mêmes scènes représentées dans les deux églises de Sant'Angelo et de la Reichenau, il y a des différences décomposition qui excluent l'hypothèse d'un prototype commun. Mais les démonstrations données jusqu'ici suffisent, et au delà, pour emporter une conclusion formelle : dans les peintures de la nef centrale de Sant'Angelo, le groupement des personnages, les altitudes et les gestes sont exactement réglés comme les miniatures des Evangéliaires byzantins-.
Seules, certaines attitudes, dans les scènes évangéliques de Sant'Angelo, de même que dans les plus belles miniatures bénédictines contemporaines de Desiderius, traduisent le sentiment d'un personnage avec une finesse d'observation et une énergie de mouvement qu'on ne rencontre pas dans les vignettes grecques. Une des figures les plus remarquables est précisément celle de la femme adultère, pour laquelle les Evangéliaires byzantins n'offraient pas de modèle. Dans la fresque bénédictine, l'accusée semble contracter de peur son corps fout entier, en même temps que son visage : sa tète est enfoncée dans les épaules; ses coudes sont serrés aux lianes, ses genoux ployés (fig. 99). C'est l'attitude apeurée du prisonnier peint par le moine Léon sur un feuillet du grand manuscrit bénédictin de la Vaticane (fig, 88).
Le Jugement dernier de Sant'Angelo a été négligé par Dobbert et n'a point suffisamment retenu l'attention de Kraus3; il forme pourlanl une vaste composition, riche en détails et eu personnages, dont l'étude iconographique semble promettre des conclusions importantes. Celte composition est-elle byzantine ou latine, ou même germanique? Pour en décider, il est nécessaire de remonter aux origines dogmatiques et artistiques de la représentation du Jugement dernier.
La littérature religieuse des pays du Xord.au temps des Mérovingiens et des Carolingiens, montre que la pensée du Jugement dernier a hanté, à partir du vu" siècle, l'imagination des peuples d'Occident. Un inconnu, qui est peut-être Alcuin, écrit l'hymne de Die
1. Dqbbert, Jahrhuch der KOn. Preuss. Kunslsamml., 1894, p. (.10-158; 211-226.
2. Dans la scène île l"Av«jt«n5 (dessin au li ait dans l'Atlas de Soiiulz, pl. i.xvi i, le mouvement du Christ est celui qui se trouve représenté sur VEsmltet du British Muséum [Icon. comparée, 9 M) et sur le psautier de la Bibl. Maz.arme [fig. 91). V. plus haut, p. 235.
3. Kiaus s'est contenté de se référer à la brève étude de Springer sur le Jugement dernier (Repertorium fur Kunstwissenschaft, VII, 1884), où l'analyse des monuments est beaucoup plus sommaire que celle des lextes. Les remarques de Kraus sur le type du Christ qui préside au Jugement (Juhrb. lier KOn. Preuss. Kunstitanml., 1893, p. 10) tombent précisément sur une figure que les repeints ont entièrement recouverte (fig. 101) : cr. Fbev, Déniches Wochenblult, 1893, p. 52. M. Zimmemiann (Giollo, I, p. IÎ0-6 4) a repris les conclusions de Kraus.
Judicii; Bède le Vénérable a la vision du Paradis et de l'Enfer. Les poèmes théologiques sont résumés en courtes formules dans les tituli inscrits sous les peintures des églises carolingiennes1. Pourtant la plupart des images où les écrivains ecclésiastiques voyaient une allusion au Jugement dernier ne représentaient ni la résurrection des morts, ni le partage des élus et des damnés. L'église Saint-Pierre de Warnemouth offre aux fidèles des représentations de l'Apocalypse, où le théologien reconnaît des images anticipées du Jugement, propres à inquiéter les consciences coupables2. Dans l'église de Gorze le Christ trône au-dessus des figures allégoriques des vierges sages : Alcuin. qui commente la peinture en quelques vers, voit aussitôt dans le Fils de Dieu le Souverain Juge3. L'abside de la basilique de Lyon dédiée à saint Jean, où le Christ était debout, avec les Apôtres, au-dessus de la Jérusalem céleste et des quatre Meuves du Paradis, comme dans les plus anciennes mosaïques de Rome, rappelle à Klorus que le Rédempteur doil revenir dans le même appareil au jour de sa colère
Les compositions solennelles et sereines qui, dans les absides des églises romaines, — à Sainte-Praxède, au temps de Charlemagne, de même qu'à Saint-Cosme et Saint-Damien, au siècle de .lustinien — parlaient vaguement au fidèle de résurrection et de paix, semblent avoir pris, sous le ciel du Nord, un sens farouche et précis. La scène qui se passait sur le tapis de Heurs et sur le fond bleu du Paradis, en un moment quelconque de l'Éternité, se localise au dernier jour de l'histoire de la terre; le Rédempteur, au lieu de s'offrir à l'adoration dans le silence du repos céleste auquel participent les saints, reprend sa voix mortelle pour prononcer les paroles suprêmes que doit entendre l'humanité : « Venez, les bénis de mon Père... Allez, maudits, au feu éternel. »
Pour transformer les images triomphales des absides romaines, ainsi interprétées par la théologie carolingienne, en une image explicite du Jugement dernier, il sullisail de représenter par quelques figurines, au-dessous du Christ, des anges et des élus, les morts ressuscites. La composition était formée, telle qu'on la voit encore dans deux fresques germaniques du xe siècle ou des premières années du xr, conservées, l'une dans l'église de la Reichenau, l'autre à Burgfelden. Le groupe des Apôtres assis à la droite et à la gauche du Christ pouvait être imite de mosaïques comme celles de Sainte-Pudentienne, à Rome, ou de
*■ A. Spuixokb, Report. fSr Kumlwimuxhaft.Ml, 1881, p. 379 elsuiv.; Kracs, Geteh. der Christl. Kumt., II, p. 373-374. 2. Imagines visionum Apocalypsis bcali Johannis, quibus septentrionalèm œqueparietem omaret, quatenus intranles ecclesium... exlremi disciïmen examinis quasi coram oculis habeules, districtius se ipsi examinare meminissenl » (Heim. Mii'.ne, 1. XCIV, cl. 717). C'est à toi t que la plupart des critiques ont vu dans ce passage l'indication d'une peinture dont le sujet même aurait été le Jugement dernier (Voir les remarques de M. J. von Scblosser, Sohriftqucllen zur Geschichte dey Karoling. Kumt, Vienne, 1892, p. 332).
« Hac sedet in arce Deus judex, genitoris imago... »
(Sciilosser, Schriftquellen, p. 312, n" 900.)