Tiiulus ahsida
... « Adslal apostolicus pariter chorus ore corusco Cum Christo adveniet rertu qui tempore judex... »
(Scblosseb, Sehriflquellea, \>. 314. n- 904.;
Cf. L. Bkculb, Monographie de la Cathédrale de Lyon, 1880. p. 3. n. 7.
Sant'Aquilino, à Milan, Quant an Christ qui trône au milieu des Apôtres, il n'est pas directement copie d'après une mosaïque romaine. Le Juge, dans l'église de la Reichenau, n'est pas le Christ rentré dans la gloire, debout et montrant d'un geste large le phénix, qui symbolise la vie éternelle : il est assis sur l'arc-en-ciel, dans une auréole. C'est une composition pareille à l'Ascension peinte au xi« siècle dans l'église intérieure de Saint-Clément de Rome qui a fourni le type du Christ destiné à présider au Jugement dernier. Les artistes eurent présentes à l'esprit les paroles que les Actes des Apôtres prêtent aux anges descendus vers les « hommes de Galilée ». après la disparition du Christ dans les nuées : « H reviendra de la même manière que vous l avez vu monter » Peut-être s'inspirèrenl-ils directement des derniers articles du Credo, qui professent la foi dans l'Ascension du Christ et dans le Jugement à venir : Ascendit in cœlum, sedet ad dexieram Patris, unde venturus est judicare riroset mortuos\ L'image qui avait représenté le départ du Rédempteur vers son Père servit à représenter la « deuxième venue du Christ»3, qui devait être le retour de l'Ascension.
La composition du Jugement dernier esL née du rapprochement de deux images : la représentation traditionnelle de l'Ascension et le groupe des morts ressuscites. Ce rapprochement a-t-il été l'œuvre des artistes carolingiens? On a des raisons d'en douter. Il existe, en effet, une œuvre de l'ancien art chrétien d'Orient, où les images des morts à demi sortis de la terre .sont figurées au-dessous de la scène entière de l'Ascension : c'est une miniature de manuscrit du Cosmas [ndicopleustès, conservé à la Valicane, et qui a été copié au .x' siècle, d'après un original du vf K L'image même du Christ dans l'auréole elliptique, telle qu'on la trouve à la fois dans Y Ascension de la basilique inférieure de Saint- Clément, à Rome, et dans le Jugement dernier embryonnaire du Cosmas, est un motif oriental. 11 est donc très probable que les artistes carolingiens ont reçu de l'art chrétien d'Orient le thème élémentaire du Jugement dernier, avec tant d'autres motifs iconographiques; mais ce thème, ils l'ont développé. Le Christ, tout le premier, grandit et domina les élus de sa taille gigantesque. A côté du Juge figurèrent la Vierge debout et la croix tenue par un ange.
Les peintres de Burgfelden et de la Reichenau n'ont pas complété le spectacle du Jugement par l'exposition de la récompense et des peines; mais bien avant eux, vers 880, l'abbé de Saint-Gall, Gosbert, avait l'ait peindre, dans l'abside occidentale de l'église
1. Raban Maur dégage d'une représentation de l'Ascension peinte dans l'abside d'une église voisine de Fulda une allusion au Jugement dernier :
« Ecce sator hominum victov super œthera scamlit.
Discipulisque suis regni sacra limina pandit.
Quem sic venturum angelica hic oracula sponilent. »
(Scblosssr, Schriftquellen, p. 313, n° 90-2.)
o tome*», Repertorium fur Kumtwmenschaft, VII, 1884, p. 388; - Kraus, Gesch. der Christl. Kunst, II, p. 375.
3. Le manuel du Mont-Athos décrit une composition qui est comme le prologue du Jugement dermer, sous ce titre "IISEiTspaTtapmiiiaToS'IiiiroîîXpiircoiïC'EpHVElaTOvïoiïpiTW.p. 172).
4. Kondakoff, Hist. de l'art byz., p. 137, 138 et 150; -Venturi, Sloria dell'Artc itahana, I, p. 15o, fig. 14,, et p. 354.
rebâtie par lui, un Jugement dernier où figuraient déjà le Paradis et l'Enfer1. Des emprunts au vieux fonds symbolique et apocalyptique achevèrent d'enrichir la composition. Rahan Maur a décrit un Jugement dernier en suivant évidemment une peinture qu'il avaiteue sous les yeux; après avoirénuméré tous les détails qu'on retrouve dans les fresques
Fig. 100. — Le jugement dernier. Miniature d'un évangkliaire grec DL" XI1" SIÈCLE (,N° 74, BIBT.. NAT. de paris).
de IaReichenau, il voit encore les quatre symboles des Évangélistes et les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse, présentant leurs couronnes 2. L'iconographie romano-carolingienne se
1. ïïi veto in fronts occiâentali [versus] in spatio qttod supra tranum est.
Ecce tubir crépitant quœ mortïs jura resignant. Crux micat in r;plis, nubes pr.Tcedit et ignis.
Ht etiam subtus tronum ïnter paradysum et infernum.
Hic résident summi Cbristo cum judice sancti Justiiïcare pios, baratro damnare malignos
(Schlosser. Schriftquellen, p. 328. n" 931.)
2. De fide catholica rhythmus (Schlosser, Schriftquellen, p. 334-35, n° 933.)
oonserva dans les images occidentales du Jugement dernier après le xt< siècle. Lorsqu'on France la sculpture monumentale sortit d'un long sommeil, les quatre animaux et les vingtquatre vieillards décrits par Rabari Maur reparurent autour du Roi de gloire, dans le tympan de l'église de Moissac.
Pendant que l'iconographie occidentale du Jugement dernier se développait en pays franc et germanique, l'iconographie orientale s'était enrichie d'une foule de figures que les artistes du Nord ne devaient point imaginer1. Dès le ix° siècle, la composition schématique, esquissée dans le Cosmas de la Vaticane, s'était compliquée de l'image du Paradis et de représentations effrayantes de l'Enfer. On connaît le récit d'un des continuateurs de Théophane, à propos de la conversion des Bulgares. Le tzar Bogoris avait fait venir à sa cour un peintre grec, le moine Méthodios2. Celui-ci peignit dans la demeure du chef païen un Jugement dernier, et le tsar fut si frappé de la vue des récompenses et des peines représentées sur l'image qu'il se (il instruire de la foi chrétienne. L'anecdote se place en 864 : racontée par un chroniqueur de la fin du x" siècle, elle prouve qu'au lendemain du triomphe des icônes le Jugement dernier n'était plus, en Orient, figuré par de simples allusions, mais représenté comme un drame.
Ce drame est mis en scène, au xi" siècle, sur une miniature de l'Évangéliaire grec de Paris IMs. grec 74, E° 51 v°), compliquée de groupes nombreux et d'allégories bizarres '. Les motifs nécessaires à l'exposition du sujet, — le Christ, le tribunal des Apôtres, la résurrection des morts, le Paradis et l'Enfer, — reparaissent ici, comme dans l'iconographie occidentale. Des motifs introduits dans la fresque de la Reichenau un seul l'ait défaut dans l'Évangéliaire grec ; c'est la croix, dressée à côté du Christ. Le Christ gigantesque que les artistes carolingiens ont installé au milieu du Jugement dernier, n'est pas, dans la composition byzantine, de plus grande taille que les Apôtres. Certains motifs se sont amplifiés et comme dédoublés; d'autres, entièrement inconnus de l'art occidental, se sont multipliés avec une extraordinaire fécondité. A droite et à gauche de l'auréole dans laquelle est assis le Christ, la Vierge et le Précurseur se tiennent inclinés : ainsi se reforme, au cœur mémo de la représentation du Jugement dernier, le groupe traditionnel de la grande « Prière», laAlr,ii?. Derrière les Apôtres est massée la cohorte des anges, qui, armés de la lance et. du bouclier, font office de garde d'honneur. Au-dessous .lu Christ, le trône est représenté une seconde fois, seul el vide. Cette image du trône, préparé pour le Jugement et le Triomphe, i, îtommwî* toâ 6p6vou, comme l'appellent les Grecs, est une illustration du Psaume IX, qui devint l'un des sujets les plus caractéristiques de l'iconographie byzantine. A droite et à gauche du trône symbolique, on rencontre tout à coup la résurrection des morts. Les ressuscités ne sortent pas à mi-corps des sarcophages;
1. Je n'ai pu consulter l'étude spéciale de M. Pokrovskï sur Vleonographie du Jugement dernier dans Pari byzantin (Compte rendu du VI" Congrès d'archéologues russes (en russe), Odessa, 1887, III, p. 297 et suiv.]
2. Mexct xuXiithç iiovavôv ttv« -ûiv xaO' r,(iûv Poiaainw Çti'>Ypa?ov. .. » (TilKopiiANF. continué, éd. de Donn, p. 163. Cf. p. 665). cr. CsDMStras, 111, 152.