‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 164 sur 433 · Voss, Bas Jûngste Gericht, p · texte numérisé non relu

Voss, Bas Jûngste Gericht, p

3 J'ai eu l'occasion d'étudier l'influence de l'iconographie byzantine suc les représentations du Jugement dernier dans la peinture italienne du Mil" et du XIV siècle, et particulièrement dans les œuvres de transition où l'on saisit la transformation de l'iconographie byzantine en iconographie « gioltesque » (Santa Maria di Don,,,, Regim, Naples, 1899, p. 89-96). Il serait intéressant d'étudier de même les modiiications que subit l'iconographie carolingienne du Jugement dernier dans les sculptures des portails de cathédrales, au moment où l'art français, attiré vers la nature et la vie, commence à s'affranchir des entraves de la tradition.

4 Je ne sais comment M. Kraus, après une étude sérieuse des monuments, a pu formuler des propositions comme celles-ci • que la mosaïque de ïorcello n'olfre presque aucun motif qui ne se retrouve dans les représentations occidentales du Jugement dernier; - que le développement du thème iconographique du Jugement dernier s'est accompli tout entier en Occident, etc. (Gesch. der Christl. Kunst, II, p. 373 et 376). Je comprends moins encore que M. Voss, qui a eu le grand mérite de découvrir le texte d'Ephrem le Syrien, fondement de l'iconographie byzantine du Jugement dernier, ait écrit qu'on ne peut pas parler d'un schéma byzantin lixé pour la représentation du Jugement dernier, dans la période des xi-xin" siècles (D«s Jûngste Gericht, p. 55).

sont composées presque toutes d'après les formules byzantines, le Jugement dernier n'offre

2f)6 L'ÉCOLE BÉNÉDICTINE

aucun des motifs orientaux, qui sont tous à Torcello : - ni la Vierge et le Précurseur inclinés devant le Juge, ni le trône, ni le fleuve de feu, ni les monstres qui rendent leur proie, ni le rouleau du ciel, ni le bon larron, ni les trois patriarches, ni les trois vieillards infernaux. Les ressuscites sortent de sarcophages identiques à ceux qui sont représentés sur la fresque de la Reichenau, et la figure qui attire le regard, au centre de la composition, est le Christ colossal, qui passera des peintures carolingiennes aux portails des cathédrales françaises (fig: 101)'. La cause est désormais jugée. L'artiste bénédictin qui, au début du xu" siècle, après le départ des mosaïstes grecs, a été charge de peindre le Jugement dernier dans l'église bâtie par l'abbé Desiderius n'a pas môme image byzantine représentant le sujet qu'il devait traiter ; il a reproduit les traits essentiels d'un Jugement dernier dans l'art germanique.

Pourtant l'identité n'est pas complète entre la composition de la Reichenau et celle de Sant'Angelo, Un motif essentiel de l'iconographie carolingienne du Jugement dernier, la grande croix portée par un ange ou par le Juge lui-même, a été omis; des deux côtés de l'auréole où trône le Christ, l'artiste a dressé deux archanges tenant le globe, vêtus en empereurs de Byzance et inclinés dans l'attitude des personnages d'une to- U a donné à la résurrection des morts la place la plus singulière, au-dessus de l'assemblée des Apôtres et des anges, et au-dessus du Christ lui-même. Parmi les élus et parmi les damnés il a représenté des personnages qui ne sont vêtus ni à la mode germanique, ni à la mode byzantine : diacres en dalmatique étroite, prêtres en chasuble, moines en cuculle. Dans une peinture qui devait offrir aux regards la leçon universelle du Jugement dernier il a fait de celte leçon une application directe et locale ', en représentant, a l'entrée du Paradis ou sur le bord du gouffre infernal une foule toute pareille à celle qui connu une prenait part aux cérémonies dans l'église même et à celle qu'a représentée le miniaturiste de VExuhel de Fondi3. Comme les images du rouleau, la fresque est l'œuvre d'un bénédictin, qui travaillait pour des moines latins et des fidèles campan.ens.

Ce Jugement dernier germanique, mêlé d'images d'intérêt local, fait face à un motif carolingien la figure du Christ trônant dans l'abside entre les quatre symboles des évangélistes, et voisine avec des scènes évangôliques qui pourraient passer pour autant d'agrandissements de miniatures byzantines. Le rapprochement de motifs aussi hétéroclites montre toute la complexité des éléments qui sont entres dans

1 On n'attachera pas d'importance à la division générale de la composition qui, an lieu de s'allonger en deux bandes, comme su la fresque le la Reichenau, s'éohafaude sur quatre étages. Il est en effet très probable que, dans .es pe.ntur c ro h g ënnes où le Paradis et l'Enfer étaient figurés au-dessus de la résurrection des morts, le nombre des zones riX ^rté a trois on quatre. Le Jugement dernier du portai, latéral de Reims ^XII^Z VaZ mencement du « siècle, qui reproduit les traits essentiels de la compos.t.on carol.ng.enne (la cro.x portée pa. 1 Ange, les morts qui sortent des sarcophages antiques, etc.), est divisé en quatre zones

2. C'est ce qu'avait très bien vu Sprikger [Repertorium fur Kunstwiaemchaft, VII, 1884, p. 402). Cf. Rraur, Jahrb. rf.r

Kôn. Prcuss. Kunstsamml., 1894, p. 17. „„„,„..:. o„ir» les

3. Voir dans l'Iconographie comparée des rouleaux d'Exultet, n° 11, le groupe de personnages compr.s entre les

lettres M et N.

la décoration de Sant'Angelo in Formis. Pour suivre jusqu'à leur origine ces éléments de l'art monumental contemporain de Desiderius, il ne fallait pas s'engager dans une voie unique et étroite : il était nécessaire de distinguer entre le style, le programme et l'iconographie.

Dans les fresques de Sant'Angelo in Formis, le style, d'un bouta l'autre de la décoration, est le style byzantin, vu à travers des modèles de technique différente, — fresque, mosaïque ou miniature. Le programme théologique, dans son ensemble, est tout « latin ». L'iconographie est en partie purement byzantine, en partie latine ou même germanique. Il en est exactement de la peinture murale, dans la pleine floraison de l'école bénédictine, comme des rouleaux d'Eosuttet, sur lesquels se développait, en raccourci et en miniature, un cycle monumental. Dans les miniatures de YExultet du Mont-Cassin, conservé au British Muséum, le style du dessin a la finesse des meilleures gouaches byzantines; l'allégorie carolingienne de la Terre a pris place non loin de la Crucifixion et de rAvàarao-iî, composées d'après les modèles byzantins; l'illustration des sacramentaires latins a dicté le choix des sujets représentés par le miniaturiste, de même que la décoration des basiliques latines d'Italie et d'Allemagne a donné le programme d'ensemble des fresques de Sant'Angelo.

Ces constatations ne sont nouvelles qu'en partie. Dobbert avait reconnu dans la décoration de Sant'Angelo in Formis une foule de détails byzantins; Kraus y avait dénoncé des motifs carolingiens et « othoniens ». Les deux savants qui ont exprimé au sujet de ces peintures des opinions contradictoires ont eu raison tous deux et l'un contre l'autre. Pour mettre en lumière toute la vérité, il suffit d'embrasser d'un même regard les vérités partielles que d'autres ont aperçues. Alors le vaste poème biblique, évangélique, apocalyptique, dont les versets sont écrits en figures peintes sur les murs de Sant'Angelo in Formis, apparaîtra comme un exemple extraordinaire de confusion des langues.

Les fresques de Sant'Angelo in Formis avaient été étudiées jusqu'ici comme une œuvre unique de l'art bénédictin '. Trois remarquables figures du même temps, qui étaient cachées, au pied du Mont-Cassin, dans un très ancien tombeau, en sont sorties pour se ranger aux cotés de l'archange peint par un Grec. En Campanie et dans la Terre de Labour, deux autres

!. I.a chapelle San Nieola, au sommet ilu mont Tifata, a conservé dans son abside el sur la paroi du narthex qui précède sa nef étroite, des restes de peintures qui ne sont pas antérieures au .\ivc siècle. La Qgure la [dus curieuse est un saint Christophe en armure à l'antique, avec un visage de type giotlesque. Une autre chapelle de Saint-Nicolas, fondée en 1103, à quelques pas de l'église de Sant'Angelo in Formis, fut détruite au xviB siècle (Monachus, Sanctuarîum Capuanum, p. 135).

édifices conservent encore des fresques qui ont été exécutées, à la lin du xi« siècle, par des peintres issus de la grande école du Mont-Cassin.

Une série de peintures murales, qu'on peut attribuer à la lin du xi» siècle, se trouve enterrée dans la crypte d'une église voisine du bourg des Fratte (aujourd'hui Ausonia), - un castrùm habité au xf siècle par des pillards, sans cesse aux prises avec les hommes du Mont-Cassin, el que Desiderius, pour avoir la paix, se lit donner, en 1065, par Richard, coude d'Aversa >. La crypte forme une chapelle à trois nefs, couverte de voûtes en berceau, perpendiculaires les uns aux autres et dont, la pénétration forme des voûtes d'arêtes et des voûtes en arc de cloître. Les peintures qui couvrent les parois et. une partie des voûtes se répartissent en deux groupes très différents. Dans la petite nef de gauche, une sainte Barbe, en costume de princesse grecque, surchargée de bijoux (K), et les douze Apôtres assis (L) sont des ligures d'un coloris dur et brutal, grossièrement imitées d'un modèle identique aux fresques de Sant'Angelb. Le reste des peintures contraste avec ces premières figures par la finesse du trait rougeàlre, la légèreté du modelé, à peine indiqué en clair sur des tons ocreux, la délicatesse el la jeunesse des visages. Même les trois archanges en costume byzantin (B, H, IL f".h 103), qui sont debout dans l'abside centrale, à côté de deux saintes en robes toutes simples et tète nue (A, A)2, ne ressemblent que par leur vêtement de cérémonie aux archanges des fresques qui rivalisent avec la mosaïque. Ces ligures délicates, cernées d'un trait de pinceau mince et léger, font penser, avec leur nez menu et leur bouche ronde, aux figurines dessinées sur parchemin par la plume experle du moine Léon. Certains souvenirs de l'école du Mont-Cassin sont manifestes : la Vierge orante, représentée, au milieu de l'une des voûtes, dans un médaillon porté par quatre anges drapés à l'antique (0, fig. 105) a la même couronne, la même coiffure et la même attitude que la Vierge-reine du narlhex de Sant'Angelo in Formis. Les anges eux mêmes, disposés en diagonale sous la voûte (PL., font penser aux anges qui, sous la coupole de la chapelle de Saint-Zénonà Sainte-Praxède, soutiennent le médaillon du Christ. Ce groupe d'anges, escortant une Vierge imitée des fresques gréco-bénédictines de Campanie, est une évidente réminiscence des anciennes mosaïques de Rome. D'autres images, dans les fresques d' Ausonia, représentent des sujets d'invention bizarre ou d'intérêt local, qui ne se rattachent à

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