‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 167 sur 433 · Voici ce reste des lieux lignes île l'inscription · texte numérisé non relu

Voici ce reste des lieux lignes île l'inscription

En bas, au-dessous des Apôtres : VOS HIC UEPICTI PIETATEM POSCITR C.I1HISTI... - En haut, au-dessus de In Vierge: ... NOS ol'ESI'MI'S UT TUEAItlS. VIRGO PREBE PETIIO NON AI'IH CARCERE TKTRO, •

2. Reproduction de chromolithographie dans l'ouvrage de Sala/uio, I, pl XII.

LA VIERGE REINE — L'ASSEMBLÉE DES APOTRES ET L'ARCHANGE MICHEL Fresques de la fin du XIe siècle dans l'abside de l'ancienne Cathédrale de Foro Claudio, près Sessa (Terre de Labour).

la Vierge glorieuse est représentée au-dessus des douze Apôtres, dans les absides de San Giusto de Trieste et de la cathédrale deTorcello, et au fond du sanctuaire de la basilique de Monreale, près Païenne. La fresque campanienne, peinte avant la fin du xi" siècle, est une oeuvre intermédiaire entre la mosaïque de l'île vénitienne, qui remonte peut-être à la première moitié du même siècle, et la mosaïque sicilienne, qui fut exécutée à la lin du xue siècle. L'étroite ressemblance de ces trois œuvres, dont aucune n'a pu être le modèle ou la copie de l'autre, doit s'expliquer par uni; influence commune. Les miniatures d'un Evangéliaire grec, colporté de mains en mains, ne suffisaient pas à révéler à des artistes italiens les thèmes de la décoration monumentale des églises d'Orient. A Torcello et à Monreale des Grecs ont apporté les traditions vivantes de leur art religieux; de môme des mosaïstes grecs sont venus au Mont-Cassin. La peinture de Foro Claudio permet d'affirmer que les Grecs, dont l'œuvre est perdue, avaient exécuté dans l'abside de quelque église depuis longtemps détruite une mosaïque toute byzantine par la composition, comme par le style, et que les peintres bénédictins auront copiée '.

Pourtant au milieu même de cette décoration de sanctuaire, qui est imitée, pour la composition, comme pour le style, de l'art byzantin, on relèvera des détails qui ne sont pas d'origine byzantine. La guirlande à l'antique qui borde l'arcade de l'abside de Foro Claudio est celle qui encadrait les absides de basiliques romaines, et. au-dessus de la Vierge impératrice, le nimbe multicolore, où apparaît un minuscule Saint-Esprit, rappelle, en même temps que les peintures de Sant'Angelo et que la mosaïque de la cathédrale de Capoue, les plus anciennes mosaïques campaniennes. Dans la cathédrale abandonnée en pleins champs, de même que dans l'église bénédictine du mont Tifata, de vénérables traditions latines restent vivantes, à côté de l'art brillant révélé par les mosaïstes île Constantinople1-.

1. La composition de Foro Claudio a été répétée, sans doute au xir3 siècle, dans une église voisine du Mont-Cassin, Santa Maria Muggiore, près de Sanl'Elia. Cet édifice, éloigné des habitations, a subi plus d'une restauration et achève de se délabrer. Son abside, qui a été séparée de la nef par un mur grossier, sert de cabane à un ermite. En se glissant dans ce recoin sordide par la brèche qui fait office de porte, on distingue, dans la conque de l'abside, la Vierge entre deux anges, et au-dessous, les douze Apôtres, dont les noms sont écrits sur une bande étroite, en onciales blanches, pareilles à celles de Foro Claudio. Autant qu'on en peut juger dans la pénombre et sous la suie, les types sont mous et arrondis, et ne rappellent que de très loin les fresques de Sant'Angelo in Formis.

2. l.e Jugement dernier peint à fresque sur l'une des parois de la nef, dans l'église San Xicola, à San Vittore de Lazio, non loin de Cassino, a été présenté par M. I.efort comme une œuvre contemporaine de Desiderius {Revue Àrchéol., 18*o, II, p. 293-295 ; Études sur les monuments primitifs de la peinture chrétienne, Paris, 1885, p. 275-283). Celle grande composition, dont les ligures sont peu visibles sous les restes d'un enduit à la chaux, est, en réalité, une peinture de style giollesque, qui n'est pas antérieure au règne de Robert d'Anjou. Quelques-unes des figures de saints peintes dans la même église, sur la paroi de la nef qui fait face au Jugement dernier, remontent au XIIe siècle et ont le coloris violent des fresques de l'abside de Sant'Angelo in Formis.

Les fresques de Sant'Angelo in Formis, d'Ausonia et de Foro Claudio ne peuvent rester séparées des mosaïques et des miniatures, dont une analyse faite de comparaisons a dû continuellement les rapprocher. Pour formuler une conclusion d'ensemble sur l'art bénédictin de l'Italie du Sud, il sera nécessaire de réunir, dans une revue rapide, toutes les techniques de la peinture, depuis la miniature et la fresque jusqu'à la mosaïque et à l'émail cloisonné.

Les monuments, dont l'étude a pu compléter et parfois contredire le témoignage écrit de Léon d'Ostie, se sont trouvés d'accord avec le chroniqueur pour attester que l'art bénédictin, comme la puissance bénédictine, atteignit en Italie son point culminant au temps de l'abbé Desiderius. C'est de ce sommet qu'il faut regarder ce qui précède et ce qui suit. Déterminer la place de l'école du Mont-Cassin dans l'art du moyen âge, c'est délimiter le rôle des Grecs de Desiderius dans l'école du .Mont-Cassin.

Les mosaïstes mandés de Byzance pour décorer la grande basilique de Saint-Benoît apportaient avec eux des secrets de technique. Ils apprirent aux moines de la grande abbaye latine deux pratiques que les artistes italiens avaient oubliées : celle du décor géométrique et animal en marqueterie de marbre; celle de la mosaïque d'émail à figures humaines. Les leçons de ces artistes furent complétées par l'envoi d'oeuvres d'art fabriquées dans les ateliers impériaux de Byzance : les novices du Mont-Cassin, guidés par les maîtres étrangers, apprirent à reproduire les icônes d'argent doré et jusqu'aux médaillons et aux plaquettes d'or, peints d'émaux cloisonnés. Aux miniaturistes, parmi lesquels se rencontrèrent des artistes remarquablement doués, comme le moine Léon, les Grecs apprirent le dessin noble et libre, avec l'art de modeler la gouache, dont les tons veloutés s'éclairent de lumières blanches. Les mosaïstes venus de Byzance ne donnèrent pas seulement aux moines de Desiderius des formules d'alchimie et des leçons de style : ils fournirent aux miniaturistes et aux peintres de fresques des figures, des groupes, des compositions tout entières. Une mosaïque aujourd'hui perdue, que les Grecs exécutèrent dans une abside inconnue, servit de modèle à la grande fresque qui s'est conservée dans l'abside de l'église de Foro Claudio. Les Grecs donnèrent peut-être les cartons des fresques qui décorèrent l'atrium de la grande basilique du Mont-Cassin, et qui représentaient des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Le peintre étranger qui a décoré de main de maître le narthex do Sant'Angelo in Formis, celui qui a peint trois saints bénédictins dans la chapelle du Crocefisso avaient travaillé, sans doute, au sommet du Mont-Cassin. A côté des modèles qu'ils exécutaient sur place, les artistes byzantins en avaient apporté d'autres : c'étaient des carnets d'esquisses ou des livres à miniatures. Les orfèvreries précieuses, envoyées directement de Byzance,

Eurent étudiées elles-mêmes par les peintres comme par les ciseleurs : le devant d'autel où la Vie de saint Benoit était racontée sur une série de plaquettes d'or émaillées servit de modèle aux plus précieuses miniatures du moine Léon

A l'école des œuvres savantes qui étaient exécutées sous leurs yeux et de celles qui avaient été apportées ou envoyées d'Orient, les peintres du Mont-Cassin acquirent une virtuosité qui tenait du prodige. En quelques années de travail discipliné, ils apprirent non seulement à copier, niais à regarder; ils mêlèrent aux imitations des figures byzantines de véritables études d'après nature; ils surent donner aux visages la douceur féminine ou l'énergie virile, aux attitudes et aux gestes l'accent île la vie.

Les fresques et les miniatures qui sont les monuments de cette Renaissance opérée par des artistes byzantins dans un monastère latin, sembleront, tout d'abord, séparées par un abîme des œuvres qu'ont laissées les peintres bénédictins du x" siècle et de la première moitié du xi" : fresques perdues dans les grottes et miniatures capouanes. Cependant les motifs de décoration et les thèmes iconographiques qui s'étaient formés dans une période d'apparente barbarie, entre l'invasion sarrazine et l'arrivée des maîtres grecs, se maintinrent avec une étonnante vitalité dans l'art du Mont-Cassin, sous le vêtement des formes ou des couleurs byzantines.

Les initiales géantes qui, dans les manuscrits bénédictins de la fin du xr siècle, se déploient sur une page entière de parchemin, n'ont d'oriental que la richesse de leurs tons d'émaux. Jamais un enlumineur byzantin n'a tracé d'ornements qui rappellent ces jambages énormes, couverts d'entrelacs, ce réseau de volutes aux inflexions tout ensemble capricieuses et régulières, ces monstres à museau de chien, tordus comme des serpents.

Les miniaturistes de Desiderius ont illustré, vers la fin du m" siècle, deux rouleaux A'Exultet, aujourd'hui conservés à la Bibliothèque Vaticane et au British Muséum : la décoration de ces rouleaux, destinés à une cérémonie qui n'est point admise dans la liturgie grecque, comporte, avec de grandes initiales, identiques à celles des manuscrits bénédictins, plus d'un motif allégorique et tout un cycle de représentations liturgiques que l'art byzantin n'a point connus. Aucune église grecque ne contient, dans la série de ses mosaïques, les figures qui ont pris place, au commencement du xue siècle, dans les mosaïques absidales de Capoue : la Vierge couronnée, entre saint Pierre et saint Paul, au-dessous du Saint-Esprit, volant dans une auréole diaprée. Les Grecs qui travaillèrent au Mont-Cassin représentèrent eux-mêmes, dans l'abside de la grande basilique, un sujet qu'ils n'auraient pas représenté dans un sanctuaire de leur pays : le Christ entre les deux saints Jean. Le peintre grec qui décora le narthex de Sant'Angelo y dessina, au-dessus de l'Archange-empereur, une Vierge-reine, pour laquelle aucune image byzantine de la Mère de Dieu ne lui offrait de modèle, et qu'il dut composer d'après l'image traditionnelle de Sophia, la Sainte Sagesse. Dans l'intérieur de Sant'Angelo in Forinis, à côté de scènes évangéliques représentées suivant l'iconographie orientale, les peintres bénédictins qui s'étaient assimilé le style des mosaïques byzantines ont mis en scène un Jugement

dernier mutilé de tous les détails que les peintres byzantins avaient empruntés avant le xie siècle aux visions des vieux auteurs d'homélies terrifiantes.

Les disciples des mosaïstes grecs, pour rassembler tant d'éléments de décoration et d'iconographie inconnus de leurs maîtres, avaient puisé à des profondeurs différentes dans l'amas séculaire des traditions artistiques de l'Occident. Telle composition, reproduite au xne siècle dans une abside de Capoue, remonte au ixe siècle ou même au vie. Les mosaïstes qui travaillaient pour Desiderius, pour Oderisius, pour Ugo, archevêque de Capoue. ou pour Alfanus, archevêque de Salerne, ont pu recevoir la tradition des anciens mosaïstes romains par l'intermédiaire de ces familles de peintres romains, qui avaient conservé comme un héritage quelques compositions vieilles de six cents ans. Ils ont certainement regardé et imité, en même temps que des mosaïques ou des peintures romaines, les mosaïques conservées, à deux milles de Capoue, dans les églises abandonnées de la ville qui avait été la Capoue romaine. Les artistes bénédictins de la fin du xi* siècle recueillirent aussi quelques souvenirs de l'art qui avait fleuri au vin* et au ixe siècle dans les premières communautés établiesau Mont-Cassin et aux sources du Volturne, Cetart, qui n'était autre que l'art romain du même temps, pénétré d'éléments orientaux, n'avait pas disparu tout entier dans les incendies allumés par les Sarrazins. Les manuscrits décorés à Capoue, pendant le \e siècle, et au Mont-Cassin, après l'avènement de l'abbé Théobald, offraient, à côté de silhouettes qui n'ont pas forme humaine, des images qui rappellent à la fois les fresques bénédictines de la chapelle du Volturne et les gouaches carolingiennes. Dans les grottes de Calvi et de Castellamare, les saintes, vêtues en princesses, continuaient à porter leurs couronnes avec le geste des martyres qui se suivent en procession sur les mosaïques de Sainte-Praxède. Une place était faite, dans ces vieilles peintures bénédictines, aux saints de Rome et aux légendes des papes Clément et Sylvestre.

Les moines artistes qui avaient reçu les leçons des Grecs introduisirent dans leurs œuvres les plus savantes des motifs empruntés à l'héritage de leurs obscurs prédécesseurs. Quelques-unes des figures qui peuplaient l'ombre des grottes campaniennes s'en vont rayonner, vers la fin du xi" siècle, sur le fond d'or des mosaïques. Les deux saints Jean se font pendant au fond de l'abside de la grande basilique de Saint-Benoît, comme parmi les rochers du Capo d'Orso.

Cependant les traditions non byzantines, qui survécurent au temps de Desiderius dans l'art du Mont-Cassin, n'étaient pas toutes romaines et latines. Les grandes initiales qui se montrent sur les manuscrits et les rouleaux A'Exullel, dès le commencement du xi° siècle, tiraient leur origine de l'art le plus septentrional, celui qui sortit des monastères de la brumeuse Hibernie. Dans l'iconographie, comme dans la décoration, certains éléments de l'art bénédictin d'Italie sont «germaniques». Des allégories comme celles de l'Eglise couronnée et de la Terre demi-nue ont été, semble-t-il, traduites en images, pour la première fois, dans quelque abbaye d'Allemagne. Le moine qui, dans un monastère inconnu de Campanie ou d'Apulie, composa le premier une illustration détaillée

de la prose Exultet, ne fit qu'adapter à la décoration d'un long rouleau de parchemin l'imagerie des sacramentaires carolingiens. Dans les plus beaux manuscrits du temps de Desiderius, des gouaches dignes d'un Ménologe enluminé pour un empereur de Byzance voisinent, sur un même feuillet, avec de grands monogrammes que l'on dirait découpés dans une Bible écrite pour l'un des ( (thons. La tradition carolingienne des pays rhénans s'unit à la tradition latine et à la tradition byzantine pour former cet ensemble unique par sa complexité paradoxale : les peintures de Sant'Angelo in Formis.

En face de la question byzantine, l'art bénédictin de l'Italie du Sud en pose une autre, inattendue et inévitable : une question germanique. Pour les Crées qui furent appelés au Mont-Cassin, Léon d'Ostie a fait savoir en quelle année ils vinrent, de quelle ville, par la volonté de quel abbé. Aucun historiographe n'a nommé le moine ou l'abbé qui aurait conduit l'art germanique au sommet du Mont-Cassin. Il est possible ((Lie le rôle d'intermédiaire ait été joué par les monastères de l'Italie du nord et de l'Italie centrale, liohbio, Nonantola, Farfa. Des relations directes étaient, d'ailleurs, établies, après le txc siècle, entre le Mont-Cassin et les pays du Nord. Un manuscrit comme le Raban Maur, dont l'abbé Théobald lit prendre copie, en 1025, au Mont-Cassin, avait été certainement apporté d'Allemagne. Richerius, qui occupa le siège abbatial du Mont-Cassin, de LÛ38 à 1055, était un Bavarois. Parmi les princes qui, du ix" au xi" siècle, n'onl cessé d'enrichir par des concessions et des présents le domaine et le trésor de la grande abbaye italienne, les plus généreux furent les empereurs germaniques '.

Dans les années mêmes où les mosaïstes venus de Byzance séjournaient au Mont- Cassin. les rapports entre l'abbaye de la montagne et les pays d'au-delà des Alpes furent plus étroits que jamais. L'impératrice Agnès, mère de l'empereur Henri IV. passa six mois de l'année 1073 dans l'habitation préparée, à l'entrée des bâtiments du Mont-Cassin. pour les pèlerins de distinction -. L'Allemand Théodemar, chapelain de l'impératrice, fui compté parmi les a justes » du Mont-Cassin. dont Pierre Diacre a rapporté « l'origine et la fin3 ». Son compatriote, Gébizon de Cologne, qui se retira de même au Mont-Cassin, sous le gouvernement de Desiderius. y fui honoré comme un saint.

Quelles que soient les conditions qui ont favorisé une influence germanique dans l'ail «lu .Mont-Cassin, cette influence est un fait acquis. Peut-être le premier art bénédictin d'Italie avait-il clé connu dans les abbayes rhénanes et avait-il contribué à y éveiller l'art qui brilla, dans le siècle de Charlemagne, comme une Renaissance romaine etbyzantine : à coup sûr le Mont-Cassin connut l'art qui continua les traditions carolingiennes dans le siècle glorieux des ( (thons.

La révélation directe de l'art byzantin, apportée au Mont-Cassin par des maîtres venus

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