Miche, i. CLXIII, col
2. Jaitk, 2'' éd., I, p. î>98, n° 4772. L'impératrice donna au Mont-Cassin, entre autres objets précieux, un Évangètiaire dans une reliure d'argent (Lion d'Ostie; Higne, col. 755).
3. De orlu et obitu jmtorum Casinensium ; Miune, volume cité, roi. 1103 et 1108; — cf. col. 783.
de la ville impériale, n'a pu prévaloir contre les traditions latines et germaniques qui faisaient la substance de l'art bénédictin. Les mosaïstes ont déroulé sur le sol des basiliques un tapis oriental fait de marbres romains : ils n'ont pas plus modifié les grandes lignes des décorations destinées aux nefs et aux absides que les formes latines de l'architecture. Leur rôle d'éducateurs a été un rôle de grammairiens. Ils ont épuré et enrichi le vocabulaire, sans altérer les racines de la langue artistique, sans atteindre aux profondeurs où les formes s'identifient avec les idées, et l'iconographie avec la théologie.
La portée de l'action exercée par ces étrangers se mesure exactement à la durée de leur influence. Les compositions et les figures que les mosaïstes de Byzance avaient fait connaître aux moines du Mont-Cassin trouvaient la place prise par toute une imagerie traditionnelle qu'elles ne purent entièrement supplanter; le style dont ces mosaïstes donnaient des modèles, et dont les ouvrages d'art, byzantin offraient des exemples, différait du dessin barbare ou latin des vieilles écoles bénédictines, comme l'enfance ou la décrépitude de la plus robuste virilité; en lin les techniques révélées par ces mêmes artistes étaient chose nouvelle, inconnue et merveilleuse. Ce qui, dans les leçons des Grecs, était secret d'atelier et tour de main se conserva pendant deux siècles dans les ateliers bénédictins : le pavement de San Liberatore, qui reproduit exactement celui du Mont-Cassin, a été exécuté ou restauré dans le style ancien sous le règne de Charles [" d'Anjou. L'application d'une technique difficile et raffinée semble avoir entraîné à sa suite, pendant nombre d'années, l'habitude d'un dessin correct. Le seul ouvrage d'émail cloisonné qu'on puisse rattacher à f'école bénédictine d'Italie, — la reliure de Y Èvangèliaire de Capoue, — n'est pas antérieur à 1175. Il est d'un style byzantin si pur et si noble qu'on le dirait exécuté un siècle plus tôt, sous la dictée d'un maître grec.
Dans les œuvres de technique aisée, comme la miniature et la peinture murale, les proportions des figures commencèrent à prendre, sous le gouvernement de l'abbé Oderisius, un allongement, qui s'exagéra bientôt de façon ridicule. Un retour aux proportions élégantes et justes des figurines dessinées et gouachées par lesartistesde.Desiderius.se manifesta, vers la lin du xu' siècle, dans les miniatures des rouleaux A'Exultet, et se poursuivit sous le règne de Frédéric II ; mais cet essai d'archaïsme byzantin fut éphémère. Dans le cours du mii6 siècle la peinture bénédictine disparait. Les vives couleurs de l'Exultet de Salerne jettent un dernier éclat, à l'entrée d'une nuit noire. Quand on sort fie l'obscurité, pour regarder une fresque, dans l'abside de la chapelle d'Ognissanti, entre Cassino et Sant'Elia, on est en plein xive siècle. Le peintre locat semble avoir imité la composition qui se déployait dans l'abside voisine de Santa Maria Maggiore 1 : il a représenté un Christ trônant dans une auréole soutenue par quatre anges, au-dessus de l'assemblée des douze Apôtres. Dans le type des visages et le jet des draperies tout souvenir de l'art byzantin a disparu : les personnages ont pris le masque des figures giottesques.