Voir plus haut, p. 271, n
Tandis que les dernières traces du passage des maîtres grecs avaient achevé de disparaître de la tradition du Mont-Cassin, les miniaturistes de l'abbaye n'avaient pas cessé de reproduire, en tête des pages couvertes d'écriture lombarde, des initiales chargées d'entrelacs et de monstres. Rapetissées et noircies, les initiales bénédictines ont perdu peu à peu la taille gigantesque et la parure orientale des lettres splendides que les enlumineurs deDesiderius avaient fait briller comme des plaques d'or émaillé. Mais, en se desséchant, elles ont résisté à la dissolution qui entraînait, autour d'elles, les derniers vestiges de l'art bénédictin du xie siècle. Dans la prompte décadence d'une école artistique qui passe encore pour avoir été un foyer fécond d'art byzantin, l'élément qui survécut le dernier est un système d'ornement germanique.
Fig. 105. — La vierge-reine, crypte d'ausonia.
tion, sous cette forme, est contredite par la seule existence d'émaux rhénans et milanais, antérieurs à 1000'. Sans parler des plaquettes qui décorent des ouvrages du ixe siècle, tels que l'autel d'or de Saint-Ambroise de Milan et le reliquaire dit de Pépin d'Aquitaine, à Conques, les plats de l'Évangéliaire donné à la cathédrale de Milan par l'archevêque Aribert, mort en 1045, sont ornés d'émaux cloisonnés, à inscriptions latines, qui représentent grossièrement une série de figures2. Il est vrai qu'on ne peut établir aucune comparaison entre cet ouvrage pesant et Y Éramjèliaire de Capoue, qui donne la mesure de l'habileté conservée par les orfèvres bénédictins à la lin du xnc siècle. En dehors de cet Émngèliaire, les seuls émaux cloisonnés à inscriptions latines qui se soient conservés en Italie sont les médaillons de Scala, postérieurs d'un siècle. Ces médaillons ne sont pas une œuvre italienne : ils sortent, à n'en pas douter, d'un atelier grec, isolé au bord du golfe de Salerne.
Des raisons négatives, tirées d'objets inexistants et qu'on peut croire perdus, laisseraient encore du champ aux hypothèses ; mais un curieux ouvrage d'orfèvrerie, conservé dans la collégiale d'Alba Fucense, avec la staurothèque indiquée plus haut, apporte une raison positive de douter que la technique de l'émail cloisonné ait été connue dans l'Italie centrale. L'objet est un triptyque1, fort habilement imité d'un ouvrage d'art byzantin1. Sur les volets sont peintes, en fines gouaches à fond d'or, vingt scènes du Nouveau Testament, depuis l'Annonciation jusqu'à la scène que le Guide de l'Athos appelle la « seconde venue du Christ », et qui est le préambule du dernier Jugement (Pl. XIII'"!. Les costumes des guerriers et leurs chapels de fer indiquent le xnr* siècle. L'icone qui occupe la partie centrale du triptyque est une Vierge avec l'Enfant, sculptée en bas-relief de bois et peinte. Les nimbes et les orfrois des vêtements sont exécutés, moitié en perlé de stuc, moitié en filigrane d'argent doré ; quatre médaillons, représentant des anges à mi-corps, sont appliqués sur la plaque d'argent doré qui forme le champ. Tout le cadre de l'icone est orné de figurines en buste, abritées sous des arcatures d'argent. Huit de ces figurines sont sculptées dans le bois ; c'est le Christ, deux prophètes, les quatre évangélistes, et saint Nicolas, patron de la collégiale d'Alba. Les autres figurines, qui représentent la Vierge et le Précurseur, escortés de deux anges, les douze Apôtres et quatre saintes couronnées ', sont des miniatures à fond d'or, exécutées chacune sur un morceau
1. Les émaux dont le eibormm de l'église du Mont-Cassm avait été orné au ixc siècle (V. plus haut, p. 92 et n° 4) et que les Sarrasins avaient enlevés, avec tous les objets précieux contenus dans le monastère, provenaient sans doute de Coustantiuople.
2. Kondakoff, Coll. Zwènigorodskoï, p. 189-190; — E. MoLimBn, Histoire des Arts appliqués à l'industrie: IV, l'Orfèvrerie, p. 136-138.
3. Décrit par M. Piccirilli (Rivt'sfa Abnazese, 1894, p. 213). Hauteur : 0m,b0.
4. Un triptyque d'argent repoussé et doré, qui est exactement composé, pour le choix et la distribution des motifs, comme celui d'Alba Fucense, est conservé au couvent de Ghélath, en Géorgie, avec d'autres ouvrages précieux, tels que l'icone décorée d'émaux cloisonnés qu'a publiée KondakoJT (Coll. Zwénigorodskoi, p. 129, ûg. 21). Le triptyque orné de figures travaillées au repoussé est une copie locale d'une pièce d'orfèvrerie byzantine (reprod. dans l'ouvrage de Muller* Smoims et Hyvernat, Du Caucase au ijolfe Persique, Paris, 1892, pl. 8 et 9, non numérotées dans le volume).
5. Sainte Lucie, sainte Madeleine, sainte Marguerite et sainte Agnès.
lion, sous cette (orme, est contredite par la seule existence d'émaux rhénans et milanais, antérieurs à 1066*. Sans parler des plaquettes qui décorent des ouvrages du ix" siècle, tels que l'autel d'or de Saint-Ambroise de Milan et le reliquaire dit de Pépin d'Aquitaine, à Conques, les plats de l'Évaugéliaire donné à la cathédrale de Milan par l'archevêque Arihert, mort en 1015, sont ornés d'émaux cloisonnés, à inscriptions latines, qui représentent grossièrement une série de figures5. Il est vrai qu'on ne peut établir aucune comparaison entre cet ouvrage pesant et V ErangrUoire de Gapoue, qui donne la mesure de l'habileté conservée par les orfèvres bénédictins à la fin du xu* siècle. En dehors de cet Évangéliaire, les seuls émaux cloisonnés a inscriptions latines qui se soient conservés en Italie sont les médaillons de Scala, postérieurs d'un siècle. Ces médaillons ne sont pas une œuvre italienne : ils sortent, à n'en pas douter, d'un atelier grec, isolé au bord du golfe de Salerne.
Des raisons négatives, tirées d'objets inexistants et qu'on peut croire perdus, laisseraient encore du champ aux hypothèses; mais un curieux ouvrage d'orfèvrerie, conservé dans la collégiale d'Alba Fucense, avec la staurothèque indiquée plus haut, apporte une raison positive de douter que la technique de l'émail cloisonné ail eh' Connue dans l'Italie centrale. L'objet est un triptyque', fort habilement imile d'un ouvrage d'art byzantin '1. Sur les volets sont peintes, en fines gouaches à fond d'or, vingt scènes du Nouveau Testament, depuis l'Annonciation jusqu'à la scène que le Guide de l'Alhos appelle la « seconde venue du Christ », et qui est le préambule du dernier Jugement (Pl. XIII'""). Les costumes des guerriers et leurs chapels de fer indiquent le mu* siècle. L'icone qui occupe la partie centrale du triptyque est une Vierge avec l'Enfant, sculptée en bas-relief de bois et peinte. Les nimbes et les orfrois des vêtements sont, exécutés, moitié en perlé de stuc, moitié en filigrane d'argent doré ; quatre médaillons, représentant des anges à mi-corps, sont appliqués sur la plaque d'argent doré qui forme le champ. Tout le cadre de l'icone est orné de figurines en buste, abritées sous des aveatures d'argent. Huit de ces figurines sont sculptées dans le bois ; c'est le Christ, deux prophètes, les quatre évangélisles, et saint Nicolas, patron de la collégiale d'Alba. Les autres figurines, qui représentent la Vierge et le Précurseur, escortés de deux anges, les douze A poires et quatre saintes couronnées ', sont des miniatures à fond d'or, exécutées chacune sur un morceau
1. Les émaux dont le eiliorium de l'église du Mont-CftMin .ivnil élé oiHi au ix' siècle V. plus haut, p. 02 et n° t) et que les Sarrasins avaient enlevés, avec tous les objets précieux contenus dans le monastère, provenaient sans doute de Constaiitiuople.
2. Kondakoit, Coll. Zuri<i<iorniUI;oi. p. 189-190; — K. Mo&ixisn, Histoire des Arts appliqués à l'industrie; IV, Vûrfèorerie, p. 136-138.
:j. Décrit par M. Piccirilli {Rivista Abruzzcse, 1894, p. 213). Hauteur : O-MiO.
i. Un triptyque d'argent repoussé et doré, qui est exactement composé, pour le choix et la distribution des motils, comme celui d'Alba Fucense, est conservé au couvent de Ghélath, en Géorgie, avec d'autres ouvrages précieux, lels que l'icone décorée d'émaux cloisonnés qu'a publiée KondakofT(Cof/. Zreiniijnrmhkoi, p. 129, flg. 21). Le triptyque orné de figures travaillées au repoussé est une copie locale d'une pièce d'orfèvrerie byzantine (reprod. dan* l'ouvrage de Mi llkh- SmoNls kt Hyvkkx.it, Bu Caucase au ijolfe Pcrsique, Paris, 1892, pl. 8 et 9, non numérotées dans le volume).
5. Sainte Lucie, sainte Madeleine, sainte Marguerite et sainte Agnès.
de parchemin qui est maintenu et pressé par une lamelle de verre, sertie sous une arcature d'argent; les figurines de chérubins et les volutes, qui remplissent les écoinçons des arcatures relevées en relief sur les volets du triptyque, sont exécutées par le même procédé. Le peintre a évidemment cherché à imiter l'émail par le miroitement de la surface translucide, par l'or des fonds, par l'emploi de teintes plates, plus claires que celles des peintures a tempera qui représentent l'histoire évangélique, De même la Madone en bas-relief, avec son visage rose et son voile bleu couvert de joyaux, est l'imitation d'une icône émaillée sur relief, comme le saint Michel du Trésor de Saint- .Marc, véritable statuette d'émail cuirassée d'or, qui se détache sur un champ d'or et de pierreries1.
L'artiste délicat qui a exécuté le triptyque d'Alba Fucense n'a su contrefaire l'éclat des émaux, dont les ouvriers byzantins vernissaient, avec l'aide du feu, jusqu'à un basrelief de métal, qu'en travaillant à froid des matières pauvres : du bois, du parchemin et du verre. Tant qu'on n'aura pas opposé à ce triptyque un ouvrage d'émail cloisonné qui ait été exécuté authentiquement dans la région comprise entre le Monf-Cassin et les Alpes et dans la période qui s'étend de 1070 à 1300, on sera fondé à supposer qu'en dehors des ateliers bénédictins de Campanie, les orfèvres italiens du moyen Age ont ignoré la technique de l'émail cloisonné et l'ont remplacée par des équivalents mesquins.
L'école bénédictine de peinture murale, qui, vers la lin du xi" siècle, régna enCampanie, s'est-elle répandue autour des monastères épars dans la Principauté de Salcrne et dans les Abruzzes?
Au bord des golfes de Naples et de Salerne, oii les grottes de Castellamare et de la Badia de Majori ont conservé les restes de très anciennes peintures bénédictines, on ne trouve, pour la période qui suit l'arrivée des Grecs au Mont-Cassin, qu'une série intéressante de fresques : celle qui décore la crypte de l'église Santa Annunziata, à Minuto, entre Amalfî et Scala'2. Cette crypte est de plan carré et voûtée d'arêtes. Deux des parois et trois des compartiments de la voûte sont encore couverts de peintures (fig. 100). Sur la voûte, la figure qui attire d'abord le regard est un Christ Pantocrator, vu à mi-corps et vêtu d'un manteau vert, jeté sur une tunique rouge. Les deux autres compartiments do la voûte qui ont gardé leur décoration sont plus larges que le premier; chacun d'eux est divisé en deux moitiés, où sont représentés deux personnages debout, tenant de grands phylactères, avec des inscriptions. A la droite du Christ, saint Jean -Baptiste, le visage maigre, la barbe et la chevelure jaune, tunique jaune, manteau vertdoublé d'une peau de bête de eouleurbleuàtre
1. [Pasihi], 11 Tcsoro di San Marco, pl. II. — E. Mou.nieh, le Trésor de Saint-Marc, p. 43-44, 79, n° 2. — Ku.ndakoff, les Emaux byzantins tic la Collection Zwênigorodskoî, p. 179-180, lig. 33.
2. Description Tort inexacte (-Unis l'ouvrage de Salaza.ro, I, p. 30.
(ECCE QUI TOLLIT PECCATA MUNDI); à la gauche du Christ, saint Jean l'Évangéliste, jeune et imberbe (VERBUM ERAT) ; en face de saint Jean-Baptiste, le prophète Daniel, jeune et brillamment vêtu, à la mode persane, d'une tunique grise brodée d'or et de sarabalks rouges (CUM VENERIT SANCTUS SANCTORUM) ; en face de saint Jean l'Evangéliste, David, un vieux roi portant une couronne et vêtu d'un manteau rouge (DNS DNOMEO).
La décoration des parois est divisée horizontalement en deux zones. La zone supérieure comprend deux sujets de la vie delà Vierge, à laquelle était dédiée l'église. A gauche de l'entrée, la Visitation; sur la paroi qui fait (ace à l'entrée, la Nativité avec l'Annonciation aux bergers, une composition très chargée de personnages, et ou ne manque aucun des détails traditionnels de l'iconographie grecque, depuis le bain de l'Enfant jusqu'au double chœur des anges. Dans la zone inférieure sont représentés, au-dessous de la Visitation, un saint Georges en costume byzantin, qui s'appuie sur un bouclier triangulaire rayé de blanc et de rouge, et un saint évêque, tenant une crosse et portant une mitre blanche à deux cornes. Sous la Nativité se déroule en deux tableaux un récit de la légende de saint Nicolas. D'abord c'est un festin. Un roi sarrazin, portant un diadème byzantin sur le sommet de la tète et une sorte de burnous blanc, est assis devant une table en forme de sigma : deux Sarrazins enturbannés le servent; l'un d'eux fait office d'écuyer tranchant; à droite du tableau, un jeune échanson chrétien, la serviette posée sur l'épaule, présente une coupe. Dans l'autre tableau, saint Nicolas ramène à ses parents le petit prisonnier qui s'est évadé, en emportant la coupe. A gauche du groupe, une ville tourelée; à droite, trois personnages tonsurés, assis à table et faisant des gestes d'étonnement.
Cette légende du saint évêque de Myre, détaillée dans une chapelle dédiée à la Vierge, évoque les histoires de pirates musulmans qui devaient hanter l'imagination des marins d'Amalfi ; elle fait penser aussi à l'église de Saint-Nicolas que l'abbaye du Mont-Cassin possédait près de la ville marchande. Les fresques de Minuto sont très probablement une œuvre bénédictine. Le Daniel et le David représentés sur la voûte semblent copiés d'après les images de ces deux prophètes, qui sont peintes dans la nef de Sant'Amgelo in Formis. Le Christ est vu à mi-corps, comme le Pantocrator, dans les coupoles grecques et dans les absides des basiliques siciliennes. A droite, et à gauche de ce Christ touL byzantin, les deux saint Jean, le Précurseur et l'Évangéliste sont debout, comme dans la vieille fresque de la Badiaet dans la mosaïque absidale de la grande église du Mont-Cassin.
Les peintures de la crypte voisine d'Amalfi sont datées approximativement par la mitre du saint évôque représenté sur la paroi, à gauche de l'entrée : c'est la mitre que porte l 'évêque de Fondi sur YExultet décoré vers 1115. Les fresques de Minuto doivent être rapprochées des miniatures de YExultet de Salerne, qui leur sont postérieures d'un demi-siècle environ : ces deux ouvrages permettent de marquer, sur le rivage du golfe de Salerne, la limite que l'influence artistique du Mont-Cassin n'a pas dépassée dans la direction du sud.
Au nord du Mont-Cassin, la peinture du moyen âge est représentée dans les Abruzzes par des monuments aussi précieux qu'inconnus. Plusieurs églises ou chapelles, abandonnées dans une vallée solitaire ou à l'entrée d'une humble bourgade, ont conservé sur leurs
Fig. tût}. — La nativité et une légende de saint Nicolas; sur la voûte le rédempteur entre saint jean-haptiste
ET SAINT JEAN l'ÉVANGÉLISTE. FRESQUE DU XII0 SIECLE DANS LA CRYPTE DE L'ÉGLISE SANTA ANNUNZIATA, A MINUTO, PRES AMALKI.
parois délabrées des cycles entiers de fresques du xii' et du xiu* siècle. Parmi ces édifices, les uns ont été le centre d'une paroisse, d'autres le centre d'une abbaye : entre la collégiale et l'abbatiale il n'y a point de différence dans la richesse et le style de la décoration peinte. Ces églises se trouvent éparses dans une région où les abbés et les prieurs, vassaux du Mont-Cassin, ont été jusqu'à l'époque angevine plus riches et plus puissants que les comtes, leurs voisins1. Si les progrès réalisés par les peintres bénédictins, sous la direction des mosaïstes grecs, ont contribué au développement de l'art en dehors de la Terre de Saint-Benoit, ils ont dû être connus, tout d'abord, dans le pays de montagnes qui formait comme une province morcelée de l'État bénédictin.
I. N. Faraglia, Sagr/io di Corografia Abruzzese (Arch. stor, per le prov. napol., XVI, 1891, p. 429; reprnd. dans le recueil : r mtei Studi xtorivi, Lanciano, 1893, in-8°).
28i L'ÉCOLE BÉNÉDICTINE
Les plus anciennes fresques connues dans les Abruzzes su trouvent dans l'église d'un monastère affilié à celui de San Liberatore; c'est l'église en ruines de San Pietro ad Oratorium, près de Bussi. La pluie n'a pas encore elïacé sur l'arc triomphal une série de peintures d'apparence archaïque. Cette décoration peut être contemporaine de la reconstruction de l'édifice, qui, d'après l'inscription gravée sur le portail, eut lieu en l'année 1100. L'archivolte du portail de San Pietro est décorée, comme on l'a vu. de fleurons byzantins dessinés d'après les ornements de quelque manuscrit du Mont-Cassin. La composition qui occupe la partie supérieure de l'arc triomphal semble être de même un souvenir des décorations exécutées en Campanie sous les auspices de Desiderius '. Le groupe que formentle Christ assis sur son tronc et les quatre symboles des Évangélistes" rappelle, par la silhouette des figures et par le coloris violent, l'apparition qui occupe la conque de la grande abside de Sant'Angelo in Formis. Sur le livre que le Rédempteur tient ouvert est écrite, non point la formule ordinaire dans les représentations du Christ glorieux, mais bien la formule employée par le peintre qui a représenté le Pantocrator dans l'abside de l'église campanienne, près de l'abbé Desiderius. Au lieu de la parole évangélique : Ego sum lux mundi, on lit la parole apocalyptique : Ego sum primvs et novissimus.
Parmi les peintures conservées dans les Abruzzes, celle qui semble la plus voisine par la date des fresques de San Pietro cul Oratorium se trouve à Pianella, dans une petite ville voisine de l'Adriatique, qui, au xii" siècle, appartenait par moitié au Mont-Cassin. Une représentation du Jugement dernier est peinte dans l'abside centrale d'une église de cette ville, l'ancienne collégiale de Santa Maria Maggiore, appelée aujourd'hui Sant'Angelo. Cette église fut démolie en 115* par des soldats de Majone, l'amiral du roi Guillaume le Mauvais1 ; elle paraît avoir été rebâtie dans la seconde moitié du xu" siècle.
Le Christ est assis sur l'arc-en-ciel, dans une auréole soutenue, par deux anges en plein vol. Au-dessous de la figure centrale, deux anges inclinés tiennent de longues banderoles, sur lesquelles sont écrites les paroles de bénédiction et de malédiction. L'assemblée des Apôtres, assise k droite et à gauchedes anges, achève la composition {fig. 107). Peut-être le
1. La grande église bénédictine de San Liberatore au mon! Majella, qui a servi de modèle à San Pietro pour le plan et les sculptures du portail, a clé autrefois décorée de fresques. Dans l'abside les peintures anciennes ont été recouvertes au xvi« siècle par une composition fort curieuse : près de saint Benoit, assis sur un trône, et de saint Liberator, qui tient un curieux modèle de l'église, Charlemagne est représenté comme le premier donateur des terrains du monastère. 11 est imberbe, avec les cheveux roux, et magnifiquement vêtu de velours rouge et de brocart d'or (Cf. Binoi, Mcmumenli degtt Abrvaà, p. 038). L'enduit du xvr siècle s'est écaillé en deux endroits, laissant voir deux figures de saints abbés, en cuculle noir.'la crosse à la main; au-dessus de l'un d'entre eux, on lit les restes d'une signature d'artiste dont la perte est regrettable : OLV'S . . . . 0 . . . PINSIT OC OPVS. Le reste de l'inscription ayant disparu, on ne peut savoir si ces peintures remontent au commencement du ni' siècle, comme les portails, ou font partie des embellissements dont l'abbé Bernardo Aiglerio gratifia l'église en 1273 (Cahatita, / Codici e le Arti a Montecaasino, l, p. 319).
2. Reproduit dans l'Album de BiKM, pl. 175. Ces fresques ont été décrites pour la première fois par M. Piooraiu.1 (Rasserjna Abruzzese, III, 1899, n°7, p. 11-131.
3. Le reste de la décoration peinte au fond de la petite église des Abruzzes ne se rattache pas directement à la tradition bénédictine de Campanie. Les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse sont rangés dans les «coinçons de l'arc triomphal, comme ils l'étaient dans les basiliques romaines et dans quelques monuments carolingiens du Nord. (V. plus haut p. 261).