BlMDI, Monument! dcijli Abruzzi, p. SIS
groupe des ressuscités était-il représenté sur la zone inférieure de la paroi, qui est entièrement dénudée de son enduit. Le Christ colossal, trônant dans l'auréole elliptique, et les longs phylactères que présentent les anges semblent rappeller le Jugement dernier de Sant'Angelo in Formis.
La draperie du Christ a été repeinte à plis ondés par un barbouilleur moderne; son visage, presque intact, est émacié et dur. Le dessin est accentué avec force, le modelé marqué par rehauts clairs sur un coloris solide, où dominent l'ocre jaune et le rouge. Les dra-
Fig. 107. — Le jugbhent dernier, presque du xn° siècle dans l'arside de l'église de sant'angel'o,
A PIANELLA (aBHUZ7.Es).
peries volantes des anges, les draperies serrées des Apôtres sont indiquées avec autant de précision que dans les fresques bénédictines de-technique byzantine1.
Deux peintures qui ont encore tout l'éclat d'un coloris de mosaïques sont conservées dans la crypte de la grande église bénédictine de San Giovanni in Venere, élevée sur une colline qui domine l'embouchure du Sangro. L'une de ces fresques, qui occupe l'abside centrale de la crypte, représente, à droite et à gauche d'un Christ Panlocrator, assis sur un large trône et bénissant à la grecque, les deux saints qui avaient figuré dans la mosaïque absidale du Mont-Cassin : saint Jean-Baptiste et saint Jean PÉvangéliste. L'autre fresque, peinte sur la
I. Les restes d'un Jugement dernier, dont la composition est analogue à celle du Jugement dernier de Pianella sont encore visibles dans l'abside de l'église ganta Maria in Lago, une ancienne abbatiale, voisine de Moscufo. Le Christ a disparu. On dislingue encore la lile des douze Apôtres ; au-dessus d'eux, un compartiment triangulaire où sont enfermées les figurines nues des morts rappelés à la vie ; enfin, ta silhouette d'un ange qui sonne la trompette. Les vêtements sont ronges, pour la plupart; les nimbes ont gardé des traces de dorures. Les visages arrondis, dessinés par un contour noir,
paroi, à l'entrée de la même abside, est contemporaine de la première : aux côtés de la Vierge, voilée du maphorion bleu et assise sur un trône qui a le même dossier en demi-lune que le trône du Pantocrator, saint Michel et saint Nicolas s'inclinent dans l'attitude des personnages traditionnels de la Asïitiç. L'Archange porte en sautoir, sur une tunique rouge, le Xôpo; des empereurs d'Orient. Le saint Nicolas, au contraire, est vêtu comme un évêquo latin : il porte la chape et la mitre, et, en main, la crosse; sa mitre a la forme triangulaire des mitres du xm* siècle. Aux pieds de saint Michel, un moine vêtu d'un cueillie noir, est agenouillé devant la Vierge '. Dans les fresques de San Giovanni in Venere, le dessin et le coloris, comme le choix des personnages représentés et leurs costumes, semblent attester que le souvenir des grandes décorations campaniennes de style byzantin était resté présent, plus d'un siècle après le temps de Desiderius, à des peintres bénédictins qui travaillaient au bord de l'Adriatique.
Cependant l'influence de l'école du Mont-Cassin, évidente dans la décoration de San Pietro ad Oratorium, sensible dans les fresques de Pianella et de San Giovanni in Venere, était combattue dans les Abruzzes par d'autres influences, qui allaient triompher. Ce n'est pas un bénédictin du Sud qui vient travailler à une heure de marche de San Pietro ad Oratorium, dans une église qui dépendait de San Libératoire au Mont-Majella et du Mont-Cassin. Cette église a porté le nom de Santa Maria di Cartignano. La nef a disparu : il ne reste plus que le campanile, le mur de façade, et l'abside, à demi enterrée dans la vase d'un torrent.
Dans la conque de l'abside est peinte une fresque, au-dessous de laquelle court un bandeau, où étaient inscrits, en hautes lettres noires, les noms des donateurs, trois moines bénédictins, et la date de 1537 -. La composition choisie parle peintre n'est pas sans analogie avec les deux groupes représentés dans la crypte de San Giovanni in Venere; elle est encore plus purement byzantine. C'est la A'^.; des grottes basiliennes d'Apulie : le Christ assis sur un trône, entre la Vierge voilée du maphorion et le Précurseur barbu (fig. 108). Cependant les draperies à teintes plates, constellées d'un semis de menus ornements au blanc de chaux, ne sont pas peintes selon les procédés byzantins. L'artiste qui a exécuté la fresque de Cartignano venait du nord de l'Italie. Sur l'un des pieds-droits, à l'entrée de l'abside, il a inscrit son nom : Armanino de Modène.
sont d'un tout autre style que les figures de Pianella, et d'une autre époque. L'ange n'a plus la draperie antique ni les pieds nus : sous une longue tunique à plis parallèles, il porte des bas-de-chausses noirs, qui lui font un pied pointu. Ce costume insolite ne peut être antérieur à la fin du xnic siècle. 1. Salazaho, texte, II. p. 39; planches I, pl. XVIII ; II, pl. IX.
i. L'inscription de Cartignano a été lue, au commencement du xixe siècle, parle savant abbé de Saint-Paul-hors-les- Murs, Dom Costanzo, qui l'a communiquée à Seroux d'Agincourt. Celui-ci l'a citée dans son Histoire fie l'Art par les monuments {Explic. des Planches, p. 140) ; son indication est reproduite par Scmcxz (II, p. S2) et par CnowE et Cayalca.sex.le (IV, p. 120). Récemment M. Piccirilli a reconstitué l'inscription des deux pieds-droits et du bandeau semi-circulaire, d'après une ancienne copie dont il a eu connaissance. Le texte serait le suivant (les lettres encore lisibles en capitales) : MAGISTER ^rMANINUS de JI/hTINA fecit HOC OPUS. — f ANNO MH/cSIMO ducentesimo XXXVII Xllnrî... frater Jacobtts frater Petrus et frater GENTILE. — FECIT KIEHI HOC OPUS (Rassegna Abruzzese, III, ISO!), n° 7, p. 4-r,). Le peintre de Modène avait représenté, à la partie inférieure de l'abside, des figures de saints alignées sous des arcatures : à peine voit-on affleurer, au-dessous de la fange durcie des alluvions, les nimbes de ces figures, enterrées avec l'église. Six figures de saints aux draperies voyantes sont rangées de même dans l'abside de San Pietro ad Oratorium. Ces
Loin de Cartignano et du profond sillon de la Pescara, une église de la province de Teramo possède tout un cycle de fresques, antérieures d'un demi-siècle à celles de maître Armanino, et qui offrent, à défaut d'une signature, toute une iconographie, dont l'importation au cœur des Abruzzes ne peut être attribuée qu'à un artiste du Nord.
Santa Maria di Ronzano est une église abandonnée sur la rive droite du Mavone, à l'écart des villes et des routes. Pour atteindre l'église, en venant de Tossicia. il faut passer à gué le torrent. L'édifice, entouré d'un cimetière de paysans et gardé par un solitaire muet, est une construction à trois nefs, avec un large transept et trois absides. Les deux parois opposées du transept et l'abside centrale sont revêtues en grande partie de peintures anciennes1. Le cycle commence sur le mur du transept, du côté de l'Epitre, avec quatre scènes de la Genèse : 1° le Verbe créant le monde, figuré par deux cercles concentriques, l'un blanc, l'autre rouge; 2° Ève tentée par le serpent ; 3° Adam et Eve cachant leur nudité avec les feuilles du figuier, à l'apparition du Seigneur; 4° Adam bêchant et Ève filant. Au-dessous de cette série biblique, cinq scènes évaugéliques sont disposées, sans suite régulière : 1° l'Annonciation; 2° les anges apprenant aux bergers la Nativité du Sauveur; 3° Hérode recevant les trois Mages; 4° le Mariage de la Vierge d'après l'Évangile apocryphe : la Vierge se détourne des prétendants pour se diriger vers le vieillard Joseph, dont le bâton a miraculeusement fleuri ; 5° la Présentation au Temple.
Sur la paroi opposée était représenté un Jugement dernier, en face de la Création. La composition a presque entièrement disparu: il n'en reste que les silhouettes des trois patriarches (Abraham, Isaac et Jacob), qui tiennent dans leur sein les âmes des élus.
L'abside centrale est décorée de scènes évangéliques. disposées sur deux rangs. Deux des scènes qui se suivent sur la paroi de l'abside auraient dû s'intercaler dans la série des scènes évangéliques rangées sous les scènes de la Genèse : c'est la Visitation et la Nativité du Christ. Viennent ensuite deux scènes qui continuent la série interrompue après la visite des
Fig. 108. — Le cunisT entre la vierge et saint jean-baptiste. Fresque
SIGNÉE PAU NAÎTRE ARMAN1N0 DE MODENE (1237), DANS l'aUSIDE DE L ÉGLISE RUINÉE DE CARTIGNANO, PRÈS BUSSI (ABRUZZES).
ligures, absolument différentes des fresques peintes vers 1100 sur l'arc triomphal, ei toutes ponctuées de dessins géométriques, piqués en blanc sur les draperies, sont probablement l'œuvre de maitie Armanino.
1. Ces peintures, que Bindi attribuait, sur la foi dune mauvaise lecture de l'inscription, à l'année 1581 (Monumenti degli Abruzzi, p. 562), ont été décrites par moi pour la première fois dans la Rassetjna Abruzzese (III, 1899, n» 8).
L'ÉCOLE BENEDICTINE
Mages à Hérode: la Fuite en Egypte et le Massacre des Innocents. Cette dernière composition est développée sur les deux zones : le tableau supérieur réprésente Hérode (Régis Herodis), assis sur son trône et donnant un ordre à un garde qui tient un enfant par les jambes ; le tableau inférieur comprend deux groupes : en liant, une foule d'enfants devant une porte fermée; en bas, des femmes se lamentant. La zone la plus basse, sur laquelle se trouve déborder la représentation du Massacre des Innocents, est consacrée, dans l'ensemble, aux scènes de la Passion : le baiser de Judas, le Christ devant Pilate, la Mise au tombeau (fy. 109). Au-dessus de la double die des scènes évangéliques, une troisième zone est occupée
par les douze Apôtres; au milieu
d'eux, la Vierge est représentée en pendant avec l'Ange de l'Annonciation (SCS (i ABRIEL ). Les Apôtres lèvent la tête vers une Gloire qui apparaît dans l'abside:
c'est un Christ gigantesque, assis et bénissant avec le geste latin, dans une auréole soutenue par quatre anges. Sur la corniche saillante qui sépare le Christ de l'assemblée des Apôtres est peinte en noir une inscription qui fait connaître la date des peintures, avec le nom de l'ecclésiastique qui les a fait exécuter :