Cf. Ventuhi, la Uadonna, p. J
il a revêtu la chasuble d'un prêtre latin, et il officie devant un autel, sur lequel est posé un calice. Dans la scène de la Nativité, la Vierge-mère n'est pas couchée sur un matelas, mais dans un lit complet, avec son drap et sa couverture de couleur vive. Au lieu d'abandonner son Fils aux sages-femmes qui vont le laver, elle tient l'Enfant au bout de ses liras et le présente à une sainte femme inconnue. Tous les acteurs du « Mystère », sauf les Apôtres, sont vêtus de costumes que le peintre avait sous les yeux, llérode est un juge en bonnet, avec une pèlerine fourrée sur les épaules; les hommes d'armes portent le vêtement et le capuchon de mailles; la plupart d'entre eux ont revêtu une cotte armoriée. Les couleurs vives et plates, les attitudes familières, les gestes courts, les visages plébéiens, tout, dans ces figures bizarres, est en contraste ouvert avec les traditions grecques.
Les fresques de Ronzano diffèrent, par tous leurs caractères, des peintures apuliennes et campaniennes; elles ne ressemblent pas davantage aux fresques du xn" et du xine siècle, conservées à Rome, en Toscane ou en Ombrie. Si l'on veut trouver des termes de comparaison pour le cycle de fresques oublié dans l'enceinte des montagnes des Abruzzes, il faut regarder au-delà des Alpes. Alors les rapprochements se présentent en foule1. La Vierge de l'Annonciation, avec son court voile rayé, son ample manteau sur sa tunique étroite et sa haute couronne (leuronnée (fig. 109 bis), est une reine de France ou la patronne de la cathédrale de Chartres. Le menton, souligné sur le visage arrondi par un cercle nettement tracé, est un trait du type imberbe dans le dessin des verrières
du Nord. La Fuite en Egypte, avec le saint Joseph en tunique courte et $la. 109 bis. — u en bonnet de coton, qui tire l'âne par la bride, en portant sur son épaule "™G0* ï'*,^*"*" un paquet de hardes et un petit tonnelet, est, trait pour trait, la scène populaire qu'un peintre de fresques a représentée sur la voûte de l'église du Petit-Quevilly, en Normandie-, et que les peintres-verriers copieront pour les cathédrales de Chartres et de Lyon. Il n'est pas jusqu'à la disposition insolite des scènes évangéliques, rangées sous la <■ gloire >» de l'abside, qui ne soit reproduite, en plein centre de la France, sur l'une des parois de l'église de Vie (Indre-et-Loire)3.
Les fresques de Ronzano ont des caractères d'origine auxquels il est impossible de se méprendre. Sont-elles l'ouvrage d'un Français vagabond ou d'un Lombard qui aura connu la France? Il importe assez peu. Un fait est certain et vaut d'être retenu : il existe, au pied du Gran Sasso d'Italia, une suite de fresques de la fin du xne siècle, qui n'ont rien de byzantin, ni même d'italien, et qui appartiennent tout entières à l'art du Nord.
1 . Quelques détails, dans les fresques de llonzauo, restent uniques : par exemple les trois Apôtres qui, tout en gardant la draperie à l'antique, ont reçu la tonsure sacerdotale.
2. Gélis-Dilot et Lafilléb, la Peinture décorative en Fiance, pl. 10.
3. Tbid., pl. 6. Les seules représentations de la Nativité qui offrent quelque ressemblance avec la singulière composition de Ronzano se trouvent sur des verrières ou des miniatures françaises et germaniques, Cf. Rouault de Fleuiiy, la Sainte Vierge, I, pl. XXII (Ms. de la Bibl. nat. de Paris, lat. 12117); pl. XXV (Val. lat. 39).
FlG. 110.
Plan de la chapelle de San pellegrinu, a bominagu (abhuzzes).
La province d'Aquila possède encore deux cycles complets de fresques qui, postérieurs d'un siècle au cycle de Ronzano, ont avec ce dernier une lointaine parenté et restent, comme lui, en dehors des écoles de peinture constituées, pendant le moyen âge, dans l'Italie méridionale et centrale.
L'un des deux édifices qui renferment ces fresques est bâti en pleine montagne. La chapelle de San Pellegrino s'élève sur un rocher, près du village de Bominaco. à deux pas d'une haute église, qui fut celle du puissant monastère de Santa Maria. Cette chapelle, dont la fondation était attribuée à Charles le Chauve1, au temps duquel les Abruzzes faisaient partie du royaume germanique d'Italie, fut rebâtie par un abbé du monastère voisin, Teodino, en 1263. C'est une construction fort simple : une nef unique, précédée d'un petit porche et couverte d'une voûte en berceau brisé, soutenue par trois arcs doubleaux. Par suite de la pente de la colline, la porte du chevet s'ouvre plus haut
que l'entrée du porche et communiqueavec la nef par un escalier (V. le plan, fig. 110).
L'intérieur de l'église est complètement revêtu de peintures, jusqu'au sommet de la voûte en berceau.
Ces peintures sont de deux époques différentes; quelques ligures votives, peintes çà et là sur un enduit qui cache la fresque ancienne, appartiennent au xV siècle; tout le reste de la décoration remonte au temps de l'abbé Teodino. Celui-ci a fait graver deux fois son nom sur l'édifice : d'abord au-dessus de la porte du chevet, pour indiquer qu'il a fait rebâtir la chapelle2, puis sur le parapet de pierre calcaire élevé devant l'autel, pour indiquer qu'il a fait décorer l'intérieur du petit monument '.
La partie supérieure de la voûte est occupée par une suite de grandes ligures qui s'opposent, tète à tète, séparées par l'arête du berceau brisé. Entre ces figures et les personnages de tailles différentes qui couvrent les parois, une sorte de frise, composée de figurines fort petites, court à la partie inférieure de la voûte, au-dessus de la corniche soutenue par des modillons saillants.
Les sujets représentés dans cette modeste chapelle forment un cycle d'une ampleur extraordinaire, qui s'ouvre par une suite d'images des patriarches, des rois et des prophètes de l'Ancien Testament, drapés à l'antique, et tenant des phylactères où des versets
d. C'est Charles le Chauve qui est le Curoltts ira nommé dans l'inscription de 1263, antérieure de trois ans à rentrée de Charles d'Anjou dans les Abruzzes. En 1140, un prêtre de Castelnuovo, prés Roccaraso, invoque un decretum domim Caroli régis, qui fuit rex Francorum et Longobardorum (Faraglia, Codiee diptomatieo Sulmonese, p. 45).
2. Amo M. RIS : C. SEXDECIES TERNIS HEC A REGE CAROLO FVNDATA AH ABBATE TEODINO.
3. lUe DOMVS A REGE CARVLO FVIT EDIFICATA ADQ«« Per ABATEM TEODINVM STAT REXOVATA. - GVRREBANT ANNI DSI TVNC MILLE. CC. ET SEXAGINTA TRES. LECTOra DIÇITOTE...
Ces deux inscriptions ont été pour la première fois publiées exactement par M. P. Piccirilh (Rassegna Abbruzzese, 111, 1899, n° 7, p. 19). J'ai décrit les peintures de la chapelle dans la livraison suivante de la même revue.
bibliques sont encore lisibles. Sur toute la longueur d'une des travées de voûte limitées par les ares doubleaux, Moïse1, Job-, Jonas3 et Isaïe4 (E2) font face à Adam'1, Daniel0, Samuel7, Salomon8 et Hélie» (F2). Huit bustes de petits prophètes (H et G'), avec la figure en pied du prophète Ahdias10 (H) sont peints sur la paroi dans laquelle est percée la porte haute, et jusque sur le parapet de l'escalier qui conduit à cette porte. Enfin deux des prophètes représentés dans le groupe réuni au fond de la chapelle reparaissent au-
FiG. 111. — Scènes de l'évangile. FnEsc-rEs de 1263 dans la chapelle de san pellegrino, a bominaco.
dessus de la porte. C'est lsaïe et Zacharie : ils tiennent des phylactères dont les inscriptions se rapportent à des scènes de la Passion, figurées à côté d'eux sur la même paroi.
L'histoire évangélique commence sur la voûte, à la même hauteur que les grandes figures de prophètes, en partant de l'entrée de la chapelle. L'Annonciation et la Visitation, qui occupent la première travée (C2), sont suivies sur la seconde par la Nativité (D2). En
1 . Le phylactère tenu par le patriarche porte un verset qui ne se retrouve pas textuellement dans le Pentateuque : Audi Xsrahel mandata vite.
2. Sicut et lamente* fluetus super me tenui Deum (Job, 31, 33).