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CHAPITRE I

Opinion commune sur l'existence d'une architecture normande dans l'Italie méridionale.

I. Les monuments de la domination normande. La chapelle funéraire de Bohémond, prince d'Antioche, à Canosa (1 1 1 1) •

les inscriptions. - Architecture singulière du monument : turbeh musulman bati par un Apulien. - Les silhouettes gravées sur la porte de bronze : images de Bohémond, de son frère Boger et de leurs fils.

II. Constructions des princes et des évêques normands en Calabre et en Campanie. - Les cathédrales de Salerne et de

Capoue, pures basiliques latines.

III. La Sainte-Trinité, à Venosa; les deux églises. - Date de la plus ancienne. Tombeaux qu'elle contenait. Le mausolée d'AIbérada, première femme de Robert Guiscard. Vicissitudes de cette première église ; remaniements qui l'ont déligurée. Restes de la construction primitive ; marbre à dessins arabes ; chapiteau à monstres normands ou lombards. - La grande église inachevée; son plan français. - Les deux époques de la construction : le chœur à déambulatoire ; la nef. L'interruption des travaux expliquée par l'histoire du monastère. - La cathédrale d'Acerenza, autre église à déambulatoire : elle doit être considérée comme une imitation de l'église de Venosa. - La cathédrale d'Aversa ; chœur à déambulatoire avec voûtes d'ogives; cette église ne fait pas partie du même groupe que les deux églises de Venosa et d'Acerenza. - Le type du chœur à déambulatoire, avec chapelles rayonnantes reproduit dans l'abbatiale de Sant'Antimo, en Toscane. - L'église de Venosa, comme celle de Sant'Anlimo,' s'explique par l'inlluence artistique de l'école clunisienne. — L'architecture du chœur de la cathédrale d'Aversa peut s'expliquer par la même influence ; celte architecture n'est pas normande.

IV. La dernière fondation d'un prince normand en Apulic ; Tancrède, l'adversaire de Henri VI, et l'église San Nicola e Cataldo de Lecce. — Caractère composite de l'édilice : extérieur gréco-apulien, intérieur franco-bourguignon. — L'église de Lecce n'est pas normande ; comme la Sainte-Trinité de Venosa, elle est un exemple de l'archi lecture française importée en Italie par les Bénédictins de Cluny et de Citeaux.

V. L'unique église « normande » de l'Italie méridionale ; Saint-Nicolas de Bari. - Translation des reliques de saint

Nicolas et construction de l'église de Bari. - Les pèlerins normands en Apnlie et le culte du saint de Bari en Normandie. — Les trois façades de Saint-Etienne de Caen, de Saint-Nicolas de Hari et de Saint-Nicolas de Caen. — L'intérieur de Saint-Nicolas de Bari, comparé aux églises normandes : basilique à tribunes ; étroitesse de la nef; piliers cantonnés de colonnes, au milieu des colonnes monolithes de la nef. - Caractères normands et apuliens de l'église de Saint-Nicolas.

VI. Les Normands en Angleterre et en Italie. - La langue, le droit féodal. Le mol d'Aonneur appliqué au fief du Gargano. — Féodalité militaire. Nombre restreint des prélats normands. — L'occupation normande et la colonisation byzantine. — Les souverains normands de Païenne : leur cour; leurs vêtements d'apparat. - Le royaume de Sicile et l'Orient latin. — Exemples tardifs de monuments d'art français en Sicile. — L'art ofliciel de la dynastie de Hauleville : éléments latins, grecs et arabes. — Sous la domination normande, l'Italie méridionale n'a eu, en dehors de l'art monastique, qu'un art provincial et municipal.

Les deux grandes écoles monastiques qui avaient leur centre, l'une dans la Terre d'Otrante, l'autre dans la Terre de Labour, ont exercé, dans l'art de la peinture, un véritable monopole, qui s'est étendu, pour les Basiliens, à toute la région apulienne, et, pour les Bénédictins, à toute la région campanienne. Mais, dans l'histoire de l'architecture et de la sculpture, les monastères grecs ou latins de l'Italie méridionale n'ont joue qu'un rôle secondaire. En Calabre et en Terre d'Otrante, les Basiliens se sont contentés d'importer le type des .'-lises grecques à coupole ou d'accepter celui des basiliques siciliennes à sanctuaire

voûté En Campanie, l'architecture bénédictine n'a fait que reproduire, jusqu'au xm° siècle, le plan des premières basiliques romaines ou qu'adopter le plan carolingien des basiliques a piliers carrés. Pour la sculpture, les Basiliens Font ignorée, et les Bénédictins, quand ,1s n'ont pas cherché dans les ruines antiques des fragments à réemployer, ont, comme le sculpteur du portail de San Liberatore, traduit en marbre une enluminure de manuscrit.

On ne trouvera une architecture originale et une sculpture développée que dans les monuments dont les types se sont formés en dehors des monastères grecs ou italiens des provinces méridionales. Il existe encore en Apulie des cathédrales gigantesques, qui, dans les parties vitales de leur plan et de leur élévation, difïèrent également de la basilique romaine et de l'église orientale à coupole. Quelques édifices campaniens ou apuliens, qui ont ele vingt fois remaniés, ont conservé des portails anciens richement décorés de feuillages,

d'animaux et de figurines.

Si remarquables que soient les édifices bâtis au xu" siècle dans l'Italie méridionale, peu d'historiens les ont visités. Quelques-uns les ont simplement cités, d'après l'ouvrage de Schulz sans chercher à expliquer les caractères de l'art robuste qui leur apparaissait amoindri dans des plans à petite échelle et dans des gravures sans caractère. D'autres se sont estimés contents, après avoir emprunté à l'histoire politique un mot dont ils ont fait un nom de famille pour la plupart des édifices de l'Italie méridionale qu'Us attribuaient aux. et au xn« siècle. Les événements qui dominent l'histoire de l'Italie du Sud, pendant ces deux siècles, sont la fondation du duché normand d'Apulie et du royaume normand de Sicile. On parla donc, pour la commodité du discours, d'une architecture « normande ». d Italie Le mot créait une équivoque qu'il était facile de transformer en erreur. Des historiens et même des architectes crurent reconnaître dans . les lignes sévères » des monuments de l'Italie du Sud « comme la signature d'un architecte normand1 ».

Cette opinion, qui ne s'autorise pas d'une analyse critique et de rapprochements précis, est-elle d'accord avec le témoignage des monuments'.' 11 faut le demander aux édifiées d'Apulie, de Campanie et de Ca.abre, qui ont eu pour fondateurs des princes, des cbevaliers et des prélats normands.

Tc seul des monuments consacrés à la gloire de la famille de Hauteville qui, en dehors des grandes églises de Sicile, nous soit parvenu dans son intégrité, est la chapelle îunéraire de Bohémond, élevée dans la ville apulienne de Canosa ou ^ ^

prince d'Antioche*. Cette chapelle est adossée au mur méridional de la cathédrale. C est

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