‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 179 sur 433 · Rhalandon, Alexis Comuènc, p. 249, n · texte numérisé non relu

Rhalandon, Alexis Comuènc, p. 249, n

LES NORMANDS DANS L'ITALIE MÉRIDIONALE 313 un édicule de plan rectangulaire, surmonté d'un tambour octogonal qui porte une petite coupole hémisphérique. Le tambour s'appuie d'un côté sur le mur de l'église; de l'autre, il est porté par trois arcades qui retombent sur deux colonnes de granit oriental, surmontées de chapiteaux à feuillages aigus, sculptés pour l'édifice. Des trois arcades, deux sont épaulées par de petites voûtes en demi-berceau et la troisième par la voûte en cul-de-four

Fus. 121. — Chapelle funéraire de bohémoxd, prince d'antioche (f Hll),

ADOSSÉE A LA CATHÉDRALE DE CAXOSA (TERRE DE BARlï.

d'une minuscule abside, orientée dans la même direction que l'abside de la cathédrale. La construction est revêtue tout entière de marbre cipollin, provenant des ruines voisines de Cannes ; des dalles de cipollin font office de toiture au-dessus des voûtes et de la coupole '.

Une inscription grandiloquente, gravée sur les cinq faces visibles du tambour octogonal, célèbre le magnanime prince de Syrie, qui quatre fois a vaincu la Grèce, et qui a fait

1. Le toit pyramidal qui surmonte l'édifice, ot nui est revêtu en partie de marbre antique, ne remonte pas à la construction primitive. Dans lu première moi lit du xix" siècle, l'extrados de la coupole était visible : il présentait une courbe ovoïde. Voir lesdessins publiés par IIlillaiid-Bhéholles, Monuments des Normands et de la dynastie de Souabe, pl. X; — Schulz, Atlas, pl. IX. n° 3.

retentir son nom jusque dans la Parthie'. Une autre inscription, beaucoup plus longue, couvre presque entièrement l'un des vantaux de la porte de bronze. Sur le métal Un, qui a pris dans le cadre de marbre doré par le soleil, une merveilleuse patine verte, les rudes distiques du clerc inconnu semblent sonner le fer. L'épitaphe, martelée d'allitérations bizarres, débute par un jeu de mots formidable sur le nom de Boamundus, quem beat mundus; elle célèbre le demi-dieu dont la gloire a éclaté comme un tonnerre ; elle prie pour que l'athlète du Christ aille continuer au ciel son service de croise. Trois fois reparaît sur

le marbre et sur le bronze le nom

prestigieux de la Syrie1-'.

Comme les inscriptions, l'édifice tout entier emporte l'imagination du spectateur vers l'Orient. Le tombeau de Bohérnond n'est pas un sarcophage posé dans l'atrium ou dans la nef d'une église. Avec sa coupole sur plan carré, il représente, dans l'ordre des monuments funéraires, une variété inconnue, au xn' siècle, de l'Orient chrétien, et qu'avait imaginée l'Orient musulman. Ce mausolée de chevalier croisé, adossé à la cathédrale de Canosa, c'est, — François Lenormant l'avait bien vu, — un turbeh funéraire élevé devant une mosquée3. Un tel monument, bâti à une telle place et à une telle époque, ne peut avoir été conçu que par un Latin revenu des pays musulmans. Peut-être Bohérnond l'aura-t-il fait lui-même préparer de son vivant. Un détail de plan, d'ailleurs, a suffi pour donner un caractère

Fig. 122.

Chapiteau de la chapelle funéraire de bohémond, a canosa.

1. MaonajUMJB Siriejacet me sun termine romCEPS QBO NULLUS MEL1UR HASCBTLÏR IX ORBE DBlJfCBPS. Grecia \tcta qcater, pars maxima Partia mundi

Les deux derniers vers, écrits sur deux lignes superposées,

2. Unde boat mondes quanti fuerit Boamundus, Grecia testatur, Stria dinumerat.

Hanc expugnavit, ili.am photexit ab iioste; Hinc rident Giœci, Syria, damna tua.

QUOD GRECUS R1DET, QUOD SïIlUS LUGET, UTEBQUE

Juste, vera tibi sit, Boamunde, svlus.

ViniT opes recum Boamundus opvsque potentum Et mebuit diçï nomine jure SCO :

Inoenium ET VIRES SENSERE diu Buamlnpi.

t Hic acie in dena vicit virtutis aiiexa

I ACMINA MILLENA, QUOD ET UHBS SAP1T AnTIOCIIENA.

sont réunis sur une seule face du tambour de la coupole. Intonoit terris. Cui cum sucgumberet 011U1S, Non hominem pussum digère, KOLO DBUM.

Qui vivens stuuuit ut pro CaniSTO moreretur, PrOMBRGIT QUOD El HOIUENTI VITA DARÉTOR. HOC ERCO ClIBISTI CI.EMESTIA CONFERAT ISTI, MlLITET UT COELIS SUUS HIC ATIILETA FIDELIS. INTRANS CERNE FOIIES; VIDEAS QUID SCIUBITCR; ORES

Ut coelo detur Boamundus ibiqub li

ET MEIIUIT DICI NOMIHB JUHB .

Les deux inscriptions du mausolée de Bohérnond ont été copiées et publiées en fac-similé par Hcu.abd-Breuoei.f, (pl. IV) et par Schulz (I, p. 60-61 ; Atlas, pl. X).

3. Lenormant, la Grande-Grèce, I, p. 76; - Gazette de, Beaux-Arts, 2- pér., 2b« ann., t. XXVII, p, 3,8.

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