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chrétien au mausolée d'émir, bâti en Pouille pour le prince d'Antioclie : l'abside ajoutée sur l'une des faces du carré' a changé le turbeh en chapelle. Quant aux détails de la construction et de la décoration, les uns, comme les chapiteaux, sont des traductions directes de modèles byzantins (fig. 122); les autres, comme les voûtes en demi-berceau, que l'art byzantin n'emploie pas, sont des combinaisons locales.
L'architecte du tombeau de Bohémond était sans doute un Apulien ; à coup sûr il n'était ni Normand, ni Français. Le mausolée du lils de Robert Guiscard est moins un souvenir de la conquête normande qu'un monument de la croisade.
Sur l'un des battants de la porte sont gravées cinq figures, réparties en deux groupes : le groupe inférieur comprend trois personnages debout, uniformément vêtus d'une tunique longue, serrée par une ceinture, et d'un manteau traînant, agrafé sur la poitrine ou sur l'épaule droite. Deux d'entre eux se tiennent par la main. Audessus de ce groupe, deux hommes, vêtus de même, sont agenouillés, les mains levées, avec le geste oriental de la prière, vers une ligure en relief qui a disparu, et dont la place n'est plus marquée sur le champ de métal que par deux trous, dans lesquels étaient engagés les tenons de l'applique (fig. 153). Von Ouast a voulu voir, dans les trois personnages debout, les trois
Fig. 123.
Portes de bronze de la chapelle funéraire de bohémond,
A CANOSA. D'aI'RÈS l'OUVRAGE DE SCHULZ.
apôtres qui contemplent la Transfiguration, et, dans les deux ligures agenouillées, Moïse et Élie qui assistent le Christ1. Mais la disposition de la scène, ainsi entendue, serait précisément l'inverse de celle qu'on peut observer sur toutes les représentations byzantines de la Transfiguration5 : suivant l'iconographie commune, ce sont les Apôtres qui devraient être agenouillés ou prosternés, tandis que le patriarche et le prophète seraient debout. Aucune des cinq figurines gravées sur la porte de Canosa n'est drapée à l'antique, avec le chiton et Yhimation athéniens, que les personnages de la Bible et de l'Évangile portent invariablement sur les sarcophages romains et sur les mosaïques byzantines1. Les trois hommes debout, vêtus d'une tunique serrée par une ceinture, n'ont pas plus que les ligures agenouillées le nimbe des saints. Ces hommes sont des contemporains de l'artiste4. 11 faut revenir à l'opinion de Pratilli, l'érudit aux inventions suspectes, qui, en décrivant sommairement, vers 1715, les gravures de la porte de Canosa, croyait y reconnaître Bohémond et sa famille \
Les deux figures agenouillées devant l'image qui a disparu , et qui était sans doute un Christ de majesté, sont les lils de Robert Guiscard, qui, dans l'année 1111, quittèrent tous deux le monde des vivants : Bohémond, mort à Canosa, et le duc Roger, mort à Salerne. Les trois personnages debout sont les fils des deux chevaliers qui contemplent le Christ dans sa gloire : le fils de Bohémond, appelé Bohémond comme son père, et Guillaume, le fils de Roger, tous deux encore enfants, se tiennent par la main; à côté d'eux est Tancrède, le neveu de Bohémond, qui, de 1100 jusqu'en 1112, gouverna la principauté d'Antioche.
Sur l'un des vantaux a été gravé l'éloge du héros, que termine une prière. Sur l'autre l'artiste a traduit en une apothéose, à laquelle assiste la famille du héros, les mots de cette prière, que l'auteur de l'inscription dictait au passant : « Regarde les portes; lis ce qui est écrit; prie pour que Bohémond ait place au royaume du ciel. »
Le mausolée de Canosa est le seul monument de l'Italie méridionale qui ait conserve à la postérité quelques silhouettes des Normands de la génération héroïque. Rien, dans les
1. Scholz, I, p. (il, n. i. M. Venturi a pensé à une Ascension (Storia deWAHe ital., Il, p. 360). Il est sans exemple, dans les anciennes représentations de VAscension, qu'un ou deux des apôtres soient agenouillés.
■2. Par exemple, sur les lines gravures de la staurothèque d'Alha Fucense (Voir [dus haut la pl. VI).
3. Sur le caractère presque sacré que les premiers chrétiens attribuèrent au manteau des philosophes grecs (ipÀxtov ou pallium), en opposition avec la toge, vêtement traditionnel du citoyen romain, voir le traité de Tertullien, de Pallia, et l'étude de M*' Wilpkiit, Vu capitolo di storia del vestiario (l'Arte, I, 1 808, p. 112-113).
4. l.a tunique longue que portent, sous le manteau, les cinq personnages représentés sur la porte de Canosa, est ce vêtement à la mode orientale qui fut adopté en France vers 1100 et qui y fut peut-être introduit par les Normands d'Italie (QriciiKiiAT, Histoire du Costume en France, p. 147; Lenormaxt, la Grande-Grèce, III, p. 31 4-315).
5. Pratilli, De Via Appia, p. T>24. Les ligures de deux comLes de Sangro, Oderisius et Berardus, ont été gravées de même sur la grande porte de bronze de la cathédrale de Troja, qui est à peu près contemporaine de la porte de Canosa (voir plus bas).
églises et dans les tombeaux élevés par le père et par les oncles de Bohémond ne rappelle le turbeh du prince d'Antioche. Les autres constructions des comtes et des ducs normands, en Calabre, en Campanie ou en Aptilie, ont été, pour la plupart, remaniées et défigurées; quelques-unes. des plus importantes ont disparu de la surface du sol.
Un groupe de fondations normandes, contemporaines de Robert Guiscard et du grand comte Roger, se trouvait à l'extrémité de la Calabre, sur les deux versants de l'Aspromonte. Cette région a été bouleversée par le tremblement de terre de 17831. Des deux cathédrales de Nicastro et de Squillace il ne resta pas pierre sur pierre; de la grande église abbatiale de la Sainte-Trinité, élevée par le comte Roger, près île Milelo qui était sa résidence, il ne subsista que des fûts monolithes de colonnes antiques, gisant parmi les herbes. L'église de Santa Euïemia, fondée, dit-on, par Robert Guiscard, fut engloutie avec le village et ses
Fir,. 124. — Intérieur de la cathédrale de gerace (calabre}.
habitants. Dans la région de l'Aspromonte, une seule église du xir siècle, restée debout, reproduit sans doute le plan des édifices bâtis par le comte Roger. C'est la cathédrale de Gerace : une grande basilique à trois nefs, avec des colonnes antiques et des chapiteaux antiques i fig. 124) -.
Dans la région campanienne, le nom de Robert Guiscard se lit encore, à côté de celui de Jordan, prince normand de Capoue. au-dessus de la porte qui donne accès dans l'atrium de la cathédrale de Salerne, et au-dessus du portail de marbre de l'église. Les travaux furent commencés aussitôt après que le due d'Apulie eut pris la ville; en 1084, le pape Grégoire VII consacra l'église. L'atrium est entouré d'une colonnade où figurent de beaux