‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 181 sur 433 · F. Lenormant, la Grande-Grèce, III, p. 333 et suiv · texte numérisé non relu

F. Lenormant, la Grande-Grèce, III, p. 333 et suiv

2. ScauLZ, II, p. 333-354. La crypte a été remaniée à plusieurs reprises; le chevet, trèsélevé, avec trois absides, a été reconstruit au XIV* siècle.

fûts de granit oriental et de vert antique, apportés des ruines de la Pœstum romaine1. Tous les chapiteaux sont antiques ; les archivoltes des arcades sont assez fortement surhaussées. La façade de l'église a été réstaurée : l'inscription qui est gravée en grandes capitales au bas du fronton, et où les titres de roi, d'empereur et de triomphateur sont donnés au duc Robert Guiscard, n'appartenait pas à l'édifice du xi" siècle. L'intérieur de l'église a étéentièrement stuqué, et, à voir les piliers tout blancs rejoints les uns aux autres par de larges arcades, on peut croire que la construction ancienne n'a pas laissé de traces. Pourtant on remarquera, aux angles de chaque pilier, du côté de la nef principale, deux colonnes antiques, qui paraissent avoir gardé leur place primitive. En effet, on mesurant les entre-colonnements, on s'apercevra que l'architecte chargé de donner à l'édifice bâti par Robert Guiscard l'aspect d'une église baroque s'est contenté de supprimer une colonne sur trois ; entre deux colonnes il a établi un pilier, et, sur le vide laissé par la disparition de la colonne voisine, il a jeté vers le pilier suivant une large arcade2. En relevant parla pensée les colonnes absentes, entre les colonnes qui sont encore en place, on aura reconstitué la nef de la cathédrale fondée par le conquérant normand: une pure basilique latine.

Quelques années avant la prise de Salerne par Robert Guiscard, le Normand Hervé, élevé au siège archiépiscopal de Capoue en 1068, avait fait bâtir devant la cathédrale de la ville dont Jordan, comte normand d'Aversa, était devenu ^prince, un atrium pareil à celui qui devait être compris dans le plan de la cathédrale de Salerne. L'église agrandie par l'archevêque Hervé avait été bâtie au x" siècle par l'évêque Landolf, aussitôt après la fondalion de la nouvelle Capoue ; elle fut rebâtie, après 1120, par l'archevêque Othon, qui lui laissa le plan d'une basilique latine '. Les cathédrales des deux principautés normandes, qui l'une et l'autre furent décorées de mosaïques par des ouvriers de l'École du Mont-Cassin, ont exactement le plan de la grande église bâtie par l'abbé Dcsiderius et consacrée en 1071.

L'architecture du Nord apparaît enfin, aux portes île Venosa, dans les ruines de la plus célèbre fondation de Robert Guiscard, l'abbaye de la Sainte-Trinité. Le monument, isolé près de la ville que les chefs normands donnèrent presque en entier à l'abbaye, occupe une aire déserte et nue, sans cesse balayée par le vont qui souflle du mont Vulture. Sur une longueur de près de 150 mètres, deux églises se font suite : l'une, couverte d'une charpente moderne, est de construction mesquine et encombrée de cloisons parasites; l'autre, très grande, est restée inachevée; elle enclôt dans les murs de sa nef et de son abside un jardin d'oliviers et d'amandiers. Cette dernière église, magnifiquement

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