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ANCIENNE ET EGLISE INACHEVÉE DE VENOSA

l'édifice et d'y établir des chapelles. Morcelée par des cloisons parallèles à la nef et par des arcades de soutien perpendiculaires à l'axe, la vieille église devint méconnaissable. Il ne reste aujourd'hui entre ses murs que quatre fragments d'architecture et de décoration qui soient antérieurs au xive siècle. Deux de ces fragments sont de hautes colonnes antiques, en marbre blanc et cannelées ; l'une, engagée dans une des chapelles de droite, est montée sur une base massive ifig. 127), de même profil que les hases qui portent les colonnettes du tombeau d'Albérada; l'autre, debout à l'entrée de l'abside reconstruite, porte encore son chapiteau corinthien, dépouille d'un monument romain, et un tailloir qui a été décoré, au xi« siècle, d'une croix et de rinceaux grecs. A en juger par ces deux colonnes, l'église de Drogon était une basilique construite en matériaux antiques et fort semblable à la cathédrale de Gerace. Peut-être la fantaisiste richesse des ouvrages d'art musulman rapportés d'une razzia en Sicile avait-elle inspiré les décorateurs do la première église de Venosa. La porte bizarre que les chevaliers de Saint-Jean ont élevée, vers la fin

1. Ces tombeaux, détruits pendant la reconstruction qui suivit l'incendie de 1808, ne sont plus connus que par les dessins sommaires que le Hollandais Zuallarl a publiés en 1,186. Cf. Baron de Hodt, Godefroy de Bouillon et les Rois latins de Jérusalem, Paris et Tournai, 1859, pl. II. p. 240; descriptions anciennes, p. 369 et suiv. ; — Marquis de Vogde, les Eglises de Terre Sainte, 1860, p. 195. Il est difficile de décider, d'après les descriptions et les dessins connus, si le toit en dos d'une porté par quatre colonnes, qui marque la place de chacune des sépultures royales, était un dais ou le sarcophage lui-même.

du xm* siècle1, sous le porche de leglise remaniée par eux, a pour montants et pour architrave des fragments romains, et pour tympan une plaque de marbre mutilée, couverte d'arcatures en fera cheval, de lleurons lancéolés, de menus entrelacs et de polygones taillés à facettes : ce marbre, qui est de travail apulien, a l'air d'avoir été copié d'après un ouvrage d'ébénisterie sarrasine [fig. 128)-. Au milieu de ces fragments composites, le seul qui puisse être attribué à un artisan du Nord est un énorme chapiteau qui sert aujourd'hui de bénitier à l'entrée de l'église et qui, d'après son diamètre, a pu servir à coiffer une colonne identique à la colonne de l'abside : quatre lions, tailles par méplats, se suivent tout autour de ce chapiteau, alternant avec quatre tètes de lion, qui mordent des corps nus d'hommes et de femmes {fig. 129;. Le sculpteur de ce bloc de monstres.

.Normand ou peut-être Lombard, n'a eu sans doute aucune part à l'architecture de la basilique.

Tout est français, au contraire, dans la grande église, qui, au bout de l'église de Drogon, s'élève inachevée et intacte. La construction de cet édifice a été reprise par deux fois, avant d'être définitivement abandonnée.

A une première construction appartient le chœur, avec toute l'enveloppe murale du chevet et de la nef et les deux portes latérales. Le déambulatoire, vu du sanctuaire, semble être formé de quelques pans de l'amphithéâtre romain, que le maître de l'œuvre aurait transportés avec leurs archivoltes, sans retoucher la taille des claveaux ni le profil des moulures. Du côté du passage que le déambulatoire forme autour du chœur, des colonnes adossées aux piliers du sanctuaire et au mur du chevet portent les premières voussures des doubleaux et l'arrachement fies voûtes d'arête. Les bases de ces colonnettes sonl archaïques cl formées, pour la plupart, de deux ou trois tores superposés {fig. 127). Les tailloirs sonl urnes d'entrelacs, et les chapiteaux eux-mêmes sont décorés île feuillages

i. La croix lleurdclyséc dont l'archivolte en licrs-poi.it est timbrée date cette archivolte de l'époque angevine. i. I n excellent dessin de cette porte a déjà été donné par Schulz [Atlas, pl. L).

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