‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 188 sur 433 · LATÉRAL DK LA CATHEDRALE D AVERSA · texte numérisé non relu

LATÉRAL DK LA CATHEDRALE D AVERSA

doit être expliquée, comme celle des églises de type bourguignon que L'on rencontre dans le Languedoc et au-delà des Pyrénées, par le rayonnement lointain de l'art monastique dont le chef-d'œuvre gigantesque et le vivant foyer étaient à Cluny.

La Sainte-Trinité de Venosa, en même temps qu'une fondation normande, fut, comme Sant'Antimo, une abbaye bénédictine. La simple vue de l'édifice qui s'est conservé en pleine Toscane éclaire l'histoire du monument inachevé qui devait être l'orgueil du monastère bâti par le comte Drogon. Cette histoire, on pourrait l'écrire en quelques lignes, avec la certitude de rester très près de la vérité. Par deux fois, des architectes français

FlGt 1115. — Dkambclatouie de la cathédrale d'aversa.

se sont trouvés à Venosa. Comme l'architecte de Sant'Antimo, ces inconnus venaient des monastères bénédictins de France. Le premier d'entre eux, arrêté dans son œuvre par les malheurs qui désolèrent toute la région, dût laisser inachevé l'édifice dont il avait élevé jusqu'à l'amorce des voûtes le chœur et le transept. Son plan fut reproduit, non loin de là, dans la cathédrale d'Acerenza, à laquelle travaillèrent des ouvriers locaux. Les deux abbatiales du mont Ami ata et de Venosa sont en Italie des exemplaires authentiques de l'architecture clunisienne : elles forment un groupe monastique auquel se rattache la cathédrale d'Acerenza.

L'église de Venosa fut bâtie sur un plan français, non point parce qu'elle avait été fondée par des guerriers normands, mais parce qu'elle dépendait d'une abbaye qui compta parmi ses dignitaires des bénédictins venus de France. Pour expliquer les voûtes d'ogives et le déambulatoire de la cathédrale d'Aversa, suifira-t-il d'avoir constaté que la ville où le chœur de cette église fut élevé au xnc siècle, avait été peuplée par des

hommes d'armes qui avaient passé les Alpes au commencement du xiB siècle? Entre l'architecture clunisienne et l'architecte de la cathédrale d'Aversa, n'a-t-on pas un intermédiaire monastique : la grande abbaye bénédictine^ voisine de cette cathédrale? Sans doute l'église abbatiale de San Lorenzo d'Aversa n'a jamais eu elle-même un chœur à

français, présent dans l'abbaye, pouvait l'aire connaître

déambulatoire; mais un moine à A versa le plan des chœurs de Paray-le-Monial et de Sant'Antimo, que le constructeur de la grande église de Venosa lit connaître à Acerenza. Attribuer à l'influence artistique de l'ordre clunisien l'apparition d'un chœur à déambulatoire au bout d'une cathédrale élevée aux portes de Naples, c'est avancer une hypothèse; mais cette hypothèse est suggérée par l'histoire certaine des édifices de la môme famille, qui sont conservés en Toscane et en Basilicate, et par les caractères mômes de l'édifice en litige. A coup sûr, le chœur de la cathédrale d'Aversa n'a pas été bâti par un Normand : celle construction reproduit en Italie une disposition de plan qui était communedans lecentre, le midi et le sud-est de la France, et qui, avant le xm" siècle, ne lui adoptée que par exception dans la région normande '. Les branches d'ogives elles-mêmes, avec leur profil rustique, ressemblent bien plutôt aux ogives archaïques du clocher de Moissac ou de Saint-Victor de Marseille qu'à ces nervures normandes, bizarrement dentelées et godronnées, qui se sont conservées dans les plus vieilles cathédrales d'Angleterre -,

Fus. 136.

ABBATIALE DE SANï'aNTIMO AU MO.NT AMIATA (TOSCANE).

1. C. Enlabt, Manuel cParchèologiefrancaite, Architecture religieuse, 1 005 , p. 227, n. I.

2. V. les dessins qui accompagnent l'importante étude de M. J. Bilson, les Origines tic ^Architecture gothique ; premières croisées d'ogives m Angleterre. Cette étude, traduite pat- H. !.. de Crèvecœur, a paru dans la Revue de l'Art Chrétien en 1901 ;

L'église à déambulatoire de Venosa et le chœur à déambulatoire d'A versa ne sont pas des fondations normandes : élevées à côté d'églises bâties par des comtes normands, ces constructions de plan français sont postérieures d'un demi-siécle ou d'un siècle aux églises qu'elles devaient agrandir ou remplacer. Un seul des édifices <] ni ont été fondés en Italie par un prince normand a gardé son plan primitif et montre encore, dans le dessein général de sa construction, des caractères français. L'église dont il s'agit est loin d'appartenir à la même génération de monuments que les restes de la vieille église de Venosa, bâtie par Drogon, ou que la porte de la cathédrale d'A versa, sur laquelle est gravé le nom de Jordan : elle évoque le souvenir du dernier descendant de Tancrède de Hauteville qui ait porté la couronne du roi Roger.

Tancrède, fils naturel du fils de Roger 1", fut opposé par les barons normands au prince allemand qui était devenu, par son mariage avec la fille de Roger, l'héritier légitime du royaume de Sicile. Il mourut maître de Païenne, et son cadavre couronné fut déposé dans la cathédrale qui gardait le mausolée du fondateur de la dynastie1. Les restes de Tancrède furent jetés au vent par Henri VI, lorsque les Allemands entrèrent en Sicile et s'emparèrent de la capitale. Mais, tandis qu'aucun monument n'a conservé en Italie la mémoire du fils de Frédéric Rarberousse, le nom du prince normand, petit-fils de Roger, se lit encore sur le portail d'une église bâtie, près de Lecce, en l'honneur de saint Nicolas, patron de l'Apulie, et de saint Cataldus, évèque de Tarenle. L'édifice fut achevé en 1180, du vivant du roi Guillaume, qui avait donné à son cousin bâtard le comté de Lecce. Postérieur de quelques mois à la basilique de Monreale, il est sans doute le dernier monument de la dynastie normande dans le double royaume d'Apulie et de Sicile.

L'église San Nicola e Cataldo s'élève au milieu du jardin luxuriant qui est le cimetière de Lecce. Une haute façade du xvue siècle, appuyée à l'église de Tancrède comme un décor, donne au monument la silhouette fantasque des églises baroques qui ont été bâties à profusion dans la ville voisine. Mais au milieu de l'emphase espagnole des mascarons et des statues se détachent les lignes simples et les fins ornements du portail ancien. Une porte latérale, de même style que le portail de la façade, est encore à sa place primitive, abritée sous les voûtes d'un cloître pompeux : sur ces portes sont gravés les deux noms du comte Tancrède et du roi Guillaume5. En montant sur la terrasse qui surmonte le cloître, on verra toute la partie supérieure de l'ancienne église se dégager presque intacte, au-dessus des con-

M. le comte de Lasteyrie a discuté dans la même Reviie, en 1903, les dales proposées par le savant anglais; M. J. Bilson a répliqué à son tour. Ces trois études ont été réunies en une brochure publiée par la Revue île VArt Chrétien (Lille, 1902).

1. Sur la sépulture de Tancrède dans la cathédrale de Palerme, cf. F. Danieli, ïregali Sepolcri (Ici Uuomo di Paler/no ricotwsciuti c illustrait, Naples, 1 "84, p. 23.

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