OrdKRïc Vital, éd. Le Prévost (1840), II, p
2. I.e lableau bariolé de la cour du grand comte lioger à Mileto, que présente François Lenonnant {la Grande-Grèce, III. p. 310-314) est, comme l'a laissé entendre l'ingénieux érudit, une u'uvre d' « imagination ». Les couleurs de ce lableau sout empruntées aux descriptions authentiques de la cour de Païenne, donl la cour de Mileto est censée avoir donné une première ébauche,
de Sicile avait bien songé à imiter le roi de France, en se créant une cour de grands officiers ; pins tard, sous le règne de Guillaume le Bon, la connaissance de la langue française était nécessaire, selon le témoignage du chroniqueur Ugo Falcando, pour exercer les hautes charges de la cour de Sicile 1 ; sous le même roi, la poésie provençale fut peut-être connue et imitée à Païenne-. Mais dans l'appareil et dans les mœurs de la cour, rien, en vérité, n'était français. Sans rappeler les récils de ces voyageurs arabes du xn" siècle, qui, en venant d'Espagne, croyaient, uni' l'ois dans la capitale normande de la Sicile, se retrouver à Grenade ou à Cordoue, il suffit, pour comprendre la vie des souverains de Païenne, d'avoir vu les vêtements qu'ils révélaient aux jours de fêle. L'histoire de la Sicile sous les Normands tient dans cette vitrine delà « Schatz-Kammer » du Palais impérial de Vienne, où se trouvent rassemblés une aube, un manteau, des gants, des sandales et des chausses qui furent lissés et brodés dans le tira: du palais royal de Païenne pour Roger et pour Guillaume II. et qui ont passé, avec la succession du royaume de Sicile, à la maison de Hohenstaufcn et au Trésor du Saint-Empire. Le manteau de Roger est celui d'un émir, huit en soie rouge, avec deux énormes tigres adossés, terrassant deux chameaux : l'inscription en caractères neskhi. toute fleurie d'épithètes, ne contient pas un mol capable de choquer le musulman le plus rigide \fig. 141). L'aube du roi Guillaume, dalée de 1181, est bordée de deux inscriptions : dans l'inscription arabe, comme dans l'inscription latine, des mots chrétiens ont été introduits, et les femmes musulmanes ont brodé, en caractères neskhi, une invocation à Notre-Seigneur Aïsha le Messie3.
Les chevaliers français ou allemands, établis au pays d'outre-mer, parmi les musulmans de Syrie et de Palestine, portèrent de même, à l'occasion, la (unique de soie el la kouffieh des ennemis avec lesquels ils faisaient assaut de bravoure ou de courtoisie ; dans les cérémonies, le roi Foulques de Jérusalem se costumait, comme le roi Roger, en basileus de Constantinople1 ; les croisés, devenus en Orient propriétaires féodaux, pratiquaient à l'égard des infidèles et des juifs cette large toléranced'un Guillaume 1er et d'un Guillaume II de Sicile, à laquelle les écrivains arabes du xu" siècle ont rendu hommage. Roger ne faisait que continuer à Païenne la vie que son cousin Bohémond avait menée à Antioche. En prenant la eou-
I . Henri, comte do Montescaglioso, frère de la reine-mère et Espagnol de naissance, se refusa à briguer la charge de grand-chancelier, parce qu'il ignorait la langue française, nécessaire à la cour de Sicile. (Hugo Falcandls, Muratori, /(. /. S., t. VII, col. 322). Cf. Amari, Storia dei Musulmani di Sieilin, III, p. 215-216.
1. Un des plus anciens commentateurs de Dante, Jacopo délia Lana, écrit, en parlant de la cour de Guillaume le Bon : Quivi erano li buoni dicitori in rima d'ogni condizione >• (A. Bartoli, 1 iluc primi secoli délia Letteratura italiana ; Sloria lett. d'Ilalia, sous la direction de P. Villari, II, p. 39). Le passage de la préface des Lettres familières de Pétrarque, dans lequel Champollion-Figëac a cru lire que » les Normands portèrent en Italie, avec leur langue, la poésie française et l'usage de la rime ne mentionne aucunement les Normands, et se réfère, de la manière la [tins évidente, au volgare italien de la Sicile.
3. Cf. Bock, Kleinodien desHeiligen Hômisihcn Reùshs ; Vienne, 1861, in-f"; — En Sicile (public, de la Revue générale des Sciences, Paris, 1901); lîg. 15-48.
4. Voir les représentations du roi occupé aux œuvres de miséricorde, sur les plats d'ivoire du psautier qui a appartenu à la princesse Mélissende (Cahier et Martin, Nouveaux Mélanges d'Archéologie, II, pl. II ; Westwoo», A descriptive catalogue of llic futile ivorics in the South Kensington Muséum (p. 73-73), et le portrait d'Amauri, roi de Jérusalem, sur son sceau (Paoli, Codiee diplomatico dei Sacro Ordine Gerosolimitano, I, pl. III, n" -26).