LOFFRBDO, Sloria ili Barletta, I, p
certain Moscato donna 200 ducats vénitiens pour la construction de deux colonnes, en commémoration de la nouvelle de la prise d'Ascalon parles croisés, qu'un vaisseau venait d'apporter à Barletta1. La nef élevée vers 1150 aurait été une exacte reproduction de celle de Saint-Nicolas de Bari, si l'architecte n'avait adopté, pour couvrir les deux étages des bas-côtés, une disposition inverse de celle qu'offrait l'église de Bari : les voûtes d'arêtes au lieu de retomber sur les colonnes de la nef, se trouvent élevées au-dessus des tribunes et, pour établir le passage dans la galerie du premier étage, un plancher devait être posé sur une moulure saillante, ménagée à l'intérieur du bas-côté, sous les baies du triforium2 (fig. 1 49). L'édifice ainsi conçu ne fut pas achevé. L'inscription de 1153 fait allusion à deux colonnes. En effet, la colonne dont le chapiteau porte cette inscription se trouve adossée à un pilier tout semblable à celui qui, dans la nef de Saint-Nicolas de Bari, est intercalé au milieu de la file de colonnes; de 1 autre côté du pilier, une seconde colonne devait faire pendant à la première. Cette seconde colonne a été remplacée par une haute colonnetto appartenant à une construction nouvelle, d'où ont disparu les tribunes île l'étage supérieur, et où sont employés l'arc en tierspoint et la voûte d'ogives. La première construction dut être interrompue après l'érection du pilier dont Moscato avait fait les frais en. 11.").'!. L'événement qui arrêta les travaux lui, sans aucun doute, la crise terrible que la Pouille subit en 1156, quand Guillaume le Mauvais s'avança à travers la province rebelle en exterminateur et ruina Bari de fond en comble.
La façade de la collégiale de Barletta a conservé les lignes essentielles de son élévation :l. Le portail a été refait, au xvr siècle, en style classique ; mais les portes latérales de la façade, dont l'une est datée par l'inscription du comte Richard d'Andria, sont encore surmontées de leurs archivoltes sculptées, et les fenêtres géminées ont conservé leur remplage ancien de marbre ajouré (fig. 150)3. Cette façade ne diffère de celle de la basilique de Saint-Nicolas que par deux détails : à la collégiale de Barletta, les fenêtres sont moins nombreuses, parce que le vaisseau est plus étroit, et l'architecte n'a pas élevé de tours d'angle devant l'édifice. Ces détails mis à pari, la façade et les Irois premières travées de la collégiale de Barletta sont, en Pouille, la construction qui donne aujourd'hui l'image la plus exacte de la grande basilique de Bari, telle qu'elle était en 1105, à la mort de son fondateur, l'archevêque Hélie.
Pendant que le chapitre de Barletta faisait bâtir la collégiale qui devait rester inachevée, les archevêques de Trani poursuivaient la construction d'une cathédrale commencée
1. f A. MCLIII Meuse augusIo moimone vrima, çuawdo capta lut scaliona f muscatus dédit in his duabus columni ce ducale, oui as legit ohet PBO EO. (Schulz, I, p. 138 ; — Loffhedo, Storia di Haiiclta, I, p. 189-190.)
2. Cf. la coupe sommaire publiée par Schulz (ï, p. 137, fig. 37).
3. Un dessin de cette même fenêtre est donnée par Schulz (I, p. 137, fig. 36). Une petite rose et une fenêtre en tierspoml ont été ajoutés au commencement du xine siècle dans la partie supérieure de la muraille.
Fie. 150. — Fenêtre bilobee, a la façade de la collégiale de bablbtta.
peu d'aimées après la basilique de Saint-Nicolas, et qui devait avoir le même plan et la même hauteur que la gigantesque église de Bari.
La cathédrale de Trani, plus proche encore de la mer que l'église de Saint-Nicolas, domine de son énorme abside les eaux calmes du port, et les vagues du large viennent mourir à quelques pas de sa façade. Dès le ix* siècle, une église épiscopale s'élevait sur la table calcaire qui s'avance entre la ville et la mer. A la lin du xi" siècle, alors que la ville possédait un siège archiépiscopal, la cathédrale était encore une modeste basilique. Les
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Flti. loi. — ClIKVET DE LA CATHEDRALE DE TRAM, VU DU l'uni.
colonnes antiques de sa nef étaient marquées, pour la plupart, d'une croix grecque, comme devaient l'être les colonnes de Saint-Nicolas de Bari. Sous le sanctuaire s'ouvrait une crypte, creusée dans la roche même, à la façon des oratoires basiliens, et où étaient déposées les reliques de saint Leucius, évôque de Brindisi, qu'un habitant de Trani avait dérobées à la ville dont le saint était le patron. La cathédrale de Trani était dédiée à la Vierge, comme les plus anciennes cathédrales apuliennes.
L'importance de cette église fut subitement accrue, eu 1094, par un incident commun en ces temps de pieux voyages, et que l'archevêque de Trani sut exploiter. Le en mai de cetle année, dans un des jours où repassaient par la ville les pèlerins qui venaient de visiter le nouveau sanctuaire de Bari, un jeune homme, qui portait les cheveux longs des Grecs et la panetière des mendiants, et qui tenait à la main une longue croix, traversa les rues de Trani, en psalmodiant sans relâche d'une voix épuisée : .. Kyrie, eleison » ; [mis il alla tomber, brisé de fatigue, devant la cathédrale. Un s'empressa autour de lui. C'était un pâtre, nommé
Nicolas, né en Livadie, dans une ferme qui dépendait du grand monastère de Saint-Luc. Dès sou enfance, il n'avait cessé, disait-on, de répéter les deux mots de l'invocation qui devait rester toute sa science. La mère du petit berger, prenant son fils pour un éncrgumène, le remit aux mains des moines de saint Luc, qui en firent leur souffre-douleur. L'enfant finit par quitter le monastère pour vivre dans les solitudes, sa croix à la main, balbutiant toujours sa monotone prière. Un jour, à la suite d'un rêve, le désir lui vint de gagner la « Longobardie». 11 put se faire embarquer à Naupacte, où il rencontra un moine, nommé Barthélemi, qui s'attacha à lui. Tous deux ils débarquèrent à Otrante. De là, Nicolas le pèlerin gagna Lecce et Tarente. Les autorités ecclésiastiques étaient dures à ce vagabond. L'innocent recueillit de ville en ville des injures et des coups. 11 arrivait à Trani épuisé et sanglant. Pendant dix jours il parcourut la ville, suivi de tous les enfants qu'il attirait en leur donnant des fruits, cueillis aux vergers de la roule. Le 2 juin, il mourut.
Le simple d'esprit, venu du pays grec dans les villes de Douille pour répéter son « Kyrie eleison », devint à Trani et dans les alentours un saint populaire. Le pèlerin qui avait passé la mer fut considéré comme le protecteur naturel des marins qui faisaient le cabotage et des pèlerins qui suivaient le littoral, pour gagner Bari ou même, par Barletta ou Brindisi, la Terre Sainte. Nicolas guérissait un croisé français, de passage par l'Apulie ; il apparaissait, dans une tempête, aune nef qui revenait de Syrie. Des légendes merveilleuses se formèrent autour de son voyage maritime; l'aventure du pâtre de Livadie fut embellie par le souvenir confus des mythes héroïques. Le peuple raconta que Nicolas le pèlerin avait débarqué à Trani sur le dos brillant d'un dauphin : au-dessus de l'une des portes de la ville, non loin de la cathédrale, un mauvais peintre du xvn" siècle a représenté au milieu des flots cet Arion byzantin. De nos jours encore, chaque fois que les pèlerins qui marchent vers Bari s'arrêtent à la cathédrale de Trani, les enfants les entourent. Alors ces pauvres tirent de leurs poches des cailloux, qu'ils ont ramassés tout exprès sur la route et les distribuent à la ronde, répétant le geste de Nicolas le pèlerin, quand il donnait des fruits aux enfants.
Le culte officiel de l'Eglise s'attacha à la mémoire du jeune grec en même temps que la dévotion populaire. L'archevêque Bizantius, qui avait (ait comparaître devant lui le vagabond, ne le repoussa point, comme avait fait l'archevêque de Tarente. Quand Nicolas fut mort, l'archevêque de Trani fit transporter solennellement son corps dans la cathédrale. Quatre ans plus tard, en 1098, comme le pape Urbain II réunissait un concile à Rome, Bizantius s'y rendit pour vanter les miracles opérés par le tombeau du pèlerin; il revint à Trani avec une bulle de canonisation. Sans doute, l'archevêque, en se faisant avec tant d'empressement l'a vocal du nouveau bienheureux, était— il heureux de répandre, quelques années après la translation des reliques qui attiraient à Bari des foules de pèlerins, une dévotion capable de retenir les voyageurs dans sa propre cathédrale : à saint Nicolas de Bari Bizantius opposait un saint Nicolas de Trani.
La mémoire du nouveau saint fut célébrée dans des hymnes, dont l'une débute par un
singulier pastiche de la prose de \'Exultet\ La dalle de son tombeau fut comme la première pierre d'une cathédrale nouvelle. Quand la foule s'était pressée pour accompagner dans la
Kir,. Iy2. — Façade DE LA CATHÉDRALE DE TUANT, VUE Dr CHATEAU DE FRÉDÉRIC II.
vieille cathédrale la dépouille du pèlerin, déjà l'édifice s'était trouvé trop étroit. Bizantius, à peine revenu de Rome, commença une construction plus vaste '. La cathédrale primitive
t. Exultet cu'lum laudibus, Fulget terra virtutibus, Colit mater ecclesia Nicolai solemnia (AA. SS. Junii, I, p. 247).
2. La Fondation de la nouvelle église est reportée par M. Carabellese à l'année 1004. sur une interprétation abusive d'une inscription publiée pour la première fois correctement par M. Sarlo, et qui est le piédestal d'une statue du XVI' siècle, élevée à saint Nicolas le Pèlerin par un comte Spinelli de Naples (Cababellese, Dcllc Storia delCArte vn Vmjliii, p. 31; — Sarlo, 11 Duamo di Trani, 1897, p. 42)
fut conservée et entièrement couverte de voûtes d'arêtes, de manière que l'ancienne église de la Vierge formât une longue crypte sous la nef de la future église de Saint-Nicolas. Une seconde crypte, transversale à l'église primitive, fut creusée dans le calcaire, derrière la confession de la première église. Cette crypte dessinait d'avance le plan du transept et des absides de l'église supérieure; elle fut à son tour couverte de voûtes un peu plus hautes que celles de la nef souterraine, et qui reposaient sur vingt-huit colonnes de marbre de Paros. Les travaux commencés par Bizantius furent interrompus sans doute par les troubles qui accompagnèrent la révolte des villes apuliennes contre le roi Roger '. On dut attendre la pacification pour transférer les ossements de saint Nicolas le Pèlerin de l'ancienne église, où ils étaient restés, dans la nouvelle crypte. Celle translation fut opérée en 1143 par les soins d'un archevêque qui, comme le fondateur de l'église de Saint-Nicolas de Trani, portait le nom de Bizantius -, Jusqu'où s'élevait, à cette date, la construction de l'église supérieure? Il est impossible de le conjecturer. Les archives capitulaires oui conservé la mention de legs destinés à la construction de la cathédrale, en 1 131 , 1 138 et 1163. C'est, comme on le verra plus loin, vers 1170 que fut exécutée la magnifique porte de bronze destinée au portail central. Mais, après la mise en place de cette porte, le gros œuvre ne semble pas achevé: en 1222, l'archevêque Barlolommeo consacre encore à la construction de sa cathédrale le quart de toutes les dîmes qu'il perçoit3.
La cathédrale de Trani s'élève au bord de l'Adriatique, telle qu'elle était au milieu du xiii° siècle (/in. 151 |. L'extérieur de l'édifice n'a été empâté que du côté de la mer par des constructions parasites, sacristie, trésor ou logements. L'intérieur a gardé son aspect primitif, sous les stucs de couleur criarde, pour lesquels l'archevêque Gaetano a gaspillé, en 1837, la somme de 40.000 ducats4. Les colonnes et les chapiteaux ont été martelés avant de disparaître sous l'enduit rose vif; les baies du triforium ont été fermées. Mais il suffît d'oublier l'affreux bariolage et de rouvrir par la pensée les arcades des galeries pour reconnaître dans la cathédrale de Trani la nef de Saint-Nicolas de Bari. L'architecte a même disposé, en travers de la nef, à l'entrée du sanctuaire, Irois arcades qui forment iconostase. Les différences entre les deux édifices son! minimes : à Trani, on ne trouve point nu milieu de la file des colonnes un pilier rectangulaire; les supports des arcades de la nef, au lieu d'être des colonnes isolées, sont formés chacun de deux colonnes accouplées5.
La façade de la cathédrale de Trani porte écrite, en lignes très lisibles, la singulière histoire d'un édifice qui se trouve composé de deux églises, bâties l'une sur l'autre (fig. 152). Pour accéder au portail, il faut monter les degrés d'un escalier â double rampe,
1 . « Cura itaque tempus visum est opportunum, quo et motus Apuliœ fuisset sedatus... » (Actes de saint Nicolas le Pèlerin, rédigés au temps de l'archevêque Bizantius II, par le diacre Adelferius; A A. SS. Junii, I, p. 244).