Rasserjna Pugliesc, 1890, p
5. ScHBLZ, Atlas, pl. XVIII, 2 ; reproduit par Deiho et Bezold, Die Kirchl. Itaukunst des Abendlandcs, t. Il, pl. 67, n" 7 i pl. n» 5.
LES BASILIQUES DU XI' ET DU XII' SIÈCLE 365 sous lequel est ménagée l'entrée de l'église inférieure. Cet escalier aboutit à une sorte de terrasse, bordée d'un parapet, et qui était couverte d'un portique continu, démoli en 1719 par l'archevêque Davanzati1. Les bases des piliers, qui, de ce côté, portaient les voûtes d'arêtes, font encore saillie sur le parapet de la terrasse; contre la façade, la colonnade du portique est restée en place. La conception hardie de ce portique, qui séparait par une ligne d'ombre profonde les masses du soubassement et la haute façade, éclatante de
F[<;. 153. — Portique de la cathédrale de trani.
lumière, appartient à l'un des architectes qui ont dirigé les premiers travaux. Les chapiteaux des colonnes adossées au mur de la façade et les archivoltes encastrées dans ce mur sont décorés d'acanthe épineuse, découpée avec la même énergique sécheresse que le feuillage des grands chapiteaux qui furent sculptés pour la nef de Saint-Nicolas de Bari dans les premières années du xn« siècle2; au bas des chapiteaux du portique de Trani et des chapiteaux de la nef de Saint-Nicolas de Bari, les mêmes entrelacs nattés, jouant le rôle d'astragale, séparent la corbeille d'acanthe byzantine et le fût de marbre antique (fig. 153). La vieille colonnade se trouve interrompue par un portail dont les sculptures abondantes
1. 6. Hei.tram, Una inedita descriziont del Duomo di Trani; Trani, d90O.
2. Les chapiteaux du portique sont de même galbe et de même travail que ceux de la galerie du triforium, à l'intérieur de la cathédrale.
drale enrichit l'édifice qu'il construisait par des additions importantes, dont les unes semblent être des emprunts faits à d'autres églises de la région apulicnne, et dont les autres sont des nouveautés fécondes.
La coupole qui, au-dessus du sanctuaire de Saint-Nicolas de Bari, devait s'élever sur les quatre trompes préparées aux angles des arcades du transe])!, était restée à l'état de projet. Pour couvrir dans la cathédrale la croisée du transept, l'architecte, au lieu de monter une demi-sphère sur trompes ou sur pendentifs, établit une coupole octogonale '. Au-dessus de la toiture, le tambour octogonal de cette coupole, surmonté d'une calotte basse, fut richement décoré de colonnettes, d'arcatures et de frises ouvragées. De loin, cette construction gracieuse et bizarre semble annoncer une mosquée plutôt qu'une église (fig. 155j.
La façade de la cathédrale bâtie après 1156 est moins nue et moins sévère que les deux façades de Saint-Nicolas et de la cathédrale de Barletta, dont elle reproduit les lignes principales : le mur qui correspond à la nef est rayé de larges corniches el percé d'une grande rose, sur le cadre de laquelle font saillie des figures d'animaux en ronde-bosse.
L'architecte, en élevant les façades latérales, mit à profit, l'artifice de consolidation dont l'exemple avait été donné dans la construction de la cathédrale de Trani : il bâtit le long du mur de hautes arcades jouant le rôle de contreforts. Pour ménager une entrée monumentale dans la nef latérale du nord, à travers cette épaisse armature, il trouva un moyen élégant : il interrompit la suite des pieds-droits par un portique de trois travées, qui eut pour supports deux colonnes empruntées, avec leurs chapiteaux, à une église antérieure, et montées sur des plinthes carrées (fig. 156). Au-dessus du contrefort continu, formé par les puissantes arcades, le passage en terrasse qui restait libre le long de la paroi extérieure du triforium fut clos par une sorte de grille légère de pierre el de marbre, composée d'une longue file de colonnettes supportant des archivoltes étroites. Ainsi le triforium, largement ouvert sur l'intérieur de la nef par de triples baies, se trouva doublé, du côté de l'extérieur, d'une véritable galerie à claire-voie, qui, au-dessus des contreforts massifs, allégeait et égayait toute la façade latérale {fig. 155) -.
Chacun des bras du transept a lui-même une véritable façade, avec une rose à remplage de marbre ajouré" et de grandes fenêtres géminées, dont le cadre est richement orné de feuillages, de torsades, de perles enfilées, et qui sont accompagnés de statues d'animaux ailés et de griffons, sortant de la paroi (fig. 158). Enfin le chevet lui-même, au lieu de laisser apparaître la saillie de trois absides, s'élève devant elles comme une nouvelle façade, plus riche et plus monumentale que la façade antérieure. Deux tours de plan carré conti-
I. Sur la courbe elliptique de cette coupole et sur la technique de sa construction, voir plus loin, chap. m.
■2. L'Atlas de l'ouvrage de Schulz contient une vue de la façade septentrionale de la cathédrale de Bari (pl. 1 1, que M. Fantasia a reproduite (pl. VU). Dansces deux dessins, les ombres portée», beaucoup trop maigres, ne donnent aucune idée de la puissante saillie des contreforts, telle que l'indique le géométral ci-contre, éclairé à 4o°.
3. La rose du transept méridional a été refaite au xvn° siècle dans un style archaïsant et fleuri, où se mêlent l'imitation des motifs apuliens du xiie siècle et le goût baroque des architectes de Lecce.
nuent, sans interruption ni reprise, le mur du transept. Celle du sud a été abattue, le 29 novembre 1613, par un tremblement de terre. L'autre, qu'ila fallu épauler, a cinq étages, dont trois au-dessus du transept. A son sommet, un clocheton de plan carré forme un sixième étage. Une muraille aussi liante que le mur du transept s'élève entre les deux tours. Entre cette muraille et l'abside centrale sont ménagés des passages voûtés en berceau, auxquels on accède par les escaliers en pierre et en bois des deux tours. A ces passages correspondent deux étages de petites fenêtres, au milieu (lesquelles reste béante une arcade énorme, encadrée de bas-reliefs, de monstres en ronde-bosse et de colonnettes, et qui, magnifique et inutile à cette hauteur, a l'air d'un portail ouvert sur le vide1.
Cette façade d'abside, avec sa fenêtre de parade et ses tours immenses, est de l'effet le plus imposant. Le voyageur, pris entre le mur qui cache les absides de la cathédrale et les mai- l sons bâties tout auprès, a peine, en levant la tète, à mesurer du regard la hauteur de l'audacieuse construc- ^"5SS1§!^ tion. Rien ne ressemble, en Italie, hors de l'Apulie, au
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Fie, 155. — Façade uerioionale db la cathédrale de bari. Croquis restauré.
chevet monumental de la cathédrale de Bari. La conception d'une abside flanquée de tours parait assurément être d'origine germanique ; on pourrait être tenté, en reportant la construction aux dernières années du xn" siècle, de la rattacher à quelque influence du
1. Hdillard-Brbhollbs, Monuments des Normands et de la Maison de Souabe, pl. VU; reproduit par Schulz, [, p.25a Bg. 1. Voir plus loin la pl. XXII.
du grand prieur, rival de l'archevêque. On peut espérer que la publication prochaine des documents conservé dans les archives de Saint-Nicolas précisera les dates des travaux exécutés dans cette église pendant le xn" siècle. Dès maintenant il est très probable que la construction des contreforts et de la façade du chevet, qui peut-être fut accompagnée d'une restauration du transept, a donné lieu à la seconde cérémonie de consécration, célébrée dans l'église de Saint-Nicolas, en 1197, devant le grand prieur Ambrogio, par Conrad, évêque d'Hildesheim et chancelier du royaume1.
Le développement du type de la basilique à tribunes, sur le littoral de la Terre de Bari, semble donc parcourir, delà fin du xi" siècle à la fin duxir, une courbe qui s'ouvre à Saint- Nicolas de Bari et vient s'y refermer. L'œuvre qui a été réalisée pendant ce siècle par les architectes des basiliques apuliennes peut être mise en parallèle, pour la hardiesse et l'originalité, avec celle qu'ont laissée leurs contemporains, les architectes de la cathédrale de Pise etdes grandes églises lombardes. La rapide construction d'édifices aussi vastes et aussi élevés s'explique sans doute par les ressources que la richesse des ports mettait alors au service de l'orgueil municipal. Une inscription gravée dans la cathédrale deTrani, sur l'arc triomphal de l'abside, mentionnait des travaux exécutés avec le sou des humbles : gens pia Tranensis fecit erre minuto"1. Il faut ajouter que les maîtres d'oeuvre trouvaient, dans le sol même de la Terre de Bari, une vaste table de calcaire, où les bancs de pierre, étagés en lits d'épaisseur uniforme, offraient une inépuisable abondance de matériaux réguliers.
Les plus audacieux de ces édifices restent debout; mais aucun peut-être n'a été achevé jusqu'au dernier des détails prévus par le maître de l'œuvre; tous ont subi des additions qui ont altéré plus ou moins la construction du xir siècle.
Sur la façade de Saint-Nicolas de Bari, l'architecte avait laissé des pierres d'attente pour la constructien d'un porche; sur les piliers des arcades qui forment contreforts le long des façades latérales de la même église, l'amorce des arcs d'un portique est nettement détachée (fig. 157). Ces constructions inutiles, qui auraient allongé et élargi démesurément l'énorme édifice, sont restées à l'état de projet peut-être mal défini. Le seul portique achevé devant l'une des grandes basiliques apuliennes était celui de la cathédrale de Trani3 : il s'est trouvé un archevêque pour le faire démolir.
La cathédrale de Trani est aussi la seule église qui ait gtfrdé sans altération le système de contreforts à arcades dont elle semble avoir donné le modèle et qui fut appliqué à la construction de plusieurs monuments importants de la région.
Les arcades de ces contreforts servirent à abriter quelques-uns des tombeaux rangés
1. Des doutes ont été récemment soulevés, sans raison péremptoire, contre l'authenticité de L'inscription relative à cette dédicace, qui est encastrée dans la façade même de Saint-Nicolas (Schulz, I, p. 33). Cf. Nitto de Rossi, La Baùtica di San picola di Bari è palalina? Trani, 1808. Le fait même de la consécration célébrée en U96 ou H07 est attesté par la chronique de Halberstadt, qui s'arrête à l'année 1209 [Schulz, I, p. 34, n. 1 ).
2. Celte curieuse inscription fut recouverte lors de la restauration de 1837. (Sarlo, II Duomo di Trani, Appendice III, p. 29.)