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CHAPITRE III

I. — Rareté des églises à coupoles dans la région campanienne. — Trois petits monuments du xn° siècle : Sant'Agoslino

de Ravello ; San Costanzo de Capri et San Giuseppe de Gaète. — Différences entre ces édifices et les églises de Sicile. — En Campanie une influence orientale dilluse et superficielle n'a pu transformer l'architecture basilicale.

II. — Les coupoles apuliennes. — Canosa et sa cathédrale. — Exemple unique en Apulie d'une église à cinq coupoles.

III. — Églises à une coupole centrale. — Type grec : Sant'Andrea de Trani; variantes apuliennes : Santa Margherita de Bisceglie et San Pietro, près Halsignano. — Eglises à trois coupoles : San Francesco de Trani; église d'Ognissanti, près Valenzano. — La cathédrale de Molfetta, combinaison d'une net surmontée de trois coupoles avec une copie du chevet de la cathédrale de Bari. — San Benedetto de Brindisi : exemple unique d'une église apulienne dont les coupoles sont remplacées par des voûtes d'ogives.

IV. — Origine des églises à coupoles de l'Apulie. — La cathédrale de Canosa et l'église des Saints-Apôtres, à Constantinople. — Les églises à trois coupoles et les églises chypriotes du moyen âge : ressemblances superficielles. — Existence d'une architecture populaire à coupoles dans la région apulienne : trulli d'aujourd'hui et specchie préhistoriques. — Le sol pierreux de l'Apulie, condition première et commune de la longue persistance des trulli et du développement rapide des églises à coupoles; les chiancarelle (lamelles de pierre en Forme de tuiles sur les cascllee rustiques et sur les églises du moyen âge). — La construction populaire et primitive des coupoles billies en encorbellement adoptée par les architectes de la cathédrale de Molfetta et d'autres églises apuliennes. — Édifices conservés qui servent d'intermédiaire entre les trulli et les églises à coupoles : chapelles à Turri et à Bitonto ; église-truîZo de la Uasseria te Turri. — Église de Barsento, basilique à trois nefs, couverte de berceaux bâtis en encorbellement. — Edifices préhistoriques et églises du moyen âge en Apulie, en Ecosse et en Irlande. — L'architecture populaire peut seule expliquer l'architecture religieuse de la Terre de Bari.

\ . — De la possibilité d'expliquer par des observations de même ordre l'histoire d'autres groupes de monuments. Les coupoles apuliennes et les coupoles du Sud-Ouesl du la France. — Trulli du Ouercy. — Position du problème : difficultés et doutes. — Le fotk-lore des pierres.

Les églises à coupoles de l'Orient byzantin, qui furent copiées à Païenne et imitées en Ca labre et en Basilicale, n'ont pas reçu droit de cité dans les grandes villes de Campanie, pendant la domination normande. Les basiliques de Salerne et de Capoue ne semblent pas même avoir eu, comme la cathédrale de Pise, une coupole au-dessus de leur sanctuaire. Le tambour au décor pittoresque qui domine le transept de la cathédrale de Caserta-Vecchia, est, avec le transept tout entier, une addition faite à la construction primitive, un siècle au moins après son achèvement : les fenêtres de ce transept ont des archivoltes en fer à cheval, très différentes des archivoltes en plein cintre des fenêtres de la nef, et les voûtes qui surmontent les bras du transept sont soutenues par des croisées d'ogives.

Les rares églises de la Campanie et de la Terre de Labour qui aient, dès le xnc siècle, dressé des coupoles à côté des monotones toitures des basiliques, sont des édifices entièrement voûtés, et de petites dimensions : Sant'Agostino de Ravel Io, San Giuseppe de Gaète et San Costanzo de Gapri. Ce dernier édifice est, dans le petit groupe dont il fail partie, le seul qui ait servi de cathédrale ; encore s'agit-il d'une cathédrale dont l'évèque avait pour tout diocèse un rocher peuplé de pêcheurs et d'ermites. Des trois églises qui viennent d'être citées, l'une, celle de Ravcllo, a achevé, dans les dernières années du six" siècle, de tomber en ruine"; la petite cathédrale de Capri, secouée à plusieurs reprises par les tremblements de terre, n'a plus conservé de sa construction primitive que la coupole centrale, avec une faible partie de la voûte en berceau établie sur la nef. Seule, l'église San Giuseppe de Gaète - est presque intacte sous le crépi. Le vaisseau central, dont les arcades reposent sur des colonnes antiques, et le transept sont voûtés en berceau, sans doubleaux; les bas-côtés sont voûtés d'arêtes. La coupole s'élève au centre de l'édifice, comme dans les églises byzantines en forme de croix grecque ; le sanctuaire, terminé par une abside voûtée en cul-de-four, est égal en longueur à la nef; mais le transept est court, n'ayant que la largeur des bas-côtés ; ainsi l'église est, par son plan et par son élévation, un compromis entre la basilique latine et les églises grecques voûtées sur plan carré :1.

Les deux coupoles de San Giuseppe de Gaète et de San Costanzo de Capri sont si parfaitement identiques qu'on doit en attribuer la construction au même temps et à la même école. L'une et l'autre, de plan elliptique, sont montées sur des arcades en plein cintre, du côté de la nef, en tiers-point très surhaussé, du côté du transept; elles sont supportées par des trompes d'angle. A l'extérieur, la calotte sphérique qui recouvre le tambour cylindrique est nue et blanchie à la chaux. Ces deux dômes, dont l'un pointe au milieu des oliviers de Capri. et dont l'autre domine les maisons d'un quartier pauvre de Gaète, ont le même type oriental que les coupoles <• arabes » de San Giovanni degli Eremiti, à Palerme. Mais par le plan et par la technique de la construction, le type d'édifice dont San Giuseppe de Gaète est, en Campanie, le seul exemplaire complet, diffère profondément de toutes les constructions siciliennes.

La Sicile ne possède pas d'églises à plan basilical dont les nefs soient entièrement voûtées et dont le vaisseau soit surmonté d'une coupole sur trompes. La seule église panormitaine qui soit complètement recouverte de voûtes est la Martorana, c'est-à-dire une pure construction byzantine, élevée sur un plan en croix grecque. Par ses dispositions essentielles, l'église San Giuseppe de Gaète semble apparentée, non point aux monuments de Sicile, mais à une église bâtie dans une région de l'Italie méridionale qui n'était point en

1. Description dans Scaoxz, 11, p. 275; plan et élévation sommaire : Atlas, pl. LXXXHI, lig. 3-5. Sur l'église Santa Maria di Gradillo, à Ravello, voir plus loin, liv. V, ch. u.

2. Coupe dans le texte de Schulz, Il, p. 209, flg. 101 ; plan dans l'Atlas, pl. XLIII, lig. 4.

3. Voir le plan et le croquis de coupe dans le texte de Schulz, II, p. 139, flg. 90 et 91 ; reprod. par Dehio et Dezold, liic Kirchl. Baukunst des Abendtandes, 1, p. 233.

L'ARCHITECTURE A COUPOLES 377 communication suivie avec la Campanie; l'élévation de la petite église deGaëte est, comme Schulz l'a déjà remarqué, celle de l'église San Nicola et Cataldo de Lecce, moins les détails fraDçais qui donnent à ce dernier édifice un caractère si étrangement composite. Comme cette dernière église et comme la cathédrale Saint-Cyriaque d'Aucune, coupole sur une croix grecque isolée entre la Pouille et Venise, les petites églises à coupoles archaïques de Ravello, de Capri et de Gaète sont les produits sporadiques d'une influence orientale, diffuse et superficielle, qui n'a pu transformer en Campanie la vieille architecture traditionnelle et latine.

En Pouille l'architecture à coupoles est représentée dès la première année du xu' siècle par une cathédrale : ce système de construction se répand, durant, toul le siècle, d'un hout à l'autre de la Terre de Bari, et y prend des formes nouvelles et. durables.

Canosa, ruinée par les Sarrasins au milieu du ix" siècle, avail été alors abandonnée parsenévêque,Angelarius,qui avait, dit-on, transporté à lîari les reliques de saint Sabinus. J.a ville avait repris quelque prospérité au r siècle, en môme temps que les campagnes dont elle était entourée, depuis les hauteurs des Murgie jusqu'à l'Ofanto, retrouvaient leur richesse. Dès '.)(;:>,, une nouvelle Canosa se trouve bâtie en plaine, à côté de la vieille cité dont les ruines jonchaient la colline sur laquelle sont encore entassés les blocs indestructibles d'une citadelle pré-romaine. Les prélats qui, dans la seconde moitié du xr siècle, avaient pris le double titre d'archevêques de Bari et de Canosa, ne quittèrent point la ville maritime où Bizanlius avait élevé sa cathédrale; mais ils rendirent quelque lustre à l'église delà nouvelle Canosa. Celte église, dédiée à saint Sabinus, fut considérée par les archevêques de Bari comme une seconde cathédrale, en dehors de leur résidence : l'archevêque Urso (1071-1089), au temps duquel les reliques île saint Nicolas furent apportées à Bari, plaça dans la cathédrale de Canosa un siège fie marbre qui porte encore son nom. C'est probablemenl an temps de cet archevêqueque fui bâtie la cathédrale quele pape Pascal II vint consacrer en 1001. D'après une tradition, le comte Bohémond aurait contribué largement à la construction de l'église an liane duquel devait être érigé son mausolée1.

La cathédrale dè Canosa. qui fut consacrée tandis que l'église de Saint-Nicolas était en construction dans la métropole du diocèse, est un édilice aussi différent (pie possible de la grande basilique de Bari. Le plan comporte trois, nefs, un transept et une seule abside. Les nefs latérales sont voûtées en berceau : elles sont séparées de la nef centrale par un murmassif. percé' d'arcades basses; surla nef principaleet sur le transept s'élèvent cinq coupoles, qui ne sont pas montées sur tr pesou sur pendentifs distincts : les calottes sphériques reposent

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