Ibid., chap. vl, p
3 Ànththk Sunt-Paul, Bulletin Monumental, VI* série, t. X, 1895, p. 13-18.
4 M. Dehio, l'historien de l'architecture religieuse au moyeu âge, va jusqu'à douter que le plan de 1 église de Fer - «ueux avec ses cinq coupoles, ait été imité du plan de Saint-Marc. Il fait remarquer que 1 église actuelle de Sam -Front, élevée au bout d'une basilique ancienne, dont une partie n'a pas été démolie, peut être un monument inachevé L .architecte de l'église à coupoles avait pu prévoir une nef surmontée de deux ou de trois coupoles, dont une seule a été cens-
e Si la l,asi,iquePancienne avait été rasée et le nouvel édifice continué sur le terrain laissé „bre, Saint-Fron aura, été peut-être une église de plan latin, avec une nef plus longue que le sanctuaire et un transept saillant, un monument identique aux église de Solignac et de Souillac (Dehio et Bezou,, I, p. 3*3). la théorie ^ ingénieuse et vraisen, la bl du savant professeur montre, tout an moins, qu'il est possible d'opposer de nouvelles hypothèses a 1 hypothèse de Verneilh.
Français qui avaient déjà l'habitude d'élever des coupoles; elle aura représenté en France un essai isolé de plan byzantin; elle n'aura pas donné le premier exemple d'un système de construction nouveau.
Le prototype des coupoles de l'Aquitaine, qu'il n'est plus permis de chercher à Venise, pourra-t-il être trouvé en Orient? M. Enlart a suggéré que des pèlerins français pourraient avoir rapporté le souvenir des petites églises qui élèvent encore dans l'île de Chypre leurs coupoles de pierre'. Il faut distinguer deux séries dans ces églises chypriotes : les unes ont le plan grec à une ou à cinq coupoles, et n'offrent avec les églises à coupoles multiples de l'Apulie ou de l'Aquitaine qu'une ressemblance de couleur, due à l'emploi de matériaux analogues. D'autres églises chypriotes ont, comme les petites églises de Cognac ou de Brantôme, une nef allongée, surmontée de deux ou de trois coupoles. Mais ces églises de plan latin ne sont que des églises latines et « romanes », couvertes à la mode du pays grec : elles sont postérieures à la conquête franque qui rangea, en 1 189, l'île de Chypre parmi les États de l'Orient latin. La plupart des églises de France à coupoles et à plan latin se trouvent être plus anciennes que les premières églises du même type élevées dans une île grecque. Chypre n'est pas plus que Venise la patrie d'origine des coupoles françaises. D'ailleurs toute théorie qui essaiera d'expliquer l'existence de ces coupoles par la seule imitation de l'architecture orientale se heurtera inévitablement à une objection d'ordre topographique. Pourquoi les coupoles « romanes » réunies dans les provinces situées entre la Loire, le Plateau central et la Gironde se trouvent-elles si éloignées des ports qui étaient en relation constantes avec l'Orient? Pourquoi se sont-elles multipliées près de Bordeaux, et non près de Marseille? Pourquoi sont-elles plus voisines de l'Océan que de la Méditerranée?
Les deux archéologues qui ont repris, de nos jours, la question de Saint-Front, ont compris que. pour expliquer la présence des coupoles sur les nefs des églises d'Aquitaine, il était nécessaire d'invoquer d'autres causes qu'une influence indirecte de l'Orient. Les études de M. Brutails et de M. Spiers ont dégagé les différences de technique qui séparent les coupoles périgourdines des coupoles orientales; elles ont montré le caractère original et local d'une architecture comme celle des églises de Solignac et de Souillac; elles ont abouti l'une après l'autre à la même conclusion, à savoir que les coupoles du sud-ouest de la France sont « autochtones »-. Cette affirmation a besoin d'un commentaire.
Les coupoles élevées au xi" et au xiie siècle sur les nefs des églises de l'Aquitaine forment une famille qui garde ses caractères de race dans une espèce aux variétés nombreuses : l'espèce des voûtes qui, dans la partie de la France limitée au nord par la Loire, ont remplacé les charpentes sur le vaisseau des basiliques.
Le problème posé aux architectes qui devaient couvrir de voûtes la nef des églises a
1. L'Art gothique et la Renaissance en Chypre, p. XXI, en note ; - Une Colonie Française du moyen âge; le royaume de Chypre IMinena, l" année, 1002, p. 359).
2. Brutails, Bulletin monumental, VI« série, t. X, 1895; — R. P. Spiers, Bulletin monumental, VII» série, t. II, 1897.
reçu des solutions multiples : l'une de ces solutions a consisté dans l'emploi d'une file de coupoles. Chacune des travées de la cathédrale du Puy a été couverte d'une coupole sur trompes, dessinée à l'imitation de celles qui, dans d'autres églises, étaient élevées à la croisée du transept. La nef de l'église Saint-Ours de Loches est composée d'après un principe analogue. Les deux travées de cette nef sont surmontées de deux énormes pyramides creuses, pareilles aux pyramides qui coiffent les deux tours élevées aux deux extrémités de la bizarre église. La cathédrale du Puy et l'église de Loches sont des monuments uniques, sortis de la fantaisie d'un artiste inventif. Les églises à coupoles du Sud-Ouest, loin d'être des exceptions infécondes, forment un groupe dont les individus se sont multipliés pendant deux siècles, en conservant un air d'étroite parenté. Les coupoles qui surmontent ces églises n'imitent pas un lanternon de transept, ni un couronnement de clocher ; elles sont conçues et bâties pour l'usage qui leur a été donné, celui de couvrir une travée de nef. Comment comprendre que les édifices de ce genre aient pullulé, tandis que la cathédrale du Puy restait seule de son espèce? 11 faut supposer que la contrée de l'Aquitaine 011 s'est formé le premier groupe d'églises à coupoles offrait au développement de ces églises un terrain tout préparé, et aux tentatives d'un architecte novateur le soutien d'une tradition locale.
Le mot qui résume les analyses de M. Brutails peut être maintenant un trait de lumière. Dire que les coupoles de l'Aquitaine sont « autochtones », c'est dire que les architectes du xi1' siècle ont trouvé dans une région de la France l'habitude de construire des coupoles établie avant eux '. Sans doute aucune église à coupoles antérieure au siècle de l'évolution romane n'a été signalée dans les provinces où devaient s'élever l'église de Souillac et Saint-Front de Périgueux. Mais dans le Quercy, tout au moins, l'existence de coupoles indigènes pendant le moyen âge est attestée, exactement comme en Apulie, par la survivance de coupoles rustiques. Autour de Cahors, le plateau est semé de cabanes en pierres sèches, construites comme les plus simples caselle de la Terre de Bari, et qui achèvent de donner au Causse pierreux l'aspect des Murgie d' Apulie2.
Faudra-t-il établir un rapport entre les coupoles de ces cabanes et les énormes coupoles de la cathédrale de Cahors, achevées sans doute dès 1119? Faudra-t-il admettre que, dans une province française, l'architecture populaire ait préparé la voie à l'architecture religieuse? Faudra-t-il conclure de ce qui est certain désormais pour l'Apulie à ce qui est possible pour le plateau du Quercy? Avant de hasarder une réponse, il serait nécessaire d'avoir en mains une classification chronologique des églises à coupoles de l'Aquitaine, avec une analyse technique capable de mettre à part celles des coupoles dont les pendentifs et peut-être les calottes sont bâtis par assises parallèles, suivant le procédé primitif et
1. « C'est parce qu'on savait faire 'les coupoles dans le pays, écrit M. Brutails, qu'on y a fait une relise à cinq coupoles» (Bull, moniim., 189b, p. 1 32).
2. Congres archéologique de France, 1875, p. 528-531; — Cahtailiiac et Chantre, Matériaux pour servir à L'histoire primitive de Vhomme. Paris et Toulouse; 2e série, t. VIII, 1876, p. 3iil-3!i2.
L'ARCHITECTURE A COUPOLES 399 populaire '. Il faudrait encore déterminer le district où les plus anciennes coupoles ont été élevées. Il faudrait enfin que les campagnes du Sud-Ouest de la France eussent conservé, comme la Terre de Bari et la Terre d'Otrante, des chapelles rustiques qui servent d'intermédiaires entre les cabanes des paysans et les églises des villes. Peut-être ces éléments, dont chacun es! indispensable à la solution du problème, ne seront-ils jamais réunis, et les coupoles de l'Aquitaine, saluées par un historien allemand comme les plus imposantes de l'Occident, après la coupole de Saint-Pierre, garderont-elles le secret de leur origine. En tous cas, l'exemple irrécusable des églises à coupoles de l'Apulie aura montré aux chercheurs le parti que l'histoire de l'art peut tirer de la connaissance des architectures populaires et la nécessité de faire intervenir de loin en loin, dans la suite des monuments, les traditions sans date, dont l'étude formera le folk-lore des pierres.
i. M. Brutails a remarqué que les plus anciennes coupoles de la région, celles de Saint-Étienne de la Cité, à Périgueux, et de Saint-Martin de Mazerat, près Libourne, ont des pendentifs bâtis .< en encorbellement » (huit, monum., 1893, p. 128). Avant la restauration, les pendentifs de Saint-Front étaient, eux aussi, bâtis par assises horizontales (Snehs, Bull, monum., 1897, p. 211). L'étude technique n'a pas été faite pour la cathédrale de Caliors.