CHAPITRE IV
l décoration sculptée ne fait pas corps avec l'édifice dans les grandes églises de Gampanie et d'Apulie. Les plus
anciennes sculptures en marbre : elles se trouvent, non pas à l'extérieur des édifices, mais dans le sanctuaire ; rareté des figures humaines dans ces sculptures. L'Italie méridionale ne possède pas de bas-reliefs comparables à ceux de l'église Santa Maria del Valle, à Cividale, et du eiborium de Saint-Ambroise, à Milan. — Les sculptures a sujets religieux en métaux précieux : elles ont péri. Ouvrages de bronze et d'ivoire qui se sont conservés.
— Les portes de bronze fabriquées a Constantinople au xi" siècle et données à des églises d'Italie par une famille patricienne d'Amalfi. — Les Amalfitains à Constantinople et en Syrie. — Porte de la cathédrale d'Amalfi (vers 1065) ; croix en relief; figurines niellées et damasquinées. — Porte du Mont-Cassiu (1066); croix et inscriptions. — Portes de Saint-Paul hors les .Murs (1070) et de Monte Sant'Angelo (1076) ; décoration toute composée de gravures damasquinées. — Porte d'Atrani (1087), copie de celle d'Amalfi. Malheurs de la famille amallitaine qui avait donné cette série île portes de bronze. — Porte de la cathédrale de Salerue (1084), donnée par un patricien de la ville; type de la porte d'Amalfi; dimensions plus grandes. — Siméon et Staurakios, auteurs des portes d'Amalfi et de Saint-Paul hors les Murs. Travail byzantin et iconographie grecque. — Les portes de bronze envoyées de Constantinople à Amalfi, à Salerne et à Venise n'appartiennent pas à l'histoire de l'art italien.
— Imitations italiennes des portes de bronze byzantines : porte de la basilique de Saint-Martin, au Mont-Cassin. — Porte du mausolée de Bohémond à Canosa (vers 1111); la signature : Rogertus Melfie Campanarum. — Melli ou Amalfi? — Formes anciennes du nom d'Amalfi, dans les documents écrits et dans les inscriptions gravées sur les portes de bronze. — Par la technique de la fonte et le style de la décoration la porte de Canosa diffère de la porte d'Amalfi et des autres portes byzantines. Figures damasquinées et images saintes en relief. Rosaces décorées de caractères couliques et d'arabesques musulmanes. — Le caractère oriental de ce décor doit-il s'expliquer par un voyage que maître Hogerius aurait entrepris à la suite du prince d'Antioche, ou plus simplement par les rapports que la ville d'.Amalli entretenait avec l'Orient musulman? La réponse reste incertaine.
. — Les deux portes de bronze de la cathédrale de Troja. — Petite porte de 1127, signée parle fondeur ûderisius de Rénévent. Images gravées et damasquinées; attitudes bizarres et mouvements violents; monstrueuses tètes de lions.
— La grande porte de la façade, datée de 1110, doit être attribuée au même artiste. — Images de l'évèque Guillaume et de deux comtes de Sangro. — Différences profondes qui séparent les portes exécutées par Oderisius des portes byzantines et de la porte de Rogerius. — Ouvrages perdus qui portaient la signature d'Oderisius : portes de Saint- Barthélemi de Rénévent et de Saint-Jean de Capoue. — Cet artiste peut-il être rattaché à une école amallitaine ?
— Les portes de bronze dans la Terre de Bari. — Le fondeur Barisanus de Trani. — La porte de la basilique de Monreale, en Sicile. Images saintes représentées par des figurines en relief; deux épreuves d'une même ligure, intercalées dans la décoration de la porte, sont tirées d'un moule unique. — Identité des images qui composent la décoration de la porte de Monreale et de celles qui sont représentées -sur la porte de la cathédrale de Trani. — Porte datée de la cathédrale de Ravello (1179) ; cette porte a été fondue au moyen des moules qui avaient déjà servi pour la porte de Trani. — Suite chronologique des oeuvres de Barisanus. — La porte de Barisanus à Monreale, comparée à la porte exéculéc pour la même église par Bonannus de Pise. — Modèles qu'a copiés le fondeur de Trani : ivoires et orfèvreries. — La porte de Trani et celles de la cathédrale d'Augsbourg. — Le style de Barisanus : le fondeur de Trani a connu quelques formes de l'art antique par l'intermédiaire de l'art industriel de Byzance.
— La porte de la cathédrale de Bénévent. Décoration entièrement composée de reliefs. — L'histoire évangélique ; les évêques sutfragants de l'archevêque de Bénévent. — La liste de ces évêques ne donne pas une indication chronologique valable pour dater le monument. — Détails de costume dans les petits bas-reliefs de bronze : la mitre des évêques. La porte de Bénévent placée aux environs de l'an 1200. — La technique n'est plus celle de Barisanus. — Souvenirs de l'iconographie byzantine; détails qui rappellent l'art du Nord. — Bonannus de Pise. — La porte de San Zeno de Vérone; les portes fondues en Allemagne pour les pays slaves et pour l'Italie. — Par quels intermédiaires l'influence de l'art du Nord a-t-elle pu s'exercer sur le fondeur de la porte de Rénévent ? — L'auteur de cette porte n'est pas un disciple de l'école de Trani.
VI Les ivoires dans l'Italie méridionale. Le fldbeltum de Canosa. - Le devant d'antel de la cathédrale de Salerne : ' scènes bibliques et évangéliques. - Plaques rassemblées sans ordre dans la sacristie ; quelques-unes d.spersees dans les musées étrangers. - Reconstitution de la suite des scènes évangéliques. - Suite des scènes de la Genèse. Ces ivoires sont l'œuvre d'un artiste local ; les costumes indiquent la Bn du * siècle. - Modèles suivis par e sculpteur. Les ivoires de Salerne et les ivoires dits de Grado, au musée archéologique de Milan. - Le sculpteur de l'autel de Salerne a peut-être imité d'anciens ouvrages orientaux, antérieurs au x- siècle. - Ivoires des musées .de ltologne.de Londres, de Paris et de Berlin qui peuvent être attribués* l'école salern.ta.ne -- L autel de Salerne .este un monument unique par sa richesse iconographique ; il représente la période la plus féconde de 1 art campan.en.
Dans les anciennes églises ,1e Gampanie et d'Apulie, les plus importants des ornements sculptés ne font pas corps avec la pierre de l'édifice. Seuls, quelques animaux en rondebosse, qui sortent à mi-corps d'une façade, sont taillés dans le même calcaire que les assises de l'appareil ; quant aux encadrements ornés des portails et des fenêtres, ils sont faits de plaques de marbre et restent indépendants do la construction. Tel portail a été ajouté à une église bâtie depuis longtemps; lel autre a été respecté dans les remaniements successifs des murailles et survit, plus ou moins mutilé, à un édifice démoli. Aussi les documents relatifs à la construction d'une église ne s'appliquent-ils point d'ordinaire à son portail; inversement le millésime gravé sur l'architrave d'un portail ne date point nécessairement l'église. L'histoire de la sculpture doit suivre de loin l'histoire de l'architecture.
Les plaques de marbre destinées à être encastrées dans un mur, autour d'une baie, ne commencèrent à recevoir une décoration en relief que vers la fin du xf siècle. En Campanie, au temps du Duché Napolitain, et en Apulie, sous la domination lombarde et byzantine, tous les marbres sculptés pour les églises se trouvaient réunis à l'intérieur de l'édifice, ou ils formaient le mobilier du sanctuaire. Transennm, tabernacles, iconostases n'avaient pour décoration que des croix, des entrelacs, des rinceaux et des figurines d'oiseaux ou d'animaux. Toute ligure humaine était d'ordinaire exclue des marbres qui ornaient le sanctuaire. Si l'ange de Capoue, avec son visage aplati et sa draperie sommaire1, a fait partie d'un ambon ou d une transenna, il est une exception sans seconde dans tout le midi de l'Italie. Quant à la petite Vierge du turmarque Delterios, consacrée, au xi' siècle, dans une église de Trani, elle n'est, comme les images en bas-relief des saints et de la Mère de Dieu, fixées aux murs de Saint-Marc de Venise, qu'une icône de marbre, destinée a tenir dans une église la même place que les images d'ivoire portatives dans un oratoire privé.
Deux églises de l'Italie du Nord possèdent encore de grandes figures de stuc, en basrelief, représentant des saints ou le Christ en personne, et qui remontent probablement au vu.' ou au ix" siècle. Ces ligures décorent le mur élevé à la manière d'un iconostase devant le sanctuaire de l'église lombarde de Santa Maria del \ aile, à Cividale, et les quatre frontons du cibôrium de Saint-Ambroise, à Milan. Les grandes images saintes en relief de Cividale et de Milan, debout dans l'attitude solennelle des figures de mosaïque rangées