‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 209 sur 433 · V. plus haut, p · texte numérisé non relu

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au fond des absides des basiliques romaines, restent isolées au milieu de la foule des marbres grossièrement décorés d'entrelacs et d'animaux : il est possible que ces stucs, qui étaient peints et dorés, aient été des contrefaçons d'ouvrages en métal précieux1. En effet, dans la période où les marbriers n'ont pas sculpté d'images saintes, les orfèvres ont exécuté pour les papes des bas-reliefs et môme des statues en argent et en or, dont l'énumération est donnée par le Liber pontifie/dis de l'Eglise romaine.

L'Italie «lu Sud ne possède aucune image de stuc analogue aux saintes de Cividale et aux reliefs du ciborium de Milan. A Naples, comme à Rome, ce sont les métaux précieux qui. entre le vu" et le x" siècle, ont eu comme le privilège de représenter en bas-relief le Christ, les saints et les anges. L'école de sculpteurs que Desiderius forma au Mont- Cassin, à la lin du \r siècle, ne fut qu'une école d'orfèvres. Tandis que des marbriers décoraient pauvrement les portails de la grande basilique de Saint-Benoit avec des rinceaux et des entrelacs élémentaires, les artistes formés par les maîtres grecs fondaient et ciselaient, à l'imitation des icônes envoyées de Constantinople, toute une suite d'images saintes en bas-relief, dont la matière était l'or ou l'argent. Ces mêmes orfèvres exécutèrent île grandes croix destinées à être érigées dans le sanctuaire et qui étaient couvertes do reliefs, représentant des scènes sacrées. Peut-être ces croix avaient-elles quelque ressemblance avec la grande croix du Trésor du Entrait, dont les deux faces, décorées de figurines travaillées au repoussé, racontent l'histoire biblique et évangélique '-'.

Les orfèvreries monumentales du Mont-Cassin ont disparu, comme les sculptures d'argent et d'or contemporaines du Duché de Naples. Parmi les œuvres d'art conservées en Campanie et en Apulie, les seuls ouvrages de fondeur et de sculpteur qui représentent des sujets chrétiens, avant le xu" siècle, sont des portes de bronze ou des reliefs d'ivoire.

Les plus anciennes portes de bronze destinées aux églises de l'Italie méridionale ont été commandées au loin et n'appartiennent à l'Italie que par les donateurs qui ont fait graver leurs noms sur le métal. Ces noms, — Mauro et Pantaléon, — sont ceux que portaient, de père en lils, les chefs d'une opulente famille d'Amalfi, qui joua, au w' siècle, un rôle actif dans la politique du tempsn. Les hommes influents de cette famille furent mêlés à la

I. .lai exposé cette hypothèse, en indiquant les rapprochements qui la rendent vraisemblable, daDS un chapitre consacré aux origines de la sculpture chrétienne en llalie, qui fera partie du premier volume de {'Histoire de l'Art, publiée sous la direction de M. André Michel (Librairie A. Colin et C", sous presse).

■2. La croix du Latrao n'est pas antérieure à la seconde moitié du xnic siècle (Baubikr de Montault, Annales archéol., XV, p. 232 et 435; Rohault »e Fleury, le Latran nu Moyen Age, pl. XXXI).

:i. El. Strehlke le premier a reconstitué l'histoire des Pantaléon d'Amalfi, en se servant des inscriptions gravées sur les portes de bronze, en même temps que des chroniques. Le mémoire du savant allemand, qui avait paru en 1858 dans la Zeitschrift fiir Kirchliche Archseologie itnd Kunst, précédé d'une introduction de von Quasi, a été reproduit par ce dernier dans l'ouvrage de Schulz (II, p. 228-2ioj.

grande ligue que les princes et les villes de la Campanie essayèrent de tonner contre les Normands vainqueurs; puis ils détendirent leur ville contre Gisulf, prince de Salerne. et eurent à souffrir des violences sanguinaires de ce « nouveau Néron ». Tout on prenant parti dans les affaires de leur pays, ils ne perdaient pas de vue la Syrie et Constantinople, où leur famille avait de grands intérêts.

Au xi" siècle, les Amalfltains occupaient à Constantinople une scala, tout un quartier, groupé autour de trois églises latines1. La famille des Mauro et des Pantaléon possédait dans ce quartier une maison, où, en 1065, Gisulf, le prince de Salerne, qui traitait encordes Amalfltains en voisins utiles, l'ut hébergé, quand il se rendit à Constantinople, pour essayer d'entraîner l'empereur dans une coalition contre les Normands. Pantaléon reçut en personne le prince de Salerne dans sa maison de Constantinople; son petit-fils, qui s'appelait de même Pantaléon, habitait Constantinople plutôt qu'Amalfi.Il prenait le titre de consul, c'est-à-dire ce titre même à'hypatos que le basileus conférait au doge d'Amalti, comme aux magistrats suprêmes deNaples et de Gaëte. Le nom de Pantaléon manque sur la liste des doges d'Amalfi : il faut admettre que ce personnage reçut du basileus un titre honorifique très élevé, comme étant l'un des chefs de la colonie amajfitaine de Constantinople".

Les membres de cette puissante famille, se rendirent célèbres par leur pieuse munificence. Mauro avait fondé vers 1050 deux hôpitaux pour les marchands et les pèlerins qui se rendaient en Syrie : l'un à Antioche, l'autre à Jérusalem. C'est l'hôpital des Amalfltains, établi dans la ville sainte avant les croisades, qui devint l'origine de l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean. Pantaléon, fils aîné de ce Mauro, commanda à Constantinople des portes de bronze pour la cathédrale de sa ville natale. Son exemple fut imité par son lils et son petit-fils. Tandis qu'AmalIi envoyait de l'argent pour des fondations pieuses à des villes musulmanes de Syrie, Constantinople envoyait des ouvrages d'art à Amalfi et, par la voie d'Amalfi, à d'autres villes italiennes.

Sur les portes de bronze fondues à Constantinople pour la famille amalfitaine sont disposéesdes images et des inscriptions latines appropriées au donateur et à l'église. Les portes de la cathédrale d'Amalfi se composent do vingt-quatre plaques lixées sur deux battants de bois et encadrées dans des lamelles de bronze; six tètes de lions placées à la file se détachent en relief sur l'une des bandes horizontales et tiennent dans leur gueule l'anneau qui sert de marteau. Seize des compartiments de la porte étaient garnis chacun d'une croix de bronze, du pied de laquelle se détachaient deux rinceaux3. Ces croix, toutes fondues dans un même moule, étaient maintenues sur les plaques de métal par quatre clous de bronze, pareils à ceux qui fixent les bandes.

Le décor des quatre compartiments du milieu, qui est un véritable travail d'artiste,

1. Heyd, Histoire du Commerce du Levant, trad. Furcy-ISaynaud, Paris, 1880; I, p. 232 ; — le Colonie commerciuli deijli ltnliani in Oriente, I, p. G et 7.

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