Schulz, II, p. 116, flg
Alexandre II et du moine Hilclebrand. archidiacre de l'église, qui devint le glorieux pape Grégoire VII. Pantaléon s'est fait représenter lui-même, à genoux devant saint Paul, le patron de la basilique. Chacun des compartiments est décoré de ligures damasquinées; même les croix qui occupent encore quatre des compartiments ne sont pas des appliques de bronze : comme les personnages, elles sont figurées par une gravure garnie d'argent ou de nielle. Sur les compartiments qui ne sont point occupés par les inscriptions ou les croix, le graveur a déroulé une suite d'images de saints et de scènes chrétiennes qui suffiraient à la décoration peinte de toute une église d'Orient : prophètes, histoire évangélique, depuis la Nativité jusqu'à la Descente aux Limbes, images des apôtres, avec la scène de leur martyre ou de leur « dormition » dans le sein du Seigneur1.
Six ans plus tard, une autre porte de bronze, donnée parle même Pantaléon d'Amalfi, fut mise en place à l'entrée de la grotte miraculeuse du mont Gargano. Comme la porte de Saint-Paul hors les Murs, cette porteest, du haut en bas, couverte de gravures damasquinées; les croix même ont ici complètement disparu : sauf un compartiment réservé pour l'inscription dédicatoire, chacune des plaques met en scène un épisode de l'histoire des anges, dont le prologue, au delà des temps, est la lutte "victorieuse contre les anges rebelles, et dont le récit s'achève lorsque commence l'histoire du sanctuaire du Gargano, avec les trois apparitions de l'archange Michel à l'évèque de Siponto-. L'inscription qui nomme le donateur indique en propres ternies que la porte a été fondue dans la ville impériale de Constantinople; elle contient une curieuse recommandation adressée par Pantaléon d'Amalfi aux chanoines de l'église souterraine : celle de faire nettoyer chaque année les battants, selon le procédé dont le donateur avait sans doute rapporté le secret de Constantinople, alin de conserver le poli du bronze et l'éclat des filets d'argent3.
Les années pendant lesquelles Pantaléon s'était occupé de faire exécuter deux portos, qui restent des œuvres sans pareilles, avaient été tragiques pour sa famille et désastreuses pour sa ville. Gisulf, le terrible prince de Salerne, avait déclaré à Amalli une guerre à mort, dans l'espoir .le mettre la main sur des richesses accumulées par deux siècles de commerce avec les pays des trésors. Le Lombard avait armé des pirates qui gardaient l'entrée du golfe : le vaisseau qui portait les plaques damasquinées destinées à la basilique romaine dut déjouer leurs embûches pour entrer dans le port d'Amalfi. Un des frères de Pantaléon, le jeune Mauro, tomba aux mains de Gisulf, qui, après avoir essayé
1. S. d'Aswooobt, Histoire de l'Art par les Monuments; t. IV, pl. XIII-XX ; — Bayet, l'Art byzantin, p. 206, lig. 69.
2. S. Bohoia, Mcmoric di Benevento, Home, 1763, I, p. 177 [gravure très inexacte); - Hliu.ahd-Brkholi.es, Monument» des Normands, etc., pl. V; — Sciiulz, I, p. 243-260; Atlas, pl. XXXIX.
3. Celte inscription est gravée sur toule la largeur des deux battants, entre la 3" et la II" série île plaques, en partant du haut :
t Hoc opus completum est in regiam urbem Constantinopoli adjubante domino Panlaleone, qui cas [portas] péri jussit anno ah incarnatione Domini mUle&imo septuagesimo sexto.
f Rogo et adjuro redores suncti Angeli Michaelis, ut semel in anno detergere faciatis has portas, sicuti nos nunc ostendere feciinus, ut sint semper lucide et elare.
de le mettre à rançon, le fit mutiler membre par membre et enfin jeter à la mer. Cependant le fils de Pantaléon, nommé Pan laiton comme son père, se trouva encore assez riche pour offrir, en 1087, une porte de bronze à l'église de Saint-Sauveur d'Airain, petite ville qui était comme un faubourg d'Amalfl. Cette porte Eut une exacte reproduction de la porte donnée, vers 1065, par le bisaïeul de Pantaléon à la cathédrale de la ville voisine1. Entre les deux portes un seul détail marqua une différence : l'image de suint André fut remplacée sur la porte d'Atrani par celle de saint Sébastien, qui était l'un des protecteurs de l'église.
Au temps même où le fils du donateur des portes de Saint-Paul et de .Monte Saut' Angelo faisait la dépense d'une porte de bronze, la dernière qui dût être offerte par sa famille à une ville d'Italie, un noble de Salerne, dans l'évidente intention de rivaliser avec la magnificence des patriciens d'Amalfl, donna à la cathédrale de sa ville natale une porte de bronze, qui, comme les portes commandées par les chefs de la colonie amalfitaine de Constantinople, fut exécutée dans la ville impériale. La porte de Salerne, destinée à l'église achevée en 1084, est sans doute contemporaine, à peu d'années près, de la porte d'Atrani; comme cette dernière, elle est une reproduction de la première porte donnée par Pantaléon, celle de la cathédrale d'Amalfl. Les croix en relief sont identiques sur les deux portes -. Mais la porte de Salerne est beaucoup plus grande que celle d'Amalfl : elle est composée de cinquante-quatre compartiments, au lieu de vingt-quatre3. La décoration damasquinée occupe huit des plaques, au lieu de quatre. L un des compartiments est rempli par une inscription de six hexamètres, contenant la dédicace à l'évangéliste saint Mathieu, dont les reliques étaient le plus précieux trésor de l'église. Sur la plaque qui fait pendantà la plaque qui porte l'inscription est gravée une fontaine, où s'abreuvent deux griffons, et qui est surmontée d'un tabernacle, au-dessus duquel volent deux oiseaux: c'est un motif oriental des tramennse de marbre sculptées au x" siècle pour Naples et pour Sorrente. Au-dessous de ces deux plaques, six autres plaques ornées de gravures damasquinées occupent toute la largeur des deux battants. Les ligures représentées sous les arcatures ouvragées sont le Christ (IC XC), qui, comme dans les grottes basiliennes, lient un livre ouvert avec le verset : EPû HMI TO <I>OC TOT KO (u(isu) ; la Vierge (MP 9Ï), vue de face, et une série d'apôtres, désignés, non plus par des inscriptions grecques, mais par des inscriptions latines : saint Pierre, saint Paul, saint Simon et saint Mathieu. Des deux côtés du saint patron de l'Église, deux figures debout représentent les deux donateurs, Landulf Butromile et sa femme Cuisa. Tous deux portent le long costume de cour des patriciens de Byzance, avec des appliques carrées et des croix brodées. L'homme a sur la tête une sorte de chaperon qui retombe sur l'épaule, la femme un haut bonnet. Le noble Lombard qui, sous la domi-