SCBUU, II, p. 284, flg
nation de Robert Guiscard1, a fait ainsi dessiner sa silhouette à Byzance, prend, sur l'inscription qui accompagne son portrait, le titre de protosebastos, celui-là même que le basileus reconnaissait au doge de Venise '.
Parmi les portes de bronze envoyées de Constantinople en Italie parla voie d'Amalfi et de Salerne, il en est deux dont les auteurs sont connus. On lisait autrefois, sur l'une des croix de la porte d'Amalfi, qui de nos jours s'est détachée et a disparu, une inscription bilingue, avec le nom de Siméon, artifex hujus laboris3; sur la porte de Saint-Paul hors les Murs, une phrase gravée en cursive grecque est la signature du fondeur Staurakios4. Ces Grecs habitaient peut-être l'atelier impérial d'où sortirent les orfèvreries et les émaux destinés au Mont-Cassin. Lorsqu'ils eurent à remplir les programmes donnés par les patriciens d'Italie, ils suivirent, dans leur travail de graveurs, les formules iconographiques adoptées par les miniaturistes et les mosaïstes. Une l'ois, ces artistes se trouvèrent en présence de sujets pour lesquels le modèle n'était donné ni par les psautiers, ni par les ménologes. 11 s'agissait d'illustrer en détail une légende de saint Michel, rédigée sans doute par les chapelains de la grotte du Gargano. A côté de faits illustres, comme la victoire de l'archange sur les anges rebelles, et de personnages familiers à l'art oriental, comme Daniel et les trois enfants dans la fournaise, qui devaient être vêtus d'anaxyrides collantes et coiffés du bonnet persan, la légende envoyée d'Italie mettait en scène des épisodes d'intérêt local, avec lesquels l'art byzantin n'avait jamais eu à compter. Les graveurs de Constantinople satisfirent tout ensemble au sujet latin et à la tradition byzantine : ils représentèrent sainte Cécile, la vierge romaine, et son fiancé Valérien couronnés par un ange, avec l'attitude et le costume impérial que les sculpteurs d'ivoires prêtaient aux figurines du basileus et de la basilissa couronnés par le Christ '. Les trois apparitions de l'archange à 1 evéque de Siponto furent simplement calquées, trait pour trait, sur la gravure qui représentait l'apparition d'un ange à saint Joseph endormi. Ainsi, exception faile pour les inscriptions latines, les portes de bronze de la lin du xf siècle qui sont conservées en Italie ne se distinguent par aucun détail des portes qui durent être fondues à la même époque pour des villes d'Orient. Comme la porte envoyée de Constantinople à Saint-Marc de Venise11, les portes commandées dans la ville impériale par une famille d'Amalfi et par un patricien
1. C'est par erreur que M. Bayet a nommé Robert Guiscard, fondateur de la cathédrale de Salerne, parmi les donateurs de la porte de bronze {l'Art byzantin, p. 204). ,,.,,„ • , i -„
2. Scnou, pl. LXXXV, flg. 4 et 5 ; - Bayet, l'Art byzantm, p. 205, fig. 68. La femme de Landulf, elle aussi, est appelée Seb4sti (dEgautri, avec l'iotacisme).
3. SIMEON P. SYA APOXAAIOS. Artifex auras LAiîorus(CAMERA, Storia diAmalft,V éd.,1, p. 155; d après un manuscrit
de Dom Amentola).
5. Schulz,' Atlas, pl. I.XXXV, n« 2. Cf. le célèbre ivoire de Romain IV et Eudoxie, au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale de Paris (Mouhieh, les Ivoires, p.-97).
0 [UrbAni de Gheltof] La Basiliea di San Marco, p. 405 ; Ptentfes, t. V, pl. 191, A' ; Ch. Ekharb, l Art byzanUn ; I Venise- Paris 1902 in f", pl. II. Les gravures damasquinées qui ornent les quatre plaques inférieures de cette porte forment un décor d'oiseaux affrontés, de dragons et de lions, qui rappelle la fontaine et les animaux figurés sur deux plaques de la porte de Salerne.
rie Salerne doivent être rangées parmi les monuments de l'art byzantin. Étudiées en Italie, ces plaques de bronze damasquiné sont des documents remarquables de l'histoire d'Amalfi et de la colonie amalfltaine établie clans la ville impériale; mais elles n'intéressent l'histoire de l'art italien que par les imitations qu'elles ont suscitées.
Les portes de bronze exécutées à Constaolinople vers la fin du xi" siècle furent aussitôt imitées par des artistes locaux à Wuise et dans l'Italie méridionale. Un procurateur de la fabrique de Saint-Marc, Léo de Molino, qui est cité dans un acte de H 12, a fait graver son nom sur une porte, décorée de figures damasquinées comme la porte byzantine, et qui ne se dislingue de cette dernière que par un style plus lourd et par des inscriptions latines1. Une autre porte, simplement décorée de croix en relief, fut exécutée, dans le cours du xii* siècle, pour la basilique vénitienne. De même, la porte décorée de croix que Mauro d'Amalfi avait donnée à la grande basilique du Mont-Cassin fut copiée sur place par les artistes qu'avaient formés les maîtres grecs employés par l'abbé Desiderius -. Cette seconde porte, qui était destinée à la basilique de Saint-Martin, a disparu avec l'église qu'elle décorait.
Des ateliers de fondeur de bronze cl de damasquineur se formèrent dans l'Italie méridionale, en dehors de l'atelier monastique du Mont-Cassin. Sur la porte de bronze qui ferme l'étrange mausolée bâti à Canosa, après l'année 1111. pour recevoir la dépouille de Bohémond, prince d'Antioche, on lit, au-dessous des inscriptions pompeuses qui célèbrent le vainqueur de la Syrie, une signature d'artiste : Sancti Sabini Canusii Rogebius Melfie Campanarum fecit has januas et candelabrum.
Huillard-Bréholles transcrivit inexactement un mot de l'inscription, d'après la lecture fautive publiée au xvui" siècle par Tortora ; au lieu du mot Campanarum, gravé en toutes lettres, il donna l'abréviation : « Campan. » Du mol tronqué il lit le uom de la province de Campanie, et il admit, sans discussion, « qu'un artiste normand, du nom de Roger, avait fait celle porte et le chandelier du tombeau à Meifi de Campanie », c'est-à-dire « à Amalfi3 ».
Le » chandelier » don) il est question était, sans aucun doute, un candélabre do métal destiné à porter le cierge pascal dans la cathédrale voisine. Quant au nom de ville qui accompagne le nom de l'artiste, Schulz, qui a copié l'inscription lettre par lettre4 et l'a reproduite en fac-similé5, admet qu'il s'agit bien d'Amalfi.
1 . La Bttsilica tli San Marco, p. 401- et pl. XVI, à la suile du texte ; Planches, t. Il, pl. 79, n° 126.
2. Sur les seize plaques qui furent ajoutées à la porle donnée par Mauro, pour l'agrandir aux dimensions du portail de la nouvelle basilique, veir plus haut, p. 17", n. 3.
3. HriLL\iti)-llni':noLLEs, Monuments des normands, etc., p. 20.