‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 213 sur 433 · Atlas, pl. X. Voir plus haut, p. 313, fnj · texte numérisé non relu

Atlas, pl. X. Voir plus haut, p. 313, fnj

Tout récemment, deux critiques italiens ont observé, chacun de son côté, que le mot Campanarum ne peut désigner la Campanie : ce mot indique bien plutôt la profession de l'artiste, qui était fondeur de bronze. Rogerius Campanarum est « Roger des Cloches ». Quelle que soif la traduction exacte grammaticalement, le sens du mol n'est pas douteux : Campanarum ne vient pas de Campania, mais de campana.

La remarque était importante, et ceux qui l'uni faite en ont vu les conséquences possibles : l'inscription ne parle plus expressément d'une ville appelée Melfi « de Campanie »»; dès lors, pourquoi traduire Melfi par A mal fi ? N'est-il pas légitime de penser à la ville de Basilicate qui fuf la première capitale des Normands d'Italie, et qui porte encore le nom de Melli 1 ? « Partout », écrit M. Guarini, «dans Guillaume de Pouille, dans Goffredo Malaterra, dans Léon d'Ostie, dans la chronique de Bari, dans Lupus Protospata, dans Falco de Bénévent, dans Romoaldo de Salerne. dans l'abbé de Télèse, partout, dans les vies des saints, dans les documents privés, dans les actes des princes et des églises, Melfi est Melli de Basilicate". » Et, sans hésiter, il rend à la Basilicate l'honneur d'avoir produit, au xie siècle, l'artiste qui, sur la foi de Huillard-Bréholles et de Schulz, était cité comme un Amalfitain.

11 est vraiquedans les documents écrits, — chroniques ou contrats notariés, — c'est par exception que le nom de Melfi se trouve appliqué à la ville campanienne d'Amalfi. Mais il reste deux monuments, contre lesquels tous les parchemins d'archives ne peuvent prévaloir : ce sont les inscriptions de deux portes de bronze antérieures de peu d'années à la porte de Canosa, celles de Saint-Paul hors les murs et du Mont-Cassin. Sur l'une de ces portes est gravée cette prière, adressée à saint Paul au nom de Vhypatos Pantaléon d'Amalfi :

•;• PAULE BEATE, PRECES DOMINO NE FUNDERE CESSES CONSULE MALFIGEiNO PRO PANTALEONE ROGANDO...

Sur l'autre le donateur, Mauro d'Amalfi, est désigné en ces termes :

HOC STUDIIS MAURI MUNUS CONSISTIT OPUSCLI, GENTIS MELFIGENE RENITENT1S OBIGINIS ARCE...

Le témoignage concordant de deux monuments de l'art de bronze, opposé au témoignage de la plupart des documents écrits, donne une raison suffisante d'admettre que, vers la lin du xis siècle, la ville d'Amalfi avait deux noms : un nom d'usage courant, qu'elle a seul conservé jusqu'à nos jours, cl un nom plus rare, une sorte île nom sacré, peut-être un nom archaïque, devenu un nom épigraphique. Ce nom, Ma/fin ou Melfèa, est celui que le fondeur Rogerius a gravé sur le bronze de la porte de Canosa.

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