‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 215 sur 433 · Dessin détaillé dans VAtlas de Sciiilz, pl. XM · texte numérisé non relu

Dessin détaillé dans VAtlas de Sciiilz, pl. XM

3. Stanley-Lane 1'oni.E, The Art of the Saracens in Etjypt, Londres, 1886, p. 131 etsuiv.

',. Ce bassin provient du monastère délie Vergini (di Mai™, Délie Belle Arti in Sicilia, 18S8, II, p. 314 et pl. XII).

S Aus'm Werth, Kunstdenkmiiler in (1er Rheinlàndern (Atlas, 1866, in-f", pl. LV1).

6. Bêla Czobob, Die Historische DenkmiUer Ungam's; 1809, pl.X; - Molimer, Histoire des Arts appliqués à l'Industrie; IV, l'Orfèvrerie; p. 51, pl. I.

rosaces couvertes de caractères coufîques ou d'arabesques entrelacées, fait songer à deux précieux monuments de l'art du métal, exécutés au Caire pendant le xiv" siècle : la porte de la mosquée d'Olgay-el-Yousouf, sur laquelle est appliqué un grand disque ajouré, et une table de bronze, décorée de grandes rosaces damasquinées, qui est exposée au Musée du Caire, et qui provient du Mâristan ou mosquée-hôpital du sultan Kalaoun '.

La porte de mosquée, sanctifiée par des images de la Vierge et «lu Christ, qui fermait la chapelle funéraire de Bohémond, se trouvait à sa place dans le portail d'un édifice qui était un véritable turbeh musulman. Peut-être ceux qui firent élever au prince d'Antioche un monumenl analogue à ceux des califes et des marabouts auront-ils voulu que ta porte de bronze, sur laquelle des inscriptions hautaines parlaient de la Syrie, rappelât l'Orient jusque par les fantaisies de son décor; peut-être auront-ils donné pour modèle au fondeur des ouvrages de cuivre damasquiné que Bohémond avait rapportés en Pou i lie.

Il restera à expliquer comment maître Rogerius se sera trouvé capable de tracer des arabesques géométriques et d'exécuter les fines incrustations du keft avec l'habileté d'un ouvrier de Mossoul ou de Damas. Une telle virtuosité suppose toute une éducation d'artiste et toute une tradition d'atelier. Si l'on admet que le fondeur des portes de Canosa soit un Apulien de Melfi, on ne pourra croire qu'il ait appris en pleine Basilicate les procédés les plus délicats des arts orientaux. Il faudra supposer qu'avant de travailler à la décoration du mausolée de Bohémond, il ait suivi le Normand en Syrie ; dans celte hypothèse, la porte de bronze aux médaillons bordés de caractères coufîques serait un monument historique de même signification queces étranges monnaies frappées àAntiochepar Tancrède, pendant la captivité de son oncle Bohémond : au revers, la croix, avec l'inscription grecque : 1C XC NIKA ; au droit, le buste du prince franc, portanl la longue barbe à l'orientale, et coiffé du turban -.

Si l'on croit que le fondeur Rogerius soit originaire d'Amalfl, on pourra éviter l'hypothèse d'un voyage d'Orient accompli par l'artiste. Les ouvrages de cuivre fabriqués au Caire ou à Mossoul devaient être connus dans une ville qui, d'après le texte célèbre du chroniqueur Guillaume de Pouille, recevait, à la fin du xie siècle, les marchands.d' Alexandrie et d'Antioche, et qui connaissait non seulement les Arabes de Sicile, mais ceux des pays barbaresques et de la « Lybie ». Au lieu de citer, à propos de la porte de Canosa i't de ses arabesques musulmanes, les monnaies de Tancrède au turban, il est facile de rappeler les tarins frappés, au xii" siècle, par les villes d'Amalfl et de Salerne. et sur lesquels des caractères coufîques se mêlent aux lettres latines et aux symboles chrétiens3.

A côté des rosaces décorées à la mode sarrasine, les figurines damasquinées, qui, sur la porte de Canosa. représentent des princes normands, semblent imitées directement d'un

1. Prisse d'Avesnes, l'Art arabe; Atlas, Paris, 1872, in-f". t. IV, pl. CLXVH1 à OLXXII.

2. Schlumkeriier, Numismatiqac de l'Orient latin, p. 45 ; pl. II, n» 7 ; — les Principautés fl anques du Levant, p. [4-15.

3. Ahari, Storia dei Musulmani in Sirilia, t. II. p. 458. — I). Shnslu, prince de San Giorgio, Monete eufiehe battute da principi longobardi, normanni c srevi nel Reijno délie Due Sicilie; Naples, 18ii, in-4".

modèle envoyé de Constantinople, et tel que la porte de la cathédrale d'Amal(i. En vérité, la ville de l'Italie méridionale où a pu se former le pins facilement un artiste instruit à la fois des techniques byzantines et musulmanes est bien cette Melfia, dont le nom, gravé sur la porte du Mont-Cassin. reparaîl sur celle de Ganosa. Pour établir définitivement que le fondeur Rogerius est un Amalfitain, il faudrait seulement avoir découvert un second ouvrage de style musulman qui ait été authentiquement exécuté à Ainalfi. Cet ouvrage ne s'est point encore trouvé : la porte de Canosa reste une merveille unique en pays chrétien. Après Rogerius, aucun artiste italien du moyen âge ne fondra plus d'un jet tout un battant massif ; aucun n'imitera plus, dans le travail du bronze, les inventions de ces décorateurs orientaux, sous la main desquels les abstractions de l'écriture et de la géométrie semblaient prendre la vie charmante des liges et des fleurs.

Les deux portes de la cathédrale de Troja, qui sont postérieures de peu d'années à la porte de Canosa, se rapprochent beaucoup plus de la porte de la cathédrale d'Amalfi que de celle du tombeau de Bohémond. Chacun des battants est fait d'une planche épaisse, sur laquelle des plaques de bronze sont appliquées entre des bandes fixées sur le bois par des clous. Les deux portes «le la cathédrale de Troja ont été données par l'évèque Guillaume, qui acheva l'édifice. La grande porte de la façade est datée de 1119, la porte de la façade méridionale de 1127; sur cette dernière porte est gravée la signature du fondeur, Oderisius de Bénévent. La porte dont l'auteur est connu se divise en vingt-quatre compartiments. Les huit compartiments inférieurs sont couverts par une inscription en grandes capitales, dans laquelle s'est exprimé magnifiquement l'esprit d'indépendance qui agi tait les corn m unes apuliennes. Le donateur de la porte, l'évèque Guillaume, qualifié lui-même à l'antique de soutien de l'équité et de libérateur de la patrie (eqoitatis moderator, liberator patrie), rappelle les espérances que la ville de Troja, longtemps opprimée par les Normands, conçut à la mortdu duc Guillaume, petit-fils de Robert Guiscard '. Le premier compartiment de la rangée supérieure contenait une autre inscription du même évèque, que l'usure du métal a rendue illisible; le second compartiment porte l'effigie de Guillaume, désigné comme le neuvième évèque de Troja, depuis la fondation de la ville par le calapan Bojoannis; sur le troisième et le quatrième compartiment étaient gravées les images, aujourd'hui indistinctes, de saint Pierre et saint Paul. Les huit compartiments qui suivent contiennent les effigies des huit évêques de Troja, prédécesseurs de Guillaume H.

Ces images sont gravées et damasquinées; les visages et les mains étaient faits d'uni'

1 c Anno [quo Guiletmus du.r?} Salerni, obiit morte communi. Tune Trojanus populus pro libertutc tuenda arcm sub-

vertu et urbem vallo murisque munivit. » (Schulz, I, p. 194.) Les mots eflacés ont été sans doute martelés dès l'année 1128, où le comte Roger reprit la ville qui avait eu l'audace de célébrer sur la porte même de sa cathédrale la mort d'un des nouveaux maîtres de l'Italie méridionale.

plaque d'argent1, encastrée dans le bronze, suivant la technique byzantine, dont la porte de la cathédrale d'Amalfi avait donné' en Italie le premier modèle.

Les évêques tiennent Ions une crosse à volute; la plupart d'entre eux onl la tête nue, d'autres sont coiffés de la mitre à deux cornes que porte l'évèque Léon sur VExultet de Fondi, antérieur d'une dizaine d'années à la porte latérale de la cathédrale de Troja. Tous ces personnages, loin de garder l'immobilité solennelle des saints représentés sur les portes byzantines, prennent des attitudes contournées et s'animent de mouvements violents; leurs vêlements liturgiques semblent agités et gonflés '-'. Chacun des quatre compartiments interposés entre celle série de ligures gravées et la longue inscription de l'évèque Guillaume est occupé par un disque ajouré, sur lequel se détache, en fort relief, une hideuse tête de lion, tenant dans ses mâchoires, barrées de deux dents énormes, un anneau épais qui sert de marteau.

La porte de bronze encore en place dans le portail de la façade était plus haute que la porte de la façade latérale: elle comprenait sept séries de quatre plaques '. Deux séries oui été remplacées, auxvi" et au xvu" siècle, par des plaques neuves, dont quatre sont estampées aux armoiries des évèques Prospero Rebiba et Antonio di Sangro, et portent les dates de 1573 et de 1681. Quatre autres plaques, gravées au temps de l'évèque Rebiba par un artiste du nom de Donato Mascella, portent les images de saint Secundinus et de saint Elcutherius, tous deux évêques de l'antique .Eç«e, sur l'emplacement de laquelle s'éleva Troja, avec celles du confesseur saint Anastase et du pape saint Pontien, dont les reliques, apportées de Rome, étaient conservées dans la cathédrale. Ces quatre plaques reproduisent sans doute les sujets représentés sur les plaques anciennes dont elles ont pris la place. Au bas des deux battants, on lit sur quatre plaques une longue inscription, exactement disposée comme sur la porte de 11*7, cl qui fait connaître que la porte de la façade a été donnée par l'évèque Guillaume 11 huit ans avant l'autre porte, en 1119 '. Les quatre séries de quatre compartiments qui composent le reste de la porte ancienne sont décorées de la manière suivante : au milieu de la porte, deux croix d'un faillie relief et deux dragons ailés de haut relief, tenant dans leur gueule un lourd marteau de porte ; au-dessus et au-dessous de ces dragons, deux séries de quatre tètes de lion, faisant de même office de porte-marteaux; enfin, dans les quatre compartiments supérieurs, des ligures gravées et damasquinées. Ces ligures représentent le Christ, saint Pierre et saint Paul, l'évèque Guillaume, et deux hommes sans nimbe, en

1. Pour quelques-uns des personnages qui sont représentés chaussés, i-omme les évêques, les pieds sont flgurés, aussi bien que les mains, par une plaque d'argent découpée et sertie dans le bronze.

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