SiaiLxz, Atlas, pl. XXXIV, lig
3. Cette porte a été souvent reproduite : par la gravure, dans les ouvrages de Huru.Aao-BaiHOU.BS (pl. Vi t, de San lu [Atlas, pl. XXXVI-XXXVII), de Perkins [Album, pl. L, n» I ; dragon porte-marteau) ; d'après la photographie de Mosciuni. dans l'Art* Uni. décor, e irtdust. (IV, 1891, pl. LXII ; art. de M. Mel.ini) ; dans le Tour du Monde (nouvelle série, 5« année, 1899, p. 272), dans les ouvrages de Kotscbhahn (Meislerwcrke Saraceniscli-Xurmannkchcr Kimst, pl. 34) et de Vkntori [Storia dcll'Arlc italiana, II, p. 534-555, lig. 389 et 390).
4. La lin de l'inscription ancienne, qui occupait la quatrième plaque, a été recopiée sur une plaque neuve, au temps de l'évèque Rebiba. Il est curieux de remarquer que, dans l'inscription de la grande porte, qui fut exécutée au temps ou Troja était sous le. joug des Normands et sous la menace de la citadelle liàtie par Robert Guiscard, le même duc Guillaume
M illelmi, lloueru gloriosi dueis fil»), dont la mort sera saluée en 1 127 comme une délivrance, est nommé avec honneur.
manteau brodé, avec de longs souliers à la poulaine, qui sont désignés par les noms : ODERISIUS, BERARDUS. Parmi les divers personnages historiques avec qui l'on peut identifier ces deux ligures, il Eaut évidemment choisir les deux comtes de Sangro qui, l'un après l'autre, oui eu Troja dans leurs domaines, pendant le temps qu'a dure la construction de la cathédrale : Oderisius était le père et Berardus le fils1. Ce dernier est cité dans la chronique de Léon d'Oslie, à propos d'une donation qu'il lit en 10982.
La porte dalée de 1119, comme celle qui a élé fondue en 1157, est l'œuvre d'Oderisius de Bénévent. La grande inscription, de même longueur sur les deux portes, est gravée sur l'une et sur l'autre en caractères identiques. Les sujets représentés sont les mêmes, ou de même ordre. Saint Pierre et sa*int Paul reparaissent sur l'une et l'autredes deux portes, comme aussi l'évèque Guillaume; aux évèques de Troja. figurés sur l'une des portes, correspondaient sur l'autre les évèques martyrs de l'antique .Keae et les saints patrons de la cathédrale. Sur la porte de 1119, les corps sont allongés, les attitudes contournées, les draperies boursouflées, de même que sur la porte de 1157 ; au milieu de la crinière des tètes de lion s'avance le même museau de chien caniche. Il faut réunir les observations faites sur les deux portes de Troja pour juger de l'œuvre du fondeur bénéventin, en la comparant aux
ouvrages antérieurs, fabriqués soit à Constantinople, soit en Italie.
l'arinilesliguresgravées,lasévèrcimage(luChrist,trèuuu1tsurl'ar('.en-ciel,dai)sl'auréole
elliptique, est la seule qui ait les proportions des ligures gravées par les artisans de Constantinople, comme aussi elle est seule qui soit accompagnée d'un sigle grec : IC X G:
Le saint Pierre, dont la longue ligure se dresse à côte de l'évêque Guillaume, suffirait à prouver qu'Oderisius a imité des modèles qui ne venaient pas d'Orient : l'apôtre, au lieu de tenir le oolumen, comme il fait dans les fresques basiliennes, porte deux clefs suspendues à sa main gauche. D'ailleurs les draperies ondoyantes des figurines gravées et la bizarre inflexion de leurs corps n'ont pas plus d'analogues dans les miniatures bénédictines que dans les gravures byzantines sur bronze : elles sont d'un goût tout local et tout personnel.
Oderisius, de même (pu- maître Rogerius, a représenté sur ses portes des personnages contemporains ou morts depuis peu. Il se plaît, lui aussi, à développer les saillies du décor et il va jusqu'à appliquer sur le bronze des monstres en haut-relief. Mais il continue, comme les artistes byzantins, de représenter les ligures humaines au moyen de gravures damasquinées, réservant le relief pour le décor végétal et pour les figures d'animaux. Pas un détail, dans les deux portes de Troja, ne rappelle le prestigieux décor sarrasin de la porte de Canosa.
1 Soholz, I, p. 188. Le nom d'Oderisius fut porté de père eu fils par les comtes de Sangro. Vu membre de cette fam,Ue devint, en 11-23, abbé du Mont-Cassin; il prit, dans la suite des abbés, le nom d Odens.us II (Un » Osn,„ M. (,.
"" T**B VII p 764 et 771. Huillard-Bréholles a fait des deux noms réunis « Oderisius Berardus, le nom du fondeur de BérLn. ni "'exécuté .es portes de Troja des Normands, p. 36). Cette
plupart des historiens qui ont cité les portes de Troja, et récemment par M. Ventur. (Storm dell MU >««!, H, P- 5Ô2).
Il est donc malaisé de décider, d'après les œuvres conservées d'Oderisius, à quelle école cet artiste a été formé. Le fondeur des portes de Troja avait encore signé deux autres portes. L'une se trouvait à Bénévent même, où elle décorait l'église de San Bartolommeo, contiguë à la cathédrale. Sur cette porte était gravée la signature : Opus Oderisi, et la date de 1150 *. C'était non point sa première, mais sa dernière œuvre que le fondeur bénéventin exécutait dans sa ville natale. La décoration de la porte de San Bartolommeo est inconnue ; les morceaux de cette porte furent fondus en 1693, et le bronze fut employé à ivparer quelques plaques de la porte de la cathédrale2, qui, toute couverte de reliefs, n'a aucune analogie de technique ou de style avec les ouvrages authentiques d'Oderisius.
Après avoir achevé la première porte de Troja et avant de commencer la seconde, le maître de Bénévent avait exécuté en 1122 une porte destinée à l'église bénédictine Saint-Jean de Capoue. Un dessin du xvu" siècle", autrefois possédé par M8' Galante, à Xaples, donnait l'image de cette porte, avec les inscriptions''. Elle était presque identique à la grande porte de Troja : les mêmes tètes de lions et les mêmes dragons faisaient saillie sur le bronze; de plus, quatre des compartiments étaient ornés de griffons en haut-relief. Les figurines gravées étaient le Christ, saint Pierre et saint Paul, saint Jean-Baptiste et saiul Jean l'Évàngéliste5. Peut-être les donatrices de la porte, l'abbesse Gemma et sa fille Ecaterina, qui étaient nommées dans les inscriptions, se trouvaient-elles représentées par des gravures, comme les deux comtes de Sangro sur la grande porte de Troja.
Le portail en marbre de l'église bénédictine de Capoue a été encastré dans une paroi de la cathédrale voisine; les vantaux de bronze ont disparu. Il est intéressant de savoir qu'un fondeur de Bénévent a travaillé pour les bénédictins de Campanie : mais ce fait ne donne aucune raison de supposer qu'Oderisius ait dû son éducation technique à l'école du Mont-Cassin. L'arf du damasquinage ne semble pas avoir été pratiqué par les moines de Desiderius ; les inscriptions qui furent gravées au Mont-Cassin sur les plaques ajoutées à la porte qui avait été envoyée de Constantinople ne sont point garnies de filets d'argent. Aucune des plaques qui composent cette porte n'est décorée de figurines.
Les œuvres perdues du fondeur de Bénévent ne permettent pas plus que ses œuvres conservées de le rattacher à une école déterminée. Il reste possible qu'Oderisius et Rogerius aient appris dans un même milieu artistique les secrets d'atelier qu'ils ont employés à des
1. L'inscription .le celle porte est copiée dans les actes d'une visite pastorale de J 687 : Gismundus de Palata u ni
UXORE ET FILMS fÔPUS OOERISI f SE DON1S POPULI CURA STUDIOQOE PaGANI. HaS SACRA PBAEC1PUAS BEC JUBET A ULA FORES. ANNO DOBINICE INCARNATIONS MCL IIEC PORTA BRECTA EST APOSTOLO BARTHOLOMEO DE FIDELIUU OBLATIOMPl s ME.XSE AUGUSTO
(Mkomartini, / Monumenti tli Itenevaito, p. 438).
.t. Barbier de Montai lt, Revue de l'Art chrétien, nouvelle série, I, 1883, p. 42.
3. Reproduit librement dans une chromolithographie de F. Auloriello, publiée par Salazaro, II. [il. XIII. Ce dessin, qui faisait partie, d'après M" Galante, d'un recueil de l'érudit Paesano, ne s'est pas retrouvé dans les papiers laissés par Salazaro, qui en avait eu communication.
4. [N NOHINE DOHINI H. I. C. ANNO AB INCARNATIONS EJUS MCXXII. InD. XV. EGO UsMHA ABBATIS8A PEGI HOC OPUS. SlAGISTER OdIRISIDS PECIT BAS PORTAS. SOM FATEOR IOHANN'ES LaTERNAM'S SACERDOS. C.EMMA ABBATISSA HKNOVATRIX UUJUS MONASTER II. BOATBRINA FILIA KJLS (SALAZARO, I, p. 55).
5. Les deux saints Jean étaient représentés de même dans la mosaïque qui décorait le tympan du portail. Voir plus haut, p. 101.
4|s L'ART PROVINCIAL ET MUNICIPAL
ouvrages très diflérents par le style. Si vraiment l'un d'entre eux est un Amallilain, rien n'empêche de croire que l'autre ait travaillé à Amalfi.
Us
L'art pratiqué à Canosapar maître Rogerius et à Troja par Oderisius de Bénévent Eut introduit dans les grandes villes du littoral apulien. Deux disques de bronze ajourés, seuls restes d'une porte de bronze du xu« siècle, sont fixés sur la porte de bois qui clôt l'entrée principale de Saint-Nicolas de Bari; ces disques sont ornés de deux tètes de lion presque identiques à celles de Troja (pl. XXL.
Les premiers ouvrages d'un fondeur de la Terre de Bari qui se soient conservés dans leur intégrité ne sont pas antérieurs à 1170 : ils diffèrent des portes byzantines et des ouvrages de bronze amalfilains ou bénéventins, par le procédé employé pour la représentation des ligures humaines et des images saintes.
Le nom de Barisanus de Trani se lit, gravé en toutes lettres, sur la portede bronze qui est encore encadrée dans l'un des portails latéraux de la basilique sicilienne de Monreale. Le décor est très riche et tout en relief, sans une seule figurine gravée. Les bandes de l'armature sont couvertes' de rinceaux lins et nerveux, dont les fleurons sont des Heurs d'iris largement épanouies; de place en place, les rinceaux sont interrompus par de petits médaillons, dans lesquels sont représentés des sujets profanes : un cavalier, un centaurearcher, une sirène, des dragons adossés et enlacés par leurs queues.
Deux compartiments portent des tètes de lion, d'un relief puissant, flanquées de quatre images d'oiseaux adossés ou affrontés. Tous les autres compartiments sont occupés par des figurines humaines. Deux des figurines sont des images profanes, analogues à celles qui sont représentées en miniature dans les médaillons des bandes : un archer demi-nu et un homme brandissant une massue se l'ont face dans deux compartiments voisins. Les autres reliefs sont des images saintes, parmi lesquelles on dislingue deux scènes évangéliques : la Descente de croix (avec l'inscription grecque : H AllOKA- ©HAQCIC), et la Descente du Christ aux Limbes (H ANACTAGIG); les autres figures sont des icônes isolées : le Christ Pantoerator, dans une auréole elliptique, entouré des quatre symboles des Evangélistes (IG XC), la Vierge assise avec l'Enfant (MP ©Y), et plusieurs saints désignés par des inscriptions latines : saint Jean-Baptiste, saint Élie, saint Nicolas de Bari; deux saints cavaliers: saint Georges perçant le dragon et saint Eustache, suivi, de son chien de chasse ; enfin, sous une série de douze areatures, les douze Apôtres. C'est aux pieds de saint Nicolas de Bari que le fondeur Barisanus a gravé son nom et qu'il s'est représenté lui-même, sous l'orme d'une figurine agenouillée1.
1. Duc de Serba di falco, DelDuomo di Monreale e di altre Chiese Siculo-Hormame, Païenne 1838, in-f, p. 5 Schulz, I, p. 123-124 ; Atlas, pl. XXI. Vue d'ensemble de la porte et détails dans l'ouvrage de Do* Cavina, Il ÏHtamo
Sur la file formée par les quatre compartiments supérieurs, les mêmes figures, le Christ de majesté et le saint Jean-Baptiste incliné, sont répétées chacune deux fois : ces deux représentations du même personnage ont été fondues dans un même moule. De même, le décor des bandes n'a pas été modelé rinceau par rinceau et médaillon par médaillon : il a été estampé sur la cire du moule au moyen de matrices établies une fois pour toutes. Les douze arcatures, sous lesquelles sont assis les Apôtres, ont été également obtenues par l'empreinte d'un moule unique.
Les figures représentées sur la porte de Monreale à un seul exemplaire ont-elles été, comme les figures du Christ et du Précurseur el comme les ornements, tirées d'un moule tout préparé, ou bien modelées parla main même de l'artiste? L'étude de deux autres ouvrages de Barisanus donnera une réponse immédiate à cette question.
La cathédrale de Trani, la ville natale du fondeur de la porte latérale de Monreale, possède une grande porte de bronze, qui est l'œuvre de Barisanus (pl. I). Les dernières lettres du nom de l'artiste sont encore lisibles près d'une figurine agenouillée devant un saint Nicolas '. L'image du saint ne représente plus, comme à Monreale, l'évêque de Myre, devenu le patron de Bari, mais un jeune homme en tunique tenant une croix à la main : c'est Nicolas le Pèlerin, qui l'ut, depuis la lin du \i siècle, le patron de Trani. Sur la porte de Trani, les ornements, les figures du Christ et du Précurseur, les deux scènes de la Descente de croix et de la Descente aux Limbes, et les figures des apôtres sont comme un décalque exact des plaques de Monreale -'. Pour l'une et l'autre de ces portes, Barisanus n'a fait qu'employer un même jeu de moules. La porte de Trani ne comprend que deux reliefs qui ne reparaissent pas sur la porle de Monreale : l'un de ces reliefs représente deux gladiateurs combattant avec une targe ronde en osier et des masses terminées en boule; l'autre, un groupe fantastique, formé de deux dragons et de deux petits lions, et qui semble copié sur le décor d'une étoffe orientale. Encore est-il possible que deux plaques identiques à ces deux plaques de Trani aient occupé jadis, dans les angles inférieurs de la porte de Monreale, biplace de deux compartiments, où un archevêque de Païenne, Roano, a fait représenter ses armoiries au xviu' siècle. La porte de Trani est plus large et plus haute que celle de Monreale : au lieu d'être encadrée dans une porte rectangulaire, elle est adaptée à une baie surmontée d'une archivolte semi-circulaire. Pour remplir cette baie, Barisanus a disposé autour des compartiments historiés une large bande de bronze qui contourne l'archivolte et qui est ornée de cercles entrelacés et de fleurons d'iris. 11 a adapté le décor à la courbe de la bordure, en insérant à la partie supérieure du battant de bronze, à droite et à gauche du double Christ de majesté, deux compartiments de forme triangulaire, où sont représentés deux anges inclinés.
'/(' Monreale, pl. V s, dans celui de Kitschmann, Meistertccrkc Saracenisch-Normanniseher Kunst, pl. 31, et dans l'article de M. Palmabini [Barisano di Trani e le sue fusioni in bronzo; VArte, I, 1898, p. I9et 21;.
1 . Huillard-Brâholles, Monument* des Normands, pl. XIII-XV (magnifiques dessins de liai lard | ; — Schulz, I, p. 1 16-123 ; Allas, pl. XX, n» 5-8, XXI et XXIV.
2. SaiLxz, Atlas, pl. XX, n» 8 ; — Arte liai, décor, e indust., IV, 1894, pl. XI.III.
Une troisième porte fondue par Barisanus orne le portail de la cathédrale de Ravello, près Amalfi (pl. X VIII)1. Elle est de forme rectangulaire et beaucoup plus grande que la porte de Trani, puisqu'elle compte cinquante-quatre compartiments, au lieude trente-deux. Pour couvrir le vaste champ qu'il avait à décorer, le fondeur n'a pas modelé de ligures nouvelles ; il s'est borné à tirer plusieurs épreuves de moules qui ne sont reproduits qu'à un seul exemplaire sur les portes de Trani et de Monrealo. Non content de répéter jusqu'à neuf fois le motif nidifièrent des dragons et des lions, il a reproduit deux fois, en pendant sur l'un et l'autre battant, et la Vierge, et le saint Elie, et les deux cavaliers, etl'évêque saint Nicolas, et son propre portrait, et les scènes delà Descente de croix et delà Descente aux Limbes.
La porte de Ravello est, des trois portes de Barisanus, la seule qui soit exactement datée par une inscription. Elle fut donnée en 1179 par un patricien de la ville, Sergio Muscetola.
Un détail curieux, qui n'a pas échappé à Schulz \ prouve que la porte fondue par Barisanus en 1179 est postérieure à la porte de Trani. Tandis que cette dernière s'adapte à la courbe d'une archivolte, la porte de lïavello est surmontée d'une architrave massive et droite : dans un cadre rectangulaire, elle n'est composée que de plaques rectangulaires. Or, pour remplir les deux compartiments qui, à la partie supérieure de chacun des battants, flanquent l'image du Christ, le fondeur a employé le moule triangulaire dans lequel était inscrite une figurine d'ange, et il a tant bien que mal complété le carré, en accolant au triangle un second triangle, meublé d'une simple boule sur laquelle est ébauché un buste. Ces bustes, disposés au-dessus des anges agenouillés, à droite et à gauche du Christ de majesté, représentent d'un côté la Vierge, de l'autre le Précurseur : rapprochés do l'image du Pantocrator, ils reconstituent le schéma delà composition la plus commune dans l'art byzantin du \n" siècle, la ih.ix.
Il est aisé, après ces remarques, de déterminer la suite chronologique des trois portes de Barisanus. La plus ancienne est celle de Trani. qui établit la réputation de son auteur. On peut la placer vers 1170. En 1179, un patricien de lïavello commanda au fondeur apulien une porte, dont les nombreuses plaques, façonnées au moyen de moules qui étaient la propriété de l'artiste, furent probablement fondues à Trani. La renommée de l'atelier apulien se répandit jusqu'à la cour de Sicile. Les deux portes de la basilique de Monreale, pour lesquelles leroi Guillaume lit appel aux artistes les plus réputés, furent fondues, l'une par Bonannus de Pise, l'autre par Barisanus. La porte de Bonannus, qui décore le portail principal, est datée par une inscription de 1186; la porte de l'Apulien, destinée à l'entrée latérale, est probablement de la même date.
Les deux portes envoyées en Sicile, l'une de Pise, l'autre de Trani, sont toutes deux décorées de reliefs et non de ligures gravées; mais elles diffèrent profondément l'une de
1 . Sciiez, II, p. 2-0; Atlas, pl. XX et XXII; Salazaro, I, pl. XVI ; KoTSOBMANH, pl- 33 ; l'Arte, 1898, p. 17, fig. 2; Ventuiu, StorUz deWArte ital., H, p. 586-357, fig. 391 et 392.
2. I, p. U7-H8; Atlas, pl. XXIII, fig. 2 et 3. Cf. la page vive et nette de M. Ventubi (Storia dcll'Arte ital., II, p. 5.J0).
Pl. XVII!
Une troisième porte fondue par Barisanus orne le portail de la cathédrale de Ravftllo, prèg Amalli .pl. W'Illi1. Elle est de forme rectangulaire et beaucoup plus grandeque la porte de Trani. puisqu'elle compte cinquante-quatre compartiments, au lieu de trente-deux. Pour couvrir le vaste champ qu'il avait à décorer, le fondeur n'a pas modelé de figures nouvelles ; il s'est borné à tirer plusieurs épreuves de moules qui ne sont reproduits qu'à un seul exemplaire sur les portes de Trani et de Monrealc. Non content de répéter jusqu'à neuf fois le motif indifférent des dragons et des lions.il a reproduit deux fois, en pendant sur l'un et l'autre battant, et la Vierge, et le saint Elie, et les deux cavaliers, etl'évèque saint Nicolas, , et son propre portrait, et les scènes de la Descente de croix et de la Descente aux Limbes.
La porte de Havello est, des trois portes de Barisanus, la seule qui soit exactement datée par une inscription. Elle fut donnée en 1179 par un patricien de la ville, Sergio Muscetola.
Un détail curieux, qui n'a pas échappé à Schulz ;, prouve que la porte fondue par Barisanus en 1179 est postérieure à la porte de Trani. Tandis que cette dernière s'adapte à la courbe d'une archivolte, la porte de Bavello est surmontée d'une architrave massive et droite : dans un cadre rectangulaire, elle n'est composée que de plaques rectangulaires. Or. pour remplir les deux compartiments qui. à la partit supérieure «le chacun des battants, flanquent l image du Christ, le. fondeur a employé le moule triangulaire dans lequel était inscrite une figurine d'ange, et il a tant bien que mal complété le carré, en accolant au triangle un second triangle, meublé d'une simple boule sur laquelle est ébauché un buste. Ces bustes, disposés au-dessus des anges agenouillés, à droite et à gauche du Christ de majesté, représentent d'un côté la Vierge, de l'autre le Précurseur : rapprochés de l'image du Panlocrator, ils reconstituent le schéma delà composition la plus commune dans l'art byzantin du xn'' siècle, la As/,t'.,-.
11 est aisé, après ces remarques, de déterminer la suite chronologique des trois portes de Barisanus. La plus ancienne est celle de Trani, qui établit la réputation de son auteur. On peut la placer vers 1 175. En 117'.), un patricien de Bavello commanda au fondeur apulien une porte, dont les nombreuses plaques, façonnées au moyen de moules qui étaient la propriété de l'artiste, furent probablement fondues à Trani. La renommée de l'atelier apulien se répandit jusqu'à la cour de Sicile. Les deux portes de la basilique de Momeale, pour lesquelles le roi Guillaume lit appel aux artistes les plus réputés, furent fondues, Tune par Bonannus de Pise, l'autre par Barisanus. La porte de Bonannus. qui décore le portail principal, est datée par une inscription de 1 18»; la porte de l'Apulicii, destinée à l'entrée latérale, est probablement de la même date.
Les deux portes envoyées en Sicile, l'une de Pise. l'autre de Trani, sont toutes deux décorées île reliefs et non de figures gravées; mais elles diffèrent profondément l'une de
I. Si .i. 11, p. 210; Atlas, pl. XX et XXII; Saiazarq, I. pl. XVI ; Ki ischmann, [>l.33;VArte, 1898, p. il, Bg. IfYlinrai,
Sloria dtlTArte Uni., Il, p. Ï56-5S3, flg. 391 et 392.
i. I, p. 117-118; Allai, pl. XXIII, flg. 2 et 3. Cf. la page vive et nette de M. Vbntori {Storia dell'Arle ilal., Il, p. 5S6).
Pl. XVIII
PORTES DE BRONZE DE LA CATHÉDRALE DE RAYELLO Œuvre de Barisanus de Trani (1179).
l'autre parle style des ornements et par le caractère des sujets représentés. Bonannus a couvert les bordures, non pas de rinceaux et de fleurons orientaux, mais de volutes d'acanthe, pauvrement imitées de celles que les marbriers pisans avaient sculptées à profusion sur la façade de leur cathédrale. L'un des battants de sa porte est couvert d'une suite de scènes bibliques, depuis la création de l'homme jusqu'à l'histoire de Gédéon; l'autre, parallèlement, d'une suite évangélique, depuis l'Annonciation jusqu'à la Dormition de la Vierge'. Sur la porte de Barisanus on ne rencontre que ligures ou scènes isolées, dont la plupart n'ont aucun rapport avec les figures des compartiments voisins, et qui, comme les médaillons décorés d'images profanes, se répètent autant de fois qu'il est nécessaire pour remplir les cadres. Les sujets sacrés sont traités comme de purs motifs de décoration.
Les portes de Trani et de Bavello forment une série à part, absolument distincte de la plupart des portes de bronze à reliefs exécutées on Occident. Pourtant Barisanus n'a sans doute pris pour modèle de ses reliefs aucun ouvrage byzantin en bronze. Sur les portes d'églises fondues au xi° siècle par des ouvriers de Byzance, les images saintes n'étaient que des gravures damasquinées : c'est seulement au xiv" siècle qu'on trouvera la scène de l'Annonciation représentée par deux ligures en bas-relief de bronze, sur fa porte de l'église de Vatopédi, au mont Alhos';. De quelles œuvres de sculpture s'est donc inspiré le fondeur de Trani ?
Tout récemment M. Palmarini a observé que les figurines profanes des portes de Trani et de Ravello, — sagittaires, centaures, sirènes, — n'étaient que des copies agrandies des sujets représentés sur de nombreux coffrets d'ivoire byzantins, sculptés entre le ixe et le xiue siècle3, et dont l'un est encore conservé dans l'Italie méridionale, à l'abbaye de la Cava >. De même, pour les sujets sacrés, Barisanus aura eu comme modèles de petits reliefs d'ivoire, coffrets, diptyques ou triptyques, et peut-être aussi des reliefs d'argent doré. En représentant saint Eustache,le chasseur qui fut converti par la même apparition que saint Hubert, il a oublié le cerf, qui se trouvait sur une autre plaque d'ivoire que le cavalier. Si I artiste de Trani n'a représenté que deux scènes de l'Histoire évangélique, c'est qu'il avait eu en mains un diptyque qui 'présentait sur ses deux feuillets la Descente de croix et l'AvàTrswtç, comme les deux reliures d'évangéliaires en argent doré conservées dans le Trésor
1. Cbavina, II Duomo di Monnaie, pl. V a et b; l'Arte, 1898, p. 23; Kustcumans, pl. :t0.
2. Les deux plaques dont les reliefs représentent l'Ange et la Vierge sont appliquées, en pendant l'une à l'autre, sur les deux battants de bois, au milieu d'une quantité de lamelles de bronze décorées de simples gravures, qui représentent des ornements géométriques, des dragons ailés et des aigles à deux tètes. Cf. Kondakofp, Monuments de l'Art chrétien à FAthos{ea russe); Saint-Pétersbourg, 1902, pl. XXXVIII.
3. M. Palmarini cite et reproduit, d'après l'élude de M. Venturi [Gallerie nazion. ilalianc, III, 1897), le coffret du Musée national de Florence [l'Arte, I, 1898, pl. I). Il faut ajouter les £6 coffrets profanes catalogués par M. Grrcven (Jalub. der kunshistor. Sammlungen de» Allerh. Kaiscrliames, XX, 1899, p. 25-27). Il est possible qu'un artiste comme Barisanus ait eu aussi sous les yeux des coffrets revêtus de reliefs d'argent, disposés comme des reliefs d'ivoire. Tel est le conïet d'Anagni, cité par M. Grœven, p. 24.