‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 227 sur 433 · H. de Flguhy, /(/ messe, III, pl. CLXXXIX-CCIII · texte numérisé non relu

H. de Flguhy, /(/ messe, III, pl. CLXXXIX-CCIII

8. Cxacssk, les Marbriers romains, p. 20 et suiv. , 208-21 1.

et la Terre de Labour, les colonnettes placées sous le lutrin étaient de marbre et, entièrement dégagées des rampes massives, elles portaient directement l'ambon sur les archivoltes qui les unissaient entre elles. L'ambon qui fut installé sous la domination normande dans la basilique de Cimitile reposait sur un quinconce de six colonnes et avait la forme hexagonale 1 ; les archivoltes, en partie taillées dans des morceaux archaïques et en partie sculptées au xne siècle, étaient ornées de reliefs qui représentaient l'Agneau de Dieu et les symboles

Kir,. 181. — Ambon de la cathédrale de ravello. Première moitié du xii" siècle.

des Évangélistes. Quelques fragments de cet ambon ont été seuls conservés; sa silhouette, plus légère que celle de l'ambon de Ravello, devait ressembler à celle de l'ambon qui a été dessiné vers 1110 sur le rouleau d'Exultel de Fondi '.

En fouille le type des ambons portés par des colonnettes est seul adopté, dès la fin il ii \ie siècle. Dans la cathédrale de Canosa un ambon de marbre porte les noms de deux

1 . Voir plus haut, p. 87, n° 5, Rohault de Fleury a dessiné une restauration fantaisiste de cet ambon, en lui donnant la forme carrée (la Messe, III. pl. CLXXXV). L'ambon en vert antique retrouvé à Salonique avait donné en Orient un exemple de la forme polygonale (ligure à sept cotés) dès le vi« siècle (R. de Fleury, la Messe, III, pl. CI.XXI).

2. Icon. comp. des rouleaux d'Exultet, it Q. Cf. l'ambon représenté sur le calque de la Bibliothèque Nationale de Naples (13 T).

3. I.e mobilierde marbre conservé dans les églises de Pouille a élé l'objet d'une étude de M. Paul Schubhihg [Bischoftidde uw\ ' Ambonen in Apulia; Zcilschrifl fûr Christlichen Kunsl, XIII, 19011, col. 194-214). Cet article, dont les conclusions sont pleinement d'accord avec celles de la présente étude, n'apporte, pour le ni" siècle, aucune observation nouvelle.

personnages inconnus ; le prêtre Guitbertus (peut-être l'archiprêtre duchapitre), qui a commandé l'ouvrage, et l'archidiacre Acceptas, qui l'a exécuté1. Ce travail de marbrier, dont l'ouvrier n'est autre qu'un dignitaire ecclésiastique, chargé par l'archevêque de Bari de la surveillance des paroisses dépendantes de Canosa, est de proportions sveltes et fines et de la plus élégante simplicité (fig. 182). Le lutrin polygonal fait une légère saillie; l'aigle, qui forme pupitre, repose sur une colonnette dont le chapiteau est remplacé par une tète humaine. Les plaques du parapet et les archivoltes ne sont ornées que d'un grénetis et de quelques rinceaux. Les chapiteaux eux-mêmes ont pour tout feuillage de larges palettes, nervées de quelques traits2. Un décor sans relief, de goût byzantin, est brodé sur cet édicule de. marbre, dont le dessein général ne semble pas être d'origine orientale.

L'ambon de la cathédrale de Troja est postérieur de près d'un siècle à celui de Canosa : une inscription rapporte qu'il fut sculpté en 1169,sous le règne de Guillaume, (ils de Guillaume « roi de Sicile et d'Italie ». Entre le second et le premier des deux ambons apuliens qui remontent au temps de la domination normande, les différences sont frappantes. A Troja les archivoltes ont été supprimées; le lutrin saillant a disparu, et l'aigle, tenant dans ses serres un lièvre, posé sur une colonnette, est directement adossé à l'une des faces du parapet. Tandis que l'architecture de l'ambon se simplifiait, la sculpture a pris une richesse nouvelle. Les rinceaux, les fleurons et les grappes des bordures se détachent avec vigueur; les feuilles grasses et piquantes des chapiteaux sont comme une amplification superbe de l'acanthe épineuse des chapiteaux byzantins; l'aigle, qui lient dans ses serres un petit bélier, a le relief et l'allure d'une aigle romaine; sur l'un des parapets, un groupe d'animaux est sculpté avec un relief musculeux : c'est un lion, à crinière épaisse et à long museau, qui dévore un mouton, pendant qu'un dogue l'attaque par derrière11. Les origines de cette sculpture énergique et animée remontent, en Apulie, à la lin du xf siècle : des décorations d'un relief vigoureux se montrent sur une série de sièges épiscopaux. qui sont, à peu d'années près, contemporains de l'archaïque ambon de Canosa.

Le plus ancien de ces trônes est conservé dans la cathédrale môme de Canosa, non loin de l'ambon sculpté par l'archidiacre Acceptus. Une inscription gravée sur l'un des bras fait connaître que ce trône fut mis en place au temps de l'archevêque Urso (1078-1089) et que le sculpteur fut un certain Romualdus4 {fig. 183). Une obscure et pompeuse inscription en vers léonins, gravée sur le fronton du dossier, dicte au prélat appelé à occuper le trône les lois du sacerdoce qui doit lui mériter un trône dans le séjour éternel3.

1. f Per jussionem domini met Guitberii venerabilis Presbyleri. -j- Eyo Acceptus pccrulor Archidiaconus feci j-hoc opus.

Le mot venerabilis est écrit sous la forme abrégée VEXS ; Scliulz, par une inexplicable erreur, a lu : Venusini. 1. Huimard-Bréhollbs, pl. XI; — Sciiulz, Atlas, pl. IX, fig. I.

3. Pehkins, les Sculpteurs italiens, II, p. 19, Album, pl. XLV, n° 1. Une excellente reproduction de l'ambon tout entier a été donnée par M. Goodyïab [The Architectural Record, VIII, 1899, p. 280). —/ ( ~)

4. Urso preceptor. — Romualdus ad hec fuit actor. \/' ~ ->\ ■

3. Presul ut elerna post hac potiare cathedra Quod geris in spe da gestes lumen ut in fe)

Quod vox exterius res ferai inlerius Lumen cum prestas lumine ne careas.

Les éléments du décor sont empruntés, pour la plupart, au formulaire byzantin. Les grillons qui se regardent des deux côtés d'un arbuste stylisé font penser aux marbres apuliens et napolitains du ix" et du x" siècle. 11 n'est pas jusqu'aux têtes de tigres, rondes et moustachues, dont on ne puisse

retrouver en Orient le prototype :

des têtes de monstres à peu près identiques font saillie sur le linteau du portail de l'église de Cbilandari, au mont Athos*.

Deux éléphants portent sur leur échine le siègepesant et semblent s'avancer gravement avec leur fardeau. Les deux monstres, dont la trompe et les jambes sont striées de lignes parallèles, qui indiquent les plis de leur cuir, ont l'épaule marquée de fleurons guilloehés, comme les éléphants d'ivoire qui portent des tours dans les jeux d'échecs persans3. Ce sont des copies de quelque petit ouvrage, faites par un sculpteur qui n'avait pu voir en vie de semblables animaux. Mais l'idée d'employer comme supports d'un trône ces bêtes massives et puissantes était originale, aussi bien que le travail de composition qui avait groupé sur le trône lui-même des motifs de décoration pris sans doute à des modèles dispersés.

Moins de trente ans après la mise en place du trône de l'archevêque Urso, un autre archevêque de Bari et de Canosa lit sculpter un second trône, destiné, non plus à la vieille métropole déchue, mais à la nouvelle métropole, qui était, sous les comtes normands comme sous les Catapans, la véritable capitale de la Pouille [fig. ISii. Cet archevêque n'est autre qu'Hélie,

ambon de la cathédrale dk canosa. Fin du xiu siècl

1. Photographie Je M. <;. Millet dans les collections byzantines de l'Ecole des Hautes-Etudes (C 183).

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