Cladssb, les Marbriers romains, p. 131 et suiv
2. Moli.nier, Histoire îles Arts appliques à l'Industrie, IV, l'Orfeererie, p. 9,'t et 94.
Le mobilier liturgique des églises a, depuis la fin du xie siècle el jusqu'au dernier quart du su", des formes plus solennelles et plus originales en Apulie qu'en Campanie. Le prêtreartiste qui a dessiné la silhouette élancée de l'ambon de Canosa, le sculpteur qui a exécuté les reliefs de l'ambon de Troja avec une énergie incisive, sont de véritables créateurs, en regard du marbrier qui a taillé l'ambon de Ravello sur le modèle courant des ambons byzantins. Sans doute le siège en bois de Montevergine, qui est probablement un ouvrage campanien, a la richesse et la précision d'un travail d'ébénisterie orientale, mais ce siège massif et carré n'a point les proportions majestueuses et les supports puissants de ces trônes de marbre, conservés dans les sanctuaires d'Apulie, et dont le siège repose sur le dos des éléphants ou des lions, ou sur les épaules d'esclaves au corps mu seul eux.
Les sculpteurs des ambons et des trônes apu liens n'ont pris à l'Orient que des détails : des rinceaux, des rosaces, des silhouettes de monstres, copiés sur des ivoires, et la pratique de ces incrustations de cire brune, qui faisaient l'effet d'un nielle sur marbre. Ces mêmes sculpteurs copiaient d'après quelque ouvrage d'art germanique une figure d'archange inconnue de l'art byzantin ; ils remplaçaient le ciborium à coupole par le tabernacle romain, coiffé d'une lanterne polygonale. De tout ce qu'ils imitaient, ils formaient des combinaisons nouvelles, donnant aux rinceaux une vigueur nerveuse, aux animaux une allure menaçante, employant audacieusement, avec les incrustations de cire et le relief à peine accentué, de véritables statues de ronde bosse. Dès la lin du \i0 siècle, ils avaient fait de leurs meubles d'église des œuvres monumentales qui préparaient les tentatives prochaines d'une décoration sculptée sur le marbre des grands portails.
FlG. 188. — Fragment d'un ambûn du xiic siècle, a I'OSJTA.no, drès amalit.
I. Les chapiteaux des basiliques de Campanie et d'Apulie. — L'acanthe romaine et byzantine. — Les chapiteaux composites de Troja. — Le décor animal sur les chapiteaux campaniens et apuliens; série des chapiteaux de la cathédrale de Tarente.
IL Les portails campaniens. — Région capouane : décor antique. — Région salernilaine ; décor oriental. Le portail de la cathédrale d'Amalfl et les marbres sorrentins du x« siècle. Les deux portails de Saleine : animaux et fleurons imités des orfèvreries et des ivoires. L'école de marbriers qui travaille au si" siècle sur les bords du golfe de Salerne semble disparaître dès le commencement du siècle suivant.
III. Les portails apuliens. — Restes d'un ancien décor géométrique de style oriental. — Portails de San Nicola e Cataldo de Lecce ; le décor végétal et les entrelacs arabes dans la pietra leccese. — Premières figurines d'oiseaux et d'animaux. Portail de Troja : architecture pisane et sculpture apulienne ; fleurons byzantins ; images du cycle sacré représentées sur le marbre du linteau, comme sur le bronze de la porte. — Archivolte de Monopoli, datée de 110* ; bustes d'anges; autres fragments de la même époque. — Portail d'Acerenza; les anges et les singes. Type constitué dès le commencement du xii« siècle pour l'architecture des grands portails apuliens. — Portail de San Giovanni de Brindisi : motifs empruntés aux ivoires orientaux. — Grand portail de Saint-Nicolas de lîari : le basiteus sur son quadrige; les deux anges imités d'un marbre byzantin ; date approximative de ce portail. — Grande fenêtre absidale de la cathédrale de lîari [On du xu' siècle): composition monumentale; ciselure d'ivoire. — Portail de la cathédrale de Trani : rinceaux apuliens; cadre imité d'une boiserie d'origine musulmane; ligures humaines qui ne relèvent plus de la tradition byzantine.
IV. Les premières influences lombardes. — Portails d'Alife et de Calvi ; monstres grouillants des façades de Pavie — Portail de San Marcello, à Capoue : scènes de chasse et épisodes de la llible. — Cloître de Sainte-Sophie de Bénévent; chapiteaux historiés; le cycle des Mois. — Portail latéral de Saint-Nicolas de lîari : les chevaliers, le moissonneur et le vigneron. — Linteau de Monopoli : scènes de la Passion; le monstre féminin, entouré de serpents.
V. Les sujets relitjieux dans la sculpture du xu" siècle. — Essais originaux et précoces d'une sculpture religieuse en
marbre, dans la région apulienne; les ivoires, modèles communs des fondeurs et des marbriers. — Origines françaises de la sculpture théologique et encyclopédique. — Lombardie et Provence. — La grande sculpture religieuse du Nord n'a pas été connue, pendant le xuc siècle, en Campanie et en Apulie.
Les supports naturels d'une sculpture monumentale étaient, dans les églises de Campanie et d'Apulie, les chapiteaux et l'encadrement des portails.
Les chapiteaux pouvaient recevoir un décor soit végétal, soit animal. En Campanie, la seule plaide qui déploie ses volutes sur les chapiteaux des basiliques du xi" et du xit* siècle est l'acanthe classique. Les constructeurs se contentent d'ordinaire de réemployer des chapiteaux antiques; les marbriers qui taillent un chapiteau dans quelque bloc tiré d'une ruine romaine copient de leur mieux un modèle d'ordre corinthien.
En Apulie, les architectes ne répugnent pas à poser sur les colonnes de la nef ou sur
Fig. 189.
TE AI.' UK LA i:\THKDKALE D OTRANTE.
les colonnettes des tribunes quelques chapiteaux anciens, pris indifféremment aux ruines
romaines et byzantines. Mais les sculpteurs qui exécutent des chapiteaux neufs donnent à l'acanthe les formes aiguës ou épineuses qu'elle avait prises dans l'art oriental. Les grands chapiteaux de Saint-Nicolas de Bari, taillés dans de lourds monolithes de marbre grec, sont remarquables par la ciselure tranchante et profonde qui a découpé et allégé leur masse. Dans la Terre d'Otrante, des sculpteurs qui délaissaient le marbre pour une matière friable, la pietra leccese, ont disposé, suivant le mode corinthien, la végétation touffue des grands chapiteaux de la cathédrale d'Otrante, dont les bouquets de feuilles pointues semblent se presser en pousses courtes et drues sous le ciseau facile de l'ouvrier {fig. 189). Dans l'église Saint-Nicolas de Bari, les chapiteaux de l'iconostase élevé devant le sanctuaire, comme un portique à trois arcades, sont d'un travail plus souple et d'une composition plus riche que les sévères chapiteaux de la nef : au-dessus des feuilles élancées, des gueules de monstres ricanent et de petits lions sont affrontés, crinière contre crinière (fig. 190). Les chapiteaux anciens de la cathédrale de Troja appartiennent à la même famille végétale que ceux de l'iconostase de Bari; mais leur feuillage est encore plus ample et plus puissant. Le sculpteur s'écarte des modèles classiques : il soude les feuilles charnues et piquantes en une volute épaisse. Quatre de ces volutes composent un chapiteau d'aspect solide et vigoureux. L'artiste ne se contente pas de tirer un parti nouveau de l'acanthe byzantine : il emploie de larges feuilles d'eau, grassement modelées. Mêlant, lui aussi, le décor animal au décor végétal, il fait sortir les rinceaux d'une gueule de lion qui s'ouvre vers le ciel; il prend pour fleuron un masque humain (fig. 191); il fait saillir parfois sous les angles du tailloir un bec d'oiseau de proie'. Cette suite de
Chapiteau de l iconostase de saint-Nicolas