Sciil'lz, Atlas, pl. xxvi, lig. î- cl îî
n'avaient guère servi, dans tonte la chrétienté, qu'à reproduire des ornements privés de sens et des figurines vides de pensée, donnèrent la vie à tout un inonde, à la fois humain et s urhumain. C'est à Moissac, à Chartres, à Arles, que les portails, après avoir été le refuge de tous les monstres orientaux et barbares, se mirent à exposer aux fidèles, par leurs statues et leurs bas-reliefs, une doctrine tout ensemble savante et familière, qui fut, comme l'avait été autrefois la suite des peintures et des mosaïques, un sujet de gloses pour les clercs et un livre ouvert aux yeux qui ne savaient pas lire.
La révolution artistique, par laquelle la sculpture de pierre, longtemps réduite à l'état d'art décoratif et profane, fut élevée en France à la dignité d'art instructif et chrétien, eut son contre-coup au-delà des Alpes. Les prophètes sculptés en bas-relief entre les colonnes des portails, dans les deux cathédrales de Vérone et de Ferrare ont une ressemblance fraternelle avec les plus anciennes statues érigées entre les colonnes des portails de Saint-Gilles et d'Arles ; les draperies, les attitudes, les gestes des mains, avec la paume ouverte, sont les mêmes. Les tympans des deux portails du Baptistère de Parme représentent, comme les vieux portails d'Autun et de Chartres, la Vierge sur son trône et le Jugement dernier1 ; les archivoltes mêmes se sont couvertes de prophètes ou d'apôtres. Le prophète David de Borgo San Donnino, dans sa niche surmontée d'une frise en bas-relief, le tympan de l'église de Nonantola, où le Christ est assis entre les quatre symboles des Fvangélistes, semblent être des souvenirs directs de Saint-Trophime d'Arles. La sculpture lombarde, quand elle aborda au xue siècle les multiples représentations de l'histoire sacrée, prit ses modèles, non point parmi les bronzes ou les ivoires qui se trouvaient en Italie, mais sur les portails de marbre qui venaient d'être sculptés en Provence '.
Les scarpellini venus de l'Italie du Nord, dont nous avons retrouvé la trace dans des œuvres caractéristiques, à Alife, à Pari, à Monopoli, ont-ils fait connaître en Campanieet en Apulie l'art fécond qui eut son origine en France, et que les maîtres lombards du xii' siècle acclimatèrent dans l'Italie du Nord, en lui imposant leur accent mâle et rude, et en l'animant de leur verve populaire? Sans doute des sujets tels que les « Mois » du cloître de Bénévent ou le moissonneur et le vigneron de Saint-Nicolas de Bari sont tirés de la vaste encyclopédie que les imagiers français paraissent avoir les premiers traduite en pierres. Sur le portail de Trani les scènes bibliques forment une suite aisément reconnaissable. Le choix même des personnages, pris tous dans l'Ancien Testament, et la manière don! ils sont superposés, le long des montants, rappelleront les rudes sculptures du portail « lombard » de San Marcello de Capoue. Les figures des prophètes et des patriarches, avec leurs mouvements hardis et leurs draperies aux plis rares font penser à certaines œuvres de la sculpture française du xu* siècle, telles que les chapiteaux toulousains.
Cependant les reliefs inspirés de l'art théologique et encyclopédique du Nord ne par-
t. Zimmkhmann, Oberitalienische Ptastik, p. 153.
2. W. VBOB, Reperlorium fùr Kunslwissenschaft, 1899, p. 103 ; 1902, p. 416 et 423.
LA SCULPTURE MONUMENTALE 481 viennent pas g s'unir sur les portails campaniens el apuliens pour former un corps d'enseignement ; les images saintes ne se dégagent pas complètement de la foule des bêtes effrayantes. Les portails de Capoue ou de Trani balbutient à peine quelques mots de la langue sacrée : les inconnus, apuliens ou lombards, qui ont travaille à ces portails, étaient encore plus près des vieux sculpteurs de monstres que d'un maître comme Benedetto Antelami. La grande sculpture religieuse du Nord n'a pas été connue en Campanie et en Apulie, sous la domination normande.
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