‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 249 sur 433 · Strzygowski, Byzant. Aixliiv, II, 1899, pl. XII · texte numérisé non relu

Strzygowski, Byzant. Aixliiv, II, 1899, pl. XII

de l'église du Pantocrator, à Constantinople, quatre figurines d'aigles, logées dans les coins du rectangle qui sert de cadre à un disque de marbre oriental entouré d'un cercle irisé d'émaux; encore ces oiseaux no sont-ils point figurés par une mosaïque à petits cultes, mais découpés en marbre jaune et encastrés dans une plaque de marbre brun, suivant le procédé de Vopus seetile1 : ils rappellent bien moins les pavements antiques d'opus vermiculatum que les marqueteries de marbre appliquées aux murs de Sainte-Sophie, entre les lambris nus et polis et les mosaïques à fond d'or. De même quelques médaillons de marbre blanc, décorés de figures d'animaux en bas-relief, étaient encastres de place en place parmi les méandres du pavement de Sainte-Sophie de Trébizonde lin du xu" siècle) 2. Les textes ont conservé le souvenir de pavements

beaucoup plus riches en figures animées, qui lurent exécutés à Byzance même, pendant le régne glorieux de Basile I" le Macédonien. Dans le palais impérial, la chambre à coucher du basikus reçut un merveilleux tapis de mosaïque, dont le motif central était un paon, « l'oiseau de Médée », dans un grand cercle, flanqué de quatre aigles. Les bandes qui séparaient les compartiments étaient de marbre vert de Thessalie ; les oiseaux, «qui semblaient vivants et prêts à voler », étaient composés de cubes d'émail \ comme les mosaïques des parois, où l'on voyait les images de l'empereur Basile, de l'impératrice Eudoxie et de leurs enfants, les Porphyrogénètes. Une décoration analogue fut exécutée, au temps de Basile I", sur le pavement de la Nouvelle Église, dédiée à la Vierge. Les animaux et les « autres ligures.), qui couvraienl le sol du merveilleux monument, étaient en mosaïque à'opm vermiculatum. Dans ces petits cubes, dont l'assemblage donnait la vie à tant d'êtres divers, par un artifice qui passait les inventions ..des Phidias et des Praxitèle, des Parrhasios et des A pelle », le patriarche Photius croyait retrouver les atomes de Démocrite4.

Le pavement historié de la Nouvelle Église de Basile I". tel qu'on l'imagine à travers la rhétorique du théologien, semble reparaître par morceaux sur le sol mouvant de Saint-

Pavbubnt de s

iNTA MARIA DEL

1. Salzenbebg, Altchrlstl. Baudenkmale von Constantmopel, pl. XXXVI. Le procédé de Vopus sectile est celui qui fut appliqué, eu Toscane, au pavement de la basilique de San Miniato. ainsi qua la décoration îles hautes façades de Pise et de Lucques.

2. Tf.xikr et Pollan, r Architecture byzantine, p. 229, pl. XVI et LX1V, u° 5. I.e médaillon de marbre reproduit dans l'ouvrage de Texier représente un aigle qui dévore un lièvre et rappelle l'un des chapiteaux de Tarente: des aigles tout semblables sont représentés en mosaïque sur le pavement de Saint-Marc de Venise (V. plus haut, p. 460, n. 2).

3. Ex ipiifiStov -ooiRiov xi «ai Xsitiav... ( Constantin Pokphïh., Vie île Basile I"; Continuateurs de TJléophane, Ed. de Bonn, p. 319). — Cf. Labarte, le Palais impérial de Conslanlinople, p. 79.

4. Pbotids, Description de la Nouvelle Ér/lise, dans Codinus ; éd. de Bonn, p. 198.

Marc de Venise. Dans les parties du pavement de la basilique qui remontent certainement an m mi an xn siècle on voit, à côté de larges étendues de mosaïques à décor géométrique, des cercles, groupés deux à deux clans un encadrement de palmettes, et qui contiennent des ligures ou des groupes d'animaux représentés par le procédé de l'opus cn-miculatum. Plusieurs de ces mosaïques ont la plus étroite ressemblance avec le pavement du Patir1, et certaines figures de quadrupèdes, dont la silhouette est complètement remplie d'un damier blanc et rouge -, sont identiques à celles de l'église de Sant'Adriano ».

Le chœur de la basilique de Saint-Nicolas de Bari, surélevé sur quatre gradins décorés d'incrustations on cire au temps de l'abbé Eustache, entre 1105 et 1123, était couvert d'une mosaïque de marbre, dont quelques morceaux ont été conservés. La large bordure qui suit la courbe de l'abside est composée d'un monogramme coufique qui se répète sans variante d'un boni à l'antre de la bande'1; les caractères, en pctils cubes de marbre blanc, sont bordés de noir et se détachent sur un champ rouge. Ces caractères n'ont pas plus de sens que ceux du pavement du Patir. On peut se demander, pour la basilique de Bari, comme pour l'église basilienne, si le monogramme arabe ne révèle pas une influence sicilienne: on pourrait même rappeler qu'en 1132, lorsque le roi I loger fut entré dans la ville qui était encore la capitale de la Pouille, il y fit construire un château par des ouvriers qu'il envoya de Païenne. Mais le pavement doit être contemporain de la décoration des gradins, qui est antérieure à l'avènement de Roger. Des bordures ornées de semblables monogrammes se retrouvent dans des ouvrages byzantins d'orfèvrerie et même de marbre5; des galons brodés de caractères couflques formeront jusqu'au xve siècle les orfrois des draperies portées par les personnages sacrés sur les peintures italiennes8. Si l'on fait abstraction d'un détail curieux, qui peut être à Bari une imitation de l'art byzantin aussi bien que de l'art sicilien, on reconnaîtra que le pavement de Saint-Nicolas, composé de triangles multicolores, dont la suite est interrompue de place en place par des disques ornés de figures d'animaux, se présente comme une combinaison des deux pavements de Sant'Adriano et du Patir. Le morceau le mieux conservé représente un grillon en marbres vert et rouge antique, cerné d'un contour de marbre rose et détaché sur un damier vert et blanc.

Un pavement beaucoup plus curieux que celui de Pari couvre encore une partie de

1. [U. de Ghf.ltof], la Basilica di San Marco, IIe partie, in-f», n° 5. ->. 16»/., n°« 6 et 9.

3. Les motifs de ces mosaïques sont reproduits dans des fresques du xr= siècle, conservées à Sainte-Sophie do Kiev: plusieurs de ces fresques représentent des monstres et des oiseaux, dans des cadres circulaires analogues à ceux des mosaïques de Calabre (Sainte-Sophie de Kiev, Album publie par la Société impériale Russe d'archéologie, pl. LUI, n" S et 10 ;pl. LV).

4. Sohulz, I, p. 39, fin- 8. Ce monogramme semble èlre une sorte de variation décorative sur les letlrcs qui composent le nom d'Allah (lbid., p. 334; Additions, n° 1).

5. cr. un monogramme qui fait partie des décorations en marbre et en stuc brun qui sont conservées dans l'église de Daplmi, près d'Athènes (Millet, Daphni, p. 00, /i;/. 30).

6. Sur l'emploi des caractères orientaux dans la décoration des églises occidentales du moyen âge, voir un article de Longpkrieb ( Revue arch., 1840, II, p. 700 et suiv.).

la nei cl du chœur de la grande église bénédictine élevée dans l'une des îles Tremiti, en pleine Adriatique. Ce pavement est tout entier composé de petits cubes de marbre el de menus galels; les tons dominants sont 1ij noir, le gris vert, le rouge brique et le jaune. Le champ, fait d'un damier noir et grisâtre, disparait presque entièrement sous de grands

Fig. 211. — Pavement en musaïuue dans l'église de l'abbaye

motifs d'ornements, composés de palmeltes et d'animaux variés. A l'entrée de l'église, un grand aigle éployait ses ailes, dans une rosace de 2 mètres de diamètre. Au milieu de la nef, un carré couvert de palmettes et de lleurons sert de cadre à une rosace multicolore qui entoure un griffon d'une superbe allure. Les coins du rectangle où la rosace est inscrite sont occupés par des oiseaux d'eau et de poissons. Dans le chœur, surélevé de près de trois marches, on dislingue les restes d'une autre rosace et quatre animaux énormes, affrontés par couples : deux cerfs et deux éléphants. Les éléments de ce décor étrange et magnifique se retrouvent dans des pavements orientaux ou de style oriental.

La rosace ondée de zigzags bariolés est, en couleurs ternes, comme une reproduction de celle qui, sur le pavement du Pantocrator, encadre un disque de marbre précieux; l'éléphant ûguré dans l'île de l'Adriatique reparaît sur le pavement de l'abbaye de Pomposa, oubliée au milieu des lagunes qui continuent au sud la lagune vénitienne1 ; les fleurons disposés en croix, qui, à Tremiti, sont l'un des motifs essentiels du grand carré de mosaïque placé au milieu de la nef, ont les mêmes formes de fleurs de lys sur le pavement de la grande basilique de Venise. A côté des fleurons byzantins et des animaux réels ou fantastiques les silhouettes des poissons, des canards et des poules d'eau relèvent de détails pris sur le vif le décor de l'église insulaire [fig. 211).

Si l'on excepte les motifs aquatiques propres à la mosaïque de Tremiti, la série des pavements calabrais et apuliens appartient, comme une partie du pavement de Saint- Marc, à un système de décoration oriental dont l'Orient n'a conservé aucun exemplaire-.

La cathédrale d'Otrante possède un pavement dont le décor est beaucoup plus riche et plus complexe que celui des pavements de Bari et de Tremiti. Ce pavement, daté par une inscription, fut exécuté entre 1163 et 1166, au temps du roi Guillaume II et de l'archevêque Jonatbas, par un prêtre nommé Pantaléon3. Les trois nefs et le chœur de la vaste église étaient entièrement couverts d'un bizarre fouillis de figures, jetées dans le plus complet désordre, et toutes représentées au moyen de petits cubes de marbre et de pierre de couleur, suivant le système de Yopus vermiculatum. Les grandes taches que les figures font sur le champ d'une blancheur uniforme ont les mêmes tons sourds et neutres que les mosaïques du Patir et de Tremiti : des gris variés depuis le gris rose jusqu'au gris brun tirant sur le brique.

L'étonnante ménagerie représentée sur le pavement d'Otrante comprend les animaux figurés dans les mosaïques calabraises et apuliennes qui viennent d'être décrites. Deux éléphants, à l'entrée de l'église (fig. 212), portent sur leur dos, comme des tours, deux arbres dont les branches vont se ramifier dans la nef et entre lesquelles grouillent en liberté toutes les bêtes de la création et de la légende. A côté d'animaux communs, tels que l'ours, le loup et le renard, apparaissent les monstres de l'Orient, dragons, griffons, licornes, onocentaures, sphinx tricéphales. Mais dans la foule même des animaux le mosaïste a introduit

I. L'éléphant est représenté sur le pavement même de Saint-Marc.

ï. 11 convient de rattacher aux pavements apuliens quelques fragments de décoration murale en mosaïque de marbres et de pierres de couleurs, disposés à l'extérieur des églises. Tels sont les bandeaux qui courent sur le mur du chevet de Saint-Nicolas de Bari, autour des archivoltes des petites fenêtres, et le griffon incrusté dans l'une des tours absidalcs de San Benedetto de Conversano.

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