Scuulz, Atlas, pl. XLV, n
3. Sur les représentations des monstres de la terre et de la mer dans les Jugements derniers byzantins, voir plus haut, p. 2C3.
de petils groupes en marqueterie à'opus xeriile. qui occupent quelques-uns des vides laissés entre les disques de marbre précieux disposés dans la nef de l'église du Pantocrator. Ces groupes ne mettent pas en scène les Livres saints du christianisme, mais les mythes iln paganisme. Les miniatures de marbre, qui dessinent des silhouettes nues, figurent, a côté de groupes d'amours, les Travaux d'Hercule*.
Si les représentations des scènes bibliques sur le pavement d'Otrante ne peuvent avoir une origine orientale, il est d'autres figures, éparsos sur le même pavement, qui trahissent à première vue leur origine septentrionale. Un groupe de douze imagos représentait les
signes du Zodiaque, avec les travaux des mois correspondants {fig. 213) : il était destiné à donner aux fidèles qui foulaient le pavé ces leçons de choses, que les imagiers du Nord mettaient sous les yeux des fidèles, et qui n'ont jamais eu accès dans l'art monumental de Byzance.
Trois figures, sur le pavement d'Otrante, sont une illustration des légendes et des poèmes éclos en pays français, germanique ou celtique. L'un do ces personnages, Alexandre (ALEXANDER II EX), emporté vers le ciel par les doux griffons qu'il attire avec deux morceaux de chair, a été représenté, il esL vrai, en Orient, dans des œuvres telles que la plaque de marbre transportée à Saint-Marc do Venise '. La mosaïque d'Otrante est exactement composée comme cette sculpture byzantine du x" siècle ; la tunique du héros est celle d'un basihus {fig. 214). Mais deux autres images, que les artistes et les écrivains de l'Orient n'ont point connues, sont là pour attester qu'en représentai à Otrante le roi grec, sur l'histoire duquel l'imagination alexandrine avait amoncelé tant de fables merveilleuses, le mosaïste était plus près des « romans d'Alexandre » que des récits du Pseudo-Callis-thènes. En pendant avec Alexandre, assis sur son char attelé de grillons, le mosaïste d'Otrante représente le roi Arthur de Bretagne, ARTURUS REX, chevauchant une sorte «le houe énorme {fig. 215)».
Ces souvenirs delà Table Ronde invitent à chercher vers le Nord la série d'œuvres d'art auxquelles on doit attacher la vaste mosaïque exécutée à l'extrémité la plus orientale de la péninsule italienne. Un portail latéral de la cathédrale de Modène est décoré d'une chevauchée do guerriers, qui portent les noms des héros du cycle breton. L'un d'eux est désigné par l'inscription : A HT US DE BRETANIA4. Des représentations de ce genre ne se
Fin. 213. — Lf. MOIS I>F. JUILLET ET LE SIGNE
du cancer. Mosaïque d'otiiante.
t. Salzenbei\g, Allrliristl. Baudmkmalc von Constantinopcl , pl. XXXVI. 2. Annales archcol., XXV, p. 141.
3 Ces deux images singulières sont voisines des degrés du chœur. Lo garder l'entrée de l'église, on lit, près d'un personnage indistinct, le nom d'ASTEMUS, qui pourrai! être celui d Anl le chevalier à qui Arthur enfant fut donné en garde par l'enchanteur Merl™
4. Zimmeiimam, Oberiialienische Plaslik, p. 44 et 45, fig. 18. Cf. W . Fôiisti p. 241-248. Le nom d'Arthur devient commun dans l'Italie du Nord dès le commencement du m' si. Romania, XVII, 1888, p. 162-183, 355-385.)
tout i côté îles éléphants qui 1ÎIUS, qui pourrait être celui
, Zailschrifl fiir Roman. Philologie, XXII, 1898,
son! conservées au nord d'Otrante sur aucune mosaïque; mais on connaît dans l'Italie du Nord, dans le pays rhénan et dans presque toute la France, depuis Digne et Lyon jusqu'à Reims, des payements d'église en mosaïque d'opus vermiculatum, dont les couleurs se tiennent, comme celles de la mosaïque d'Otrante, dans les Ions gris cernés de noir, et sur lesquels des scènes bibliques soid rapprochées du double cycle du zodiaque et des mois champêtres1.
Le groupe le plus riche et le plus vivacedes mosaïques de ce genre se trouve concentré dans la région lombarde; c'est probablement de l'Italie septentrionale que la pratique des pavements historiés à figures humaines s'est répandue au-delà des Alpes et est descendue jusqu'à l'extrémité de l'Apulie, apportée sans doute par quelque artiste voyageur, compatriote des sculpteurs lombards qui semblent avoir travaillé de Barletta à Monopoli.
Fig. 214. — L'ascension d'Alexandre.
MoSAÏnUE D*0 CHANTE.
— Lis roi Arthur de Bretagne.
Mosaïque d'oui ante.
Le prêtre au nom grec, qui a signé par deux lois le pavement de la cathédrale d'Otrante, a donné pourtant un accent original et « local » à un vaste ensemble (limages dont les thèmes les mieux définis avaient été élaborés dans l'iconographie religieuse et la poésie légendaire des pays du Nord. Pantaléon, tout en adoptant pour la représentation de la figure humaine des silhouettes gauches et flottantes, a serre avec énergie les contours des monstres orientaux, plaqué des rosaces sur le liane des lions et des dragons; il a bouclé les crinières, comme avait fait l'ouvrier inconnu qui a travaillé pour l'abbé Blasius à Santa Maria de! Patir. La représentation des animaux, malgré les inégalités dues à la collaboration d'aides inexpérimentés, a bien plus d'accent et de vie dans la mosaïque d'Otrante que dans toutes les mosaïques de I'ilalie du Nord, si l'on excepte les parties anciennes du pavement de Saint-Marc de Venise. La grande mosaïque signée par le prêtre Pantaléon suffit déjà à l'aire connaître qu'en Apulie, dans la seconde moitié du
1. Sur ces pavements, voir les analyses de M. Mûwrz {Notes sur les mosaïques chrétiennes tlHulic; Revue Âreh., 1870, II, p. HO-H.I, et 1877, I, p. 32-io) et les reproductions données par Aus'm Wertb, dans sa grande publication : Dre Kosaikboden in St-Gereon zn Côln, Bonn, 1X72, in-f». Sur le pavement de Cénagobie. près de Digne, qui remonte au premier quart du xii' siècle, cl. l'article de Stevenson (Nuoco Botl. di Areheol. cris/.. ISU8. p. U3-U7, et pl. VII '.
xiie siècle, une école de mosaïstes indigènes a mêlé, dans une étrange contusion, un décor animal, venu d'Orient, avec les sujets bibliques, populaires ou légendaires, dont la tradition venait du Nord.
Le pavement d'Olrante n'est pas l'unique ouvrage de cette école : autrefois une série de mosaïques décorées d'animaux et de ligures humaines formait dans la Terre d'Otrante et la Terre de Bari un ensemble aussi riche que celui qui s'est conservé dans l'Italie du Nord. En 1844, de très importants fragments d'un ancien pavement en opus vermiculatum ont été retrouvés dans la cathédrale de Tarente1 : les uns ont été enlevés par un particulier et ont disparu, sans laisser de traces; les autres ont été recouverts par un pavé neuf en marbre blanc. On lisait sur l'un des fragments une inscription disposée en demi-cercle, comme celle qui, sur le pavement d'Otrante, donne la signature de Pantaléon : HOC DISTINXIT OPVS D1VE11SO FLORE PETROIVS. Les animaux et les monstres, parmi lesquels on distinguait un cheval ailé, un grillon, des centaures, étaient encadrés dans des cercles. A l'entrée de l'église se trouvait une image compliquée qu'il est aisé de reconnaître, d'après la bizarre description de M. de Simone, pour l'une de celles qui figuraient sur le pavement d'Otrante: Alexandre dans son char magique1.
Un pavement du même genre que celui de Tarente fut découvert à Lecce, en 1876, et aussitôt détruit-'. Des mosaïques semblables à celles de la Terre d'Otrante ont été exécutées au xn" siècle dans la Terre de Bari. La cathédrale de Trani fut ornée d'un pavement historié de motifs bibliques : on voit encore dans le chœur un fragment de cette mosaïque : une figure informe du roi Salomon, à coté d'un dragon à corps de serpent1; un autre fragment, visible encore au xviii" siècle, représentait David avec la harpe'1. Ce sont les personnages qui figurent sur les pavements de Santa Maria Maggiore de Verceil, de Saint-Géréon de Cologne, et qui avaient été représentés à Reims, dans le chœur de Saint-Remi5.
Il existait encore, au milieu du xix" siècle, dans la nef de la cathédrale de Brindisi, des restes misérables d'un pavement qui avait été aussi vaste que celui d'Otrante. Le tremblement de terre de 1858 acheva d'anéantir le peu que celui de 17-1:5 avait épargné. Iles descriptions et des dessins sont tout ce qui subsiste d'un monument qui, par quelques-uns des sujets qu'il représentait, se trouvait être l'une des plus remarquables curiosités historiques du moyen âge.
1 . „ En franchissant la grande porte, pour entrer dans l'église, on voit au milieu un bouffon, dans une cage en forme de corbeille, placée en haut d'un mit, auquel s'attachent des cordes fixées aux croupes de deux griffons ailés, qui courent en s'écartant du bouffon. Celui-ci regarde de face ; il a dans la main droite une hampe qui tient l'image d'un porc, et dans la gauche une autre qui tient l'image d'une espèce de griffon... I.e bouffon est imberbe, avec les cheveux partagés au milieu du front et tombant sur les épaules; il a sur la tète un bonnet à trois cornes; à droite de sa téte est un 11, a gauche AE [Cf. le REX ALEXANDEH d'Otrante]. » (E. A.in, Gli studi stortd in Terra d'Otranto, Florence, 1888, p. 124.)