Mûntz, Rev. archéoL, 1876, II, p
la housse de sa monture, l'épée au liane. L'archevêque se rétourne vers Roland, qui, à cheval derrière lui, sonne son olilant (fig. 216). C'est la retraite; aussitôt après vient le carnage : les cadavres gisent côte à eôle; un ange vole au-dessus d'eux. ROLLANT apporte sur ses épaules le corps de son ami; plus loin ALVIER est étendu sur le sol, et ROLLANT se penche vers lui, appuyé sur son glaive, avec son olifant pendu derrière le dos. Plus loin encore, une scène, qui devrait prendre plaee avant les précédentes : Roland à cheval conduisant par la bride le cheval d'Olivier (LV1R) blessé; enfin, la mêlée des chrétiens et des infidèles. Les paladins ont l'écu triangulaire, les Sarrasins la targe ronde.
Les images qui, sur les pavements d'Otrante et de Rrindisi, portent les noms des héros des cycles antiques et du cycle breton, ont leurs analogues dans l'art de l'Italie du Nord : de même deux statues debout à l'entrée de la cathédrale de Vérone représentent Olivier, avec sa masse d'armes, et Roland, avec son épée DURINDARDA. Ces statues sont des monuments du cullo populaire que les Italiens du Nord avaient voué au nom du héros, dont les jongleurs, venus de l'autre côté des Alpes, leur chantaient la (leste dans une sorte de patois français à désinences italiennes1. Roland pouvait donc être connu à Brindisi par l'intermédiaire de la Lombardie. Mais la mosaïque qui illustre la chanson de Roncevaux presque aussi abondamment que le vitrail de Chartres illustre la chronique du faux Turpin est accompagnée d'inscriptions françaises : ce détail permet de penser que le thème traduit par le mosaïste apulien aura élé esquissé par l'archevêque de Brindisi qui commanda le travail, et qui était un Français. Les Normands d'Italie avaient eux-mêmes conservé la mémoire des héros que Taillefer chantait à la bataille d'Hastings : ils avaient imaginé une variante du poème fameux, qui fut mise en vers, à la lin du xne siècle, par Goflredo de Viterbe, notaire de Henri VI, empereur et roi de Sicile. D'après cette version, Charlemagne serait revenu de Terre Sainte par la Sicile, la Calabre et l'Apulie, cl. les deux paladins Olivier et Roland auraient donné leurs noms à deux montagnes de Sicile '.
1 . Cf. !.. Gautier, les Épopées françaises, III, p. 554 ; — A. Bartoli, / primi duc secoli délia Letteratura ilaliann, ch. u, §3 (Storia lett. d'Ualia, ouvrage publié sous la direction Je P. Villaim ; II, p. 97 et suiv.).
2. Voir une esquisse de Gaston Paris : la Sicile dans la littérature française du moyeu âge [Samania, V, 1870, p. I OS- 1 lu).
Flo. 217. — FRAGMENT DU PAVEMENT HE SANt'aDRIANO (CALABRE).
Fie. 218. — Mosaïques de la transenna de 1175, DANS la cathédrale de salerne.