‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 254 sur 433 · LES MOSAÏQUES ARABO-SICILIENNES EN CAMPANTE · texte numérisé non relu

LES MOSAÏQUES ARABO-SICILIENNES EN CAMPANTE

Les mosaïques décoratives en Campanie, ù la fin du xn" siècle: elles diffèrent complètement des mosaïques de pavement conservées en Apulie par la place qu'elles occupent dans l'église, par les matériaux employés et par le décor.

I. — La chaire de la cathédrale de Salerne, donnée par l'archevêque Romoatdo [y 1181); Fambon donné par le chancelier Matteo d'AJello, en 117.ï. — Le décor eu mosaïque du mobilier de la cathédrale de Salerne, comparé au décor géométrique adopté par les marbriers romains: marbres et émaux; figures simples et polygones étoilés; méandres et entrelacs. — Le décor polygonal : ses origines musulmanes; épures, boiseries et mosaïques. — Le décor polygonal à Piso. — Les mosaïques de Salerne combinent l'en (relacs circulaire de l'art byzantin avec l'entrelacs polygonal de l'art musulman. — Premiers exemples de cette combinaison dans l'art sicilien du xir siècle. — Le décor animal el floral, qui s'ajoute au décor géométrique, dans les mosaïques de Salerne, est également inspiré de Part sicilien. — Les sculpteurs de Salerne et l'atelier de Monroale ; les imitations de Fan tique ; L'Atlante au turban. — - Les tronsinns du milieu du xii* siècle, dans la cathédrale de Salerne, comparées au mobilier de marbre enrichi de mosaïques à ta fin du siècle ; décor byzantin et décor sarrasin. — L'influence de l'art sicilien dans la ville de Salerne s'explique par l'histoire même de l'archevêque Romoaldo et du chancelier Matteo, qui ont joué tous deux un rôle politique à la cour de Païenne.

IL — Les mosaïques arabo-siciliennes à Amalfi; les archevêques Robaldo et Dionisio. — Ambon de la Cava (vers 1170). — Ambon de San Giovanni del Toro ; les badni de faïence orientale.

L'art campanien et l'art apulîen pendant le xiie siècle.

En Campanie apparaissent, dans le dernier tiers du mi" siècle, des mosaïques décoratives qui ressemblent aussi peu que possible aux pavements des églises d'Apulie.Ces mosaïques ne s'étendent pas sur le sol des églises : elles couvrent des parapets de marbre qui font partie du mobilier des sanctuaires. Leur champ n'est pas horizontal, mais vertical. Leurs dessins ne représentent point d'animaux monstrueux, ni de figures bibliques ou légendaires ; leur coloris n'a point le grain mat et terne que garde Vopus vermicuïatum de pierre et de marbre, même sur un pavement de style oriental comme celui de Saint-Marc de Venise. C'est à peine si, dans les mosaïques décoratives de Campanie, quelques silhouettes d'oiseaux se mêlent à des combinaisons géométriques raffinées et variées. Faites d'un simple jeu de surfaces colorées, enrichies d'or, parmi le marbre et les émaux, ces mosaïques rayonnent plus magnifiquement que les plus somptueuses mosaïques byzantines à sujets sacrés ; leur beauté sans contour rivalise avec la splendeur veloutée des tapis de Perse.

i.96 L'ART PROVINCIAL ET MUNICIPAL

Les plus précieux de ces énormes joyaux se conservent, brillants comme au premier jour, dans la cathédrale de Salerne. C'est une chaire reposant sur quatre colonnes (fig. 22y), 2iin million porté par douze colonnes, un haut candélabre pour le cierge pascal (Pl. XXIII), une clôture de chœur, le tout en marbre oriental poli et en marbre blanc relevé de sculptures mi incrusté d'étoiles d'or et de baguettes d'émail. Suivant l'inscription tracée en lettres d'émail, la chaire a élé élevée par l'archevêque Romoaldo, qui mourut en 1181; sur une arcade en tiers-point, autrefois érigée au-dessus de l'entrée du chœur1, et aujourd'hui encastrée dans le mur de la nef latérale, du côté de l'Épître (fig. 219), on lit le nom du donateur des hautes transennœ, qui fut peut-être aussi le donateur de l'ambon : Matteo d'Ajello, vice-chancelier du royaume de Sicile, avec la date de 1175-. L*< USu ) ^r'H .w~'»''«~$ -

La conception d'un décor l'ail de combinaisons géométriques était celle des marbriers, qui, en suivant les leçons des mosaïstes du Mont-Cassin, meublèrent les églises de Home et de l'Etat romain d'une quantité de tabernacles, d'ambons, de transennœ, uniformément décorés d'incrustations eu marbres antiques de toutes couleurs. La tradition des décorateurs bénédictins et romains avait été suivie par le marbrier qui a incrusté de mosaïques l'ambon élevé avant 1150 dans la cathédrale de Ravello (fig. 181). Les mosaïstes qui oui exécuté, vers 1175, le magnifique mobilier de la cathédrale de Salerne étaient-ils de même des disciples et des successeurs des mosaïstes de Desiderius?

La plupart des historiens ont considéré l'école de mosaïstes qui se forma en Campanie, vers la lin du \n' siècle, comme une suite de l'école romaine des Connu lï*. Il est vrai que les mosaïques campaniennes du xit" siècle et les mosaïques romaines du même temps ont un élément commun, qui trappe à première vue : les grands méandres dont les entrecroisements dessinent sur les parapets des groupes de quatre ou cinq cercles. Mais si l'on analyse de plus près les couleurs el les lignes, on verra se manifester des différences essentielles.

Les marbriers romains, comme les ouvriers de Mont-Cassin, se sont bornés à composer des figures géométriques élémentaires avec des morceaux de marbres variés, taillés en triangles et en carrés, ou avec de menus morceaux d'émail rouge, noir et or. Sur la chaire el l'ambon de Salerne, les émaux incrustés dans le marbre blanc ont les nuances délicates des vieux .. cloisonnés » orientaux, pourpre veloutée, rose tendre,

1. Super chori januam in arco musivo opère fabrefacto legitur... (A. Mazza, Historiarum Epitomc de rébus SaUrnitanis, Naples, 1681, p. 40). Cf. Cr.evius, Thésaurus, IX, tv, p. 20.

2. Schulz. qui rapporte cette inscription, d'après Mazza, se trompe en la plaçant à l'entrée de l'ambon (II, p. 291).

3. Des réserves au sujet de. l'identification de ces deux écoles ont été cependant formulées par M. Claussk : les Marbriers romains, p. 153.

Page 1