‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 257 sur 433 · BoURGOIN Précis de l'Art arabe, 18U2, pl. XII, n · texte numérisé non relu

BoURGOIN Précis de l'Art arabe, 18U2, pl. XII, n

mosaïques syriennes, composées de marbre blanc, noir et rouge, sont froides et crues, en regard des mosaïques de Salcrne, où les émaux de Ions trais et légers et les vives louches d'or se mêlent à l'éclat dur des blancs, des noirs et des rouges. Cependant les artistes musulmans onl composé, à côté des mosaïques de marbre, quelques mosaïques d'émail : celles qui dessinent des arabesques polygonales sur une vasque de marbre, exposée depuis peu au musée dn Louvre, et qui provient du Caire, ont les mêmes couleurs que les mosaïques décoratives de Salerne. Les artistes qui ont exécuté ces mosaïques ont certainement imité l'art musulman ; mais par quel intermédiaire l'on L-i 1 connu ?

Des mosaïques à entrelacs « arabes » se sont conservées, en dehors du golfe de Salerne, dans une ville maritime de l'Italie continentale, — à Pise. Parmi les vieux marbres réunis dans le Camposanlo se trouve un morceau d'ambon sur lequel des dessins réservés en marbre tracent des entrelacs de lignes brisées; le fond est rempli de menus morceaux de marbre et d'émail coloré ou doré [fig. 220). Le pavement du Baptistère voisin, qui paraît remonter à la première moitié du xin" siècle et qui a été restauré, présente des combinaisons de polygones étoiles qui se pénètrent et se continuent indéfiniment (fig. 221).

Si curieuses que soient les ressemblances du tracé géométrique dans les mosaïques de Salerne et de Pise, ces deux groupes de mosaïques sont l'œuvre de deux écoles différentes ; sur le fragment du Camposanlo, comme sur le pavemenl du Baptistère, les rosaces d'entrelacs ne sont point tramées par des baguettes blanches dans le tissu des émaux ; elles sont « champlevées » dans le marbre; la mosaïque ne sert qu'à détacher les lignes entrecroisées sur un fond coloré. Rien n'est, plus conforme aux principes de l'art musulman que cette importance donnée au polygone, qui est à lui seul tout le décor. Les mosaïstes de Salerne n'attribuent au polygone qu'un rôle secondaire : les lignes directrices du décor qui couvre un parapet tout entier sont des courbes circulaires, enroulées autour de disques remplis de mosaïque, dont le rôle est. celui des 'OpsïWa de marbre sur les pavements byzantins. Ainsi deux systèmes de décorations empruntés à deux civilisations différentes se trouvent combinés en un ensemble harmonieux : ['entrelacs circulaire des Crées et l'entrelacs polygonal des Musulmans.

Celle combinaison ne s'est point opérée pour la première fois à Salerne. Sa formule même est comme la définition de l'art sicilien, au temps des rois normands : byzantin et sarrasin. C'est en effet à Païenne et à Monreale que se trouvent les seules mosaïques décoratives qui soient parfaitement identiques à celles de Salerne. Sur les lambris des églises palatines de Sicile, les mêmes méandres composent les mômes groupes de cercles; les mêmes épures dessinent les mêmes polygones étoiles ; les pâtes de verre ont les mêmes couleurs soyeuses, dont les valeurs s'affinent au contact du marbre blanc et de l'or.

Les mosaïques de Salerne ressemblent encore aux mosaïques siciliennes du xue siècle par tous les éléments de décor qui viennent s'ajouter aux jeux des lignes et des tons plats. A Salerne, des oiseaux, — pies, faisans ou perroquets, — composés des mômes

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