DE SALERNE
bris de la cathédrale de Monreale et que les sculpteurs qui ont ciselé
les chapiteaux et jusqu'aux colonnes du grand cloître ouvert au soleil de la « Conca d'oro ».
L'art éblouissant qui s'était développé en Sicile, pour satisfaire aux goûts magnifiques des rois normands, lit son apparition sur le confinent italien dans les dernières années de la domination normande. C'est ce que prouve l'examen comparé des plaques d'époque différente dont est composée encore la clôture du chœur île la cathédrale de Salerne. Quelques-unes de ces plaques remontent au temps de l'archevêque Guillaume, qui siégea de 1137 à 1154 et donl le nom se lit encore sur le campanile de la cathédrale de
1. Les deux prophètes, Jsale et Jérémio, étaient probablement ceux qui se trouvaient représentés à côté de la Vierge, dans la mosaïque de l'abside (V. pins haut, p. 190).
2. Une tête de dieu marin, farouche et chevelue, est sculptée avec un relief plus léger sous le pupitre de l'ambon; une tète identique à celle-ci se voit sur un sarcophage romain conservé à Naples dans la cour de VOpiftcio drl Ou», 138, via di Chiaîa.
Salem e '. Les mosaïques des transennas décorées au milieu du xne siècle sont composées, non point d'émaux en cubes et en baguettes, mais de morceaux de marbres multicolores qui forment des figures géométriques très simples. C'est le système byzantin, adopté par l'atelier du Monl-Cassin et conservé par les marbriers romains : le décor des plaques de marbre dressées verticalement pour former la clôture d'un sanctuaire ou le parapet d'un ambon ne diffère pas du décor des pavements. Au contraire, aux environs de l'année 1 170, la mosaïque d'émail, employée pour le mobilier d'église, se distingua nettement, à Salerne, de la mosaïque de pavement. Tandis que le pavement de marbre donné par l'archevêque Romoaldo reste semblable au pavement du Mont-Cassin, l'ambon et la chaire se couvrent des émaux qui brillaient dans les églises palatines de Sicile.
Quels ont été les artisans de celte importation soudaine de l'art opulent et complexe qui s'était développé « au-delà du Phare » ? Les noms inscrits en lettres d'émail sur la chaire et sur l'ambon de Salerne parlent d'eux-mêmes à qui connaît l'histoire de ce temps. L'archevêque Romoaldo, le donateur de la chaire, était parent du roi de Sicile Guillaume 1"; il se rendit fréquemment à Païenne. Il s'y trouvait en 1160, au moment do l'assassinat du grand amiral Majone, qui avait essayé d'usurper le trône. Lorsque, quelques jours après cet assassinat, d'autres conjurés s'emparèrent de la personne du roi, Romoaldo contribua avec l'archevêque de Messine et l'élu de Syracuse à soulever le peuple et à délivrer le souverain. L'archevêque de Salerne avait appris dans sa ville natale l'art de la médecine et s'était fait une renommée parmi les médecins arabes et siciliens'. En 1166, il fut appelé pour soigner le roi Guillaume, attaqué par la maladie qui devait le conduire au tombeau. Après la mort du roi, ce fut Romoaldo qui couronna dans la cathédrale de Païenne le jeune fils du défunt, Guillaume 11. L'archevêque resta à la cour et s'y mêla aux intrigues qui entourèrent la minorité du roi; il fut sur le point d'être substitué à Riccardo, élu d'Agrigente, dans le conseil du roi, où siégeaient encore l'eunuque Pierre et le chancelier Matteo d'Ajello3. Écrivain et. historien, Romoaldo a raconté lui-même les événements auxquels il a été mêlé. Dans sa chronique, il manifeste son admiration pour les œuvres d'art dont Guillaume 1"' avait embelli sa capitale, Le savant archevêque, qui avait passé en Sicile les années les plus actives de sa vie, voulut donner à sa cathédrale l'éclat de la Chapelle Palatine, dont lui-même a vanté les mosaïques et les marbres1. Quant au chancelier Matteo d'Ajello, dont le nom est inscrit, avec celui du roi Guillaume II, sur l'arc de marbre qui s'élevait à l'entrée du sanctuaire de la cathédrale de Salerne, c'est le puissant personnage avec qui Romoaldo faillit partager le pouvoir en Sicile, il était né luimême à Salerne, et, à la cour de Païenne, il était resté attaché à sa patrie. Quand Salerne
1. Los inscriptions du campanile et des transennas sont reproduites par Siuiclz (II, p. 287 et 288).
2. « Virum in pbysica probatissimum « (Uoo Falcando ; Mhratori, 71. I. S., VII, col. 31.)
3. Sur la vie de Romoaldo, voir l'étude de Periz (M. G. H. Script., XIX, p. 387).
4. « Cappellam Sancti Pelri, que erat in Palatio, mirabili musidii fecit piclura depingi, et ejns pariel.es preciosi marmoris varietate veslivil et eam ornamentis aureis el argenteis et vestimentis preciosis dilavil plurimum et ornavit »
(Ibid., p. 433.)
Salerne1. I .es mosaïques des trariàemue décorées au milieu du xh* siècle son! composées, non point .1 ■ maux en cultes cl en baguettes, mais de morceaux de marines multicolores qui forment des ligures géométriques 1res simples. C'est le système byzantin, adopté par l'atelier du Monl-Cassin et conservé par les marbriers romains : le décor des plaques de marbre dressées verticalement pour former la clôture d'un sanctuaire ou le par.ipel d'un ambon ne diffère pas du décor des pavements. Au contraire, aux environs de l'année 1170, la mosaïque d'émail, employée pour le mobilier d'église, se distingua nettement, à Salerne, de la mosaïque de pavement. Tandis que le pavement de marbre donné par l'archevêque Romoaldo reste semblable au pavement du Mont-Cassin, l'ambon et la chaire se œuvrent des émaux qui brillaient dans les églises palatines de Sicile.
Quels ont été les artisans de cette importation soudaine de l'art opulent et complexe qui s'était développé « au-delà du Phare»? Les noms inscrits en lettres d'émail sur la chaire et sur l'ambon de Salerne parlent d'eux-mêmes à qui connaît l'histoire de ce temps. L'archevêque Romoaldo, le donateur de la chaire, était parent du roi de Sicile Guillaume I"; il se rendit fréquemment à Palerme. Il s'y trouvait en 1160, au moment do l'assassinat du grand amiral Majone, qui avait essayé d'usurper le tronc. Lorsque, quelques jours après cet assassinat, d'autres conjurés s'emparèrent de la personne du roi, Romoaldo Contribua avec l'archevêque de Messine et l'élu de Syracuse à soulever le peuple et à délivrer te souverain. L'archevêque de Salerne avait appris dans sa ville natale l'art de la médecine et s'était fait une renommée parmi les médecins arabes et siciliens'. En 1166, il fut appelé pour soigner le roi Guillaume, attaqué par la maladie qui' devait le conduire au tombeau. Après la morl du roi, ce fut Romoaldo qui couronna dans la cathédrale de Païenne le jeune (ils du défunt, Guillaume II. L'archevêque resta à la cour et s'y mêla aux intrigues qui entourèrent la minorité du roi; il fut sur le point d'être substitué à Riccardo, élu d'Agrigente, dans le conseil du roi, où siégeaient encore l'eunuque Pierre et. le chancelier Matteo d'Ajello3. Écrivain et historien, Romoaldo a raconté lui-même les événements auxquels il a été mêlé. Dans sa chronique, il manifeste son admiration poulies œuvres d!arl dont Guillaume Ier avait embelli sa capitale. Le savant archevêque, qui avait passé en Sicile les années les plus actives de sa vie, voulut donner à sa cathédrale " l'éclat de la Chapelle Palatine, dont lui-même a vanté les mosaïques et les marbres '. Quant au chancelier Matteo d'Ajello, dont le nom est inscrit, avec celui du roi Guillaume II, sur l'arc de marbre qui s'élevait à l'entrée du sanctuaire de la cathédrale de Salerne, c'est le puissant personnage avec qui Romoaldo faillit partager le pouvoir en Sicile. Il était né luimême à Salerne, et, à la cour de Palerme, il était resté attaché à sa patrie. Quand Salerne
1. Les inscriptions du campanile et des (ransennx sont reproduites par Schbw II, p. 287 et 288).
2. « Virum 4 n physioa proliatissiniuni » (Ij'go Falcando; Muratom, fi. I. S., VII, col. 31.)
3. Sur la vie de Homoaldo, voir l'étude de Pbrtz (M. G. H: Script., XIX, p. 3X7).
;. ■■ CappeUam Sancti Pétri, que erat in Palatio, mirabili musidii i'ecil picluradepingi, et e.jus parieles preciosi marnions varietate vestivit et eam ornamentis aureis et argenteis et vestimentis preciosis ditavit pluriinum et oruavit »
(IftW., p. 435.) m.