‹ L'art dans l'Italie méridionaleChapitre 288 sur 433 · Ibid., pl · texte numérisé non relu

Ibid., pl

5. M. F. Savini suppose que la nef principale occupait l'emplacement de la rue actuelle et se trouvait parallèle aux trois travées qui se sont conservées. Ces trois travées auraienl appartenu à une nef latérale | S. Maria Aprutiensis, p.31). Il est impossible d'expliquer, en suivant relie hypothèse, pourquoi les trois travées actuellement existâmes n'ont pas été uniformément couvertes de voûtes d'ogives.

maient un sanctuaire, dont les trois travées parallèles aboutissaient probablement dès l'origine à un cbevet carré.

La cathédrale qui s'élevait à Teramo au milieu du xnc siècle eut le même sort que la ville : elle fut brûlée en 1 156 par les troupes du comte normand Robert de Basseville. Les murs calcinés conservèrent encore pendant quelques années les reliques de saint Berardo, un moine de San Giovanni in Venere, qui avait été nommé évèque de Teramo en 11 15 et était mort en 1122. Les actes de ce saint relatent de la manière la plus explicite l'histoire des deux cathédrales de Teramo. L'évèque Guido, voyant que l'ancienne église ne pouvait être rétablie en son état primitif ', en fonda une nouvelle, à cent pas de là. Cette seconde église est encore aujourd'hui la cathédrale de Teramo : en 1175, le corps de saint Berardo y fut transféré par l'évèque Alto.

L'année 1156 est pour l'ancienne cathédrale <le Teramo la date delà ruine : elle ne laisse pas préjuger, à elle seule, de la date à laquelle doit être reportée la construction des trois travées qui se sont conservées, avec la voûte d'ogives. Mais un détail qui doit frappera première vue dans les restes bien conservés de la cathédrale incendiée fera de cette date de 1156 la date capitale et centrale de la construction. Le fragment d'édifice à demi enterré, auprès duquel passe encore une rue de Teramo, appartient à un monument qui esl resté inachevé. Deux piliers qui devaient soutenir, sur l'un des côtés de la travée centrale, un arc doubleau de renfort, tout pareil à celui qui se trouve établi du côté opposé de la même travée, ont été arrêtés à mi-hauteur. On peut suppose]- qu'une reconstruction de l'église, commencée depuis peu, se soit trouvée interrompue par l'incendie2. Mais les briques de la voûte d'ogives ne semblent pas avoir été léchées parles llammes : or les actes de saint Berardo mentionnent une destruction totale de l'édifice où était conservé le corps du saint". D'après le texte même de ce document, il est possible qu'une reconstruction ait été entreprise après l'incendie et abandonnée presque aussitôt, à cause des difficultés qu'elle présentait1. Quelle que soit l'hypothèse adoptée, il est certain que la voûte d'ogives qui couvre encore le sanctuaire de la première cathédrale de Teramo a été construite immédiatement avant ou après le désastre de 1 156.

Cette voûte, dont les branches d'ogives sont aussi massives que celles qui se croisent au-dessus du déambulatoire de la cathédrale d'Aversa \ est, dans toute l'Italie méridionale, la première voûte d'ogives qui soit exactement datée. Les piliers de briques qui supportent

I. « Ecclesiarn, post lam gravem ruinam, ad sfaluin suum pristinum reduci non posse... ■> ■1. C'est l'hypothèse de M. F. Savini.

4. Les restes d'une fresque du xne siècle, qui représente la main divine dans un médaillon soutenu par deux anges, sont encore visibles sur l'intrados de l'arcade qui faisait communiquer le sanctuaire voûté d'ogives avec la nef. L'existence de cette fresque complique le problème posé par l'édifice. La peinture n'a pas été touchée par la flamme de l'incendie de 1156. Cette décoration put être appliquée sur l'arcade après que le clergé de Teramo eût renoncé à reconstruire une nouvelle cathédrale sur l'emplacement de l'ancienne : en ell'et l'édifice inachevé' fut consacré au culte et servit a la célébration des offices pendant six siècles.

3. « Ecclesia, in qua sancti viri corpus venerabatur, eodem ardore succensa, et œdificiis destituta funditus obruit. »

a. Voir plus haut, p. 330,/;;/. 13â.

celte voûte, avec leurs chapiteaux prismatiques en marbre blanc, la grande arcade, qui, du côté de la net, est composée de claveaux de marbre blanc, alternant avec des claveaux de brique, dénoncent par tous les détails de leur construction et de leur décoration les modèles dont se souvenait l'architecte. Le sanctuaire de la vieille cathédrale de Teramo était une imitation grossière et pesante d'édifices lombards, tels que Saint-Ambroise de Milan et Saint-Michel de Pavie1.

Un second exemple d'une voûte d'ogives archaïque sur une travée de choeur est donné par l'église de Santa Maria di Rohzano., qui s'élève presque intacte dans une âpre solitude, à une vingtaine de kilomètres de Teramo.

Cette église était achevée avant l'année 1181, dont le millésime est peint clans l'abside, au milieu des fresques qui font de l'édifice perdu au bord du Mavone l'un des plus curieux

FlG. 2415. — VUE DE L'ÉGLISE SANTA MARIA DI HONZANO (PROVINCE DE TERAMO ) .

monuments du moyen âge en Italie-'. L'architecture même de l'église est remarquable et singulière. Elle n'est point sans analogie avec celle de la vieille cathédrale de Teramo; parfaitement conservée jusqu'en ses moindres détails, elle pourra servir à compléter par l'imagination l'édifice dont la plus grande partie a disparu. Mais l'église de Ronzano est de proportions plus élégantes et do construction plus savante que l'église de Teramo; elle offre de plus des particularités rares et énigmatiques.

La monotonie de la brique qui compose le corps des murailles est relevée par un décor architectural fait de calcaire très fin et très blanc : cadre du grand oculus et des fenêtres

1. Les liâtes dos voûtes d'ogives qui couvrent les nefs de quelques grandes basiliques lombardes sont encore l'objet de discussions et de revendications assez vives. Par réaction contre les premiers archéologues qui avaient reporté ces voûtes jusqu'au ix" siècle et les avaient considérées comme les plus anciennes de l'Europe, des critiques contemporains ont été tentés de les attribuer au un' siècle. I.'étude du reste d'église à demi-enfoui dans le sol de Teramo apporte au débat une date précise.

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