CHAPITRE III
La richesse de la sculpture contraste, dans les Abruzzes, avec la monotonie de l'architecture. Variété des formes et des décors; diversité des matières.
I. Le bois et le bronze. Iconostase en bois de Santa Maria in Valle Porclaneta ; imitation rustique de l'iconostase de bois et
de métaux précieux élevé, au temps de l'abbé Desiderius, dans la grande église du Monl-Cassin. — Porte en bois de l'église du cimetière de Carsoli, datée de 1132 ; porte en bois de l'église San Pietro, ù Alba Fucense (xu° siècle). — Porte de bronze de San Clémente a Casauria (lin du xne siècle) ; les castella de l'abbaye figurés et dénombrés sur vingt plaques de bronze; décor géométrique; figurines en relief. La porte de l'église et les miniatures de la chronique.
II. Le stuc. Ciborium de San Clemenle al Vomano, œuvre de maître Ruggiero et de son fils Roberto ; I'aulcl en marbre
incrusté de stuc gris. — Ciborium et ambon à reliefs de stuc dans l'église de Santa Maria in Valle Porclaneta ; inscription de l'ambon : il a été sculpté par maître Roberto et par maître Nicodemo, en 1 150. — Autres ouvrages de maître Nïcodemo : ambons de Santa Maria in Lago, près Moscufo, et de Cugnoli. — Unité de l'école qui a laissé ces œuvres; la famille d'artistes dont maître Ruggiero est le chef paraît être originaire des Abruzzes. Type romain des ciboria; type campanien des ambons. Les reliefs rappellent quelques sculptures lombardes du xil" siècle ; le décor semble imité de sculptures en bois, analogues à la porte de Carsoli.
III. La piern- calcaire, Ambon archaïque d'Assergi ; ambon de l'église Sant'Angelo, à PianeUa, parmoltre Acuto. — Ambon de Bomïnaco (1180). — Ambons de .San Pellino et de San Clémente a Casauria fin du xir siècle); Meurs d'iris et rosaces de style local. — Ambon de Prata; exagération magnifique des rosaces tradilionnelles dans l'art des Abruzzes; figurines en bas-relief. — Fragments d'ambons retrouvés à Paganica et à Serramonacesca : décor végétal et animal. — Restes d'ambons du xue et du xiuc siècle décorés de sujets sacrés : légende de deux saints sur deux reliefs conservés à San Vitlorino ; le Jugement dernier sur un parapet d'ambon, à Luco. — Le tabernacle en pierre calcaire de San Pietro ad Oratorium; forme des ciboria romains; décor de style local; incrustations en majolique ancienne. La céramique dans les Abruzzes au xnc siècle.
IV. Les marbriers romainset les sculpteurs des Abruzzes. Le sanctuaire de San Pietro d'Alba ; l'ambon signé par deux marbriers romains, Giovanni di Gutttone et Andréa; La transenna ; incrustations polychromes et reliefs. Les trois sculpteurs Gualliero, Moronto et Pietro, qui ont collaboré à la transenna d'Alba avec maître Andréa, sont probablement originaires des Abruzzes. — Tabernacle et ambon de Santa Maria délia Febhre, près de Rocca dei Bolti ; ambon de Corcumello, près d'Avezzano; combinaison des mosaïques romaines avec les formes et les motifs adoptés par les sculpteurs locaux. — Imitations isolées des mosaïques romaines : le candélabre du cierge pascal dans l'église de San Clémente a Casauria.
V. La sculpture monumentale. Elle est, jusqu'à la fin du XIIe siècle, moins riche que le décor du mobilier d'église. — Imita-
tions de l'acanthe romaine et des palmettes byzantines. — Les sculptures de bois imitées en marbre et en pierre : portails et portes de Carsoli et d'Alba ; chapiteaux bizarres de la crypte de Sant'Eusanio Foreonese. Les motifs du décor local sur les chapiteaux «t les portails. — La sculpture religieuse : figures isolées de saint Vincent et du prophète David dans la façade de San Pietro ail Oratorium; chapiteaux historiés de San Flaviano; la Madone conservée dans la crypte de la cathédrale de Sulmona. — Le porche et le portail de San Clémente a Casauria; sculptures dont la disposition rappelle les portails des cathédrales du Nord et dont l'exécution est L'œuvre d'un artiste local. — Les figurines groupées sur l'archivolte du porche ; versets gravés sur les phylactères tenus par les prophètes : ils font allusion aux eaux qui entouraient l'église élevée dans l'île de la Pescara. — Le tympan du portail central : saint Clément et l'abbé Léonas. Les reliefs et les inscriptions du linteau : histoire de la fondation de l'abbaye. - - Les motifs de décoration empruntés aux ambons; la figure de saint Clément et la Madone de Sulmona ; les reliefs du portail et les miniatures de la chronique de Casauria. — Portail de San Giovanni in Venere; l'architecture; les sujets représentés : histoire de saint Jean-Baptiste. Décor animal. — L'abbé Rainai do, donateur du portail (vers 1230).
— Différences profondes qui séparent les deux portails de San Clémente aCasauria et de San Giovanni in Venere. Ressemblances frappantes de ce dernier portail avec celui de San Zeno à Vérone. Collaboration probable d'un maître lombard. — Les commencements de la vie municipale dans les Abruzzes ; la fin de l'école artistique qui avait travaillé pour les monastères.
Les églises nombreuses qui ont été construites dans les Abruzzes, depuis la fin du xi" siècle jusqu'au milieu du xhi", — les plus grandes comme les plus petites, — ne sont, pour la plupart, que de monotones répétitions du type archaïque et rustique de la basilique à piliers. Certaines de ces églises, dont la nef, couverte en charpente, a l'aspect le plus indigent, possèdent quelque pièce de mobilier d'église, dont le décor sculpté ou polychrome est d'une abondance et d'une richesse extraordinaires. Avant la conquête normande, qui est un fait accompli vers le milieu du xn° siècle, et surtout pendant les cent années qui suivent la réunion des Abruzzes au royaume de Sicile, la sculpture a été, dans toute cctlc région de montagnes, un art bien plus fécond et plus vivant que l'architecture. Les plaques de transennq ou d'ambon antérieures au \c siècle, dont les entrelacs et les croix sont encore visibles sur quelques fragments conservés à Teramo, à Cilla Sant'Angelo, à San Giovanni in Venere, n'avaient eu place que dans les églises voisines de l'Adriatique '. A partir des premières années du xn" siècle, les églises des monastères isolés au fond des vallées les plus retirées se parent d'ouvrages de sculpture précieusement travaillés. Ces ouvrages forment encore, dans les anciennes provinces napolitaines qui s'étendent au nord du Fucin, de la Majella et du cours de la Pescara, des séries importantes, qui manifestent la continuité d'une tradition d'atelier. Parmi les sculpteurs qui ont été employés dans les Abruzzes pendant le xn" et le xm" siècle, quelques-uns sont étrangers au pays; la plupart sont des maîtres indigènes qui ont acquis une étonnante virtuosité. Ces artistes combinent les décors les plus capricieux et les plus compliqués ; ils sont réunis en groupes qui ont leur spécialité et dont chacun travaille une matière différente.
Les forêts qui couvraient autrefois les montagnes et qui descendaient jusque dans les « conques » offraient leur bois aux constructeurs et aux sculpteurs. A côté des poutres équarries et des planches rabotées qui composaient la toiture des basiliques, d'autres furent soigneusement refouillées et se couvrirent de reliefs.
L'église archaïque de Santa Maria m Valle Porclaneta a conservé un iconostase en bois de chêne, élevé sur une massive transenna de pierre qui barre la nef, au pied des degrés du sanctuaire. Deux fûts de pierre lisse et deux colonnettes de bois très ouvragées supportent une haute architrave de bois. L'échancrure qui reste béante au milieu de l'architrave - était primitivement remplie par un morceau rectangulaire qui gît au jour-